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Poésie

Posts Tagged ‘se regarder’

Je viens d’avoir un entretien silencieux (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022



 

Je viens d’avoir un entretien silencieux
avec un enfant âgé de dix mois.
Nous nous sommes regardés dans les yeux pendant plus d’un quart d’heure.
Il y a dans les yeux plus de mots que dans les livres.
Notre entretien était d’ordre métaphysique.
Je me réjouissais de sa présence et il s’étonnait de la mienne.
Nous sommes parvenus à la même conclusion
qui nous a fait éclater de rire en même temps.

(Christian Bobin)

Illustration

 

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Allumette (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2022



Allumette, le feu qui dort,
le miroir est l’eau qui dort,
qui rêve ton image, si tu te regardes.

(Paul Nougé)

 

 

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REVE DE MA FEMME MORTE LE 20 DU PREMIER MOIS 1015 (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022



Illustration: Zhao Ji
    
REVE DE MA FEMME MORTE LE 20 DU PREMIER MOIS 1015
Sur l’air de  » La Ville au bord du fleuve »
-Su Shi

En dix ans le vivant ne sait rien de la morte.
Puis-je t’oublier bien que nul ne m’apporte
la nouvelle de ta tombe solitaire,
dont mille lieues m’ont séparé?
A qui épancherai-je mon coeur brisé?

Même si tu m’avais revu, m’aurais-tu reconnu,
le visage couvert de poussière
et les cheveux de givre poudrés ?
Hier soir j’ai rêvé d’être de retour
et de te voir faire à la fenêtre ta toilette.

Nous nous regardions sans rien dire, noyés de pleurs.
D’année en année, j’imagine en vain
Que ton coeur se déchire par la douleur,
au clair de lune, sur le tertre planté de pins.

(Anonyme)

***

Recueil: Choix de Poèmes et de Tableaux des Song
Traduction:
Editions: China Intercontinental Press

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TRAIT POUR TRAIT (Pittau & Gervais)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2022



Illustration: Pittau & Gervais
    
TRAIT POUR TRAIT

On m’a dit que je ressemblais
À mon grand-père

On m’a dit que je ressemblais
À ma grand-mère

On m’a dit que je ressemblais
À mon oncle

On m’a dit que je ressemblais
À ma tante

On m’a dit que je ressemblais
À mon frère

On m’a dit que je ressemblais
À ma maman

On m’a dit que je ressemblais
À mon grand-père

On m’a dit que je ressemblais
À mon papa

Mais quand je me suis
Regardé dans la glace
J’ai vu que je me ressemblais
Comme une goutte d’eau

(Pittau & Gervais)

 

Recueil: Un dragon dans la tête
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Au brame du daim (Ippatsu)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2020



Illustration 
    
Au brame du daim
ils se sont regardés
dans le crépuscule

(Ippatsu)

 

Recueil: Friches
Traduction: René Sieffert
Editions: Verdier poche

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La voie du dehors (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2020



 

Natalia Syuzeva 391c88

La voie du dehors est un espace
où Toi et Moi se regardent
La voix du dedans est un espace
où toi et moi se rencontrent

Toi et moi font Lui
même si Lui ne le sait pas
en ne sachant qui est Toi et qui est Moi

Toi et Moi font Nous
et pourtant Lui n’est pas le Nous

Les pronoms personnels
sont des réponses à nos verbes
Mais le verbe est le mystère
de ce qui nous conjugue
dire par exemple
je Vous Tutoie
est impossible
et pourtant nous le disons
comme je Te Vouvoie

La destruction
des pronoms personnels
est la condition
de la conjugaison du Verbe

(Serge Pey)

Illustration: Natalia Syuzeva

 

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En marchant la nuit dans un bois (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

En marchant la nuit dans un bois

I

Il grêle, il pleut. Neige et brume ;
Fondrière à chaque pas.
Le torrent veut, crie, écume,
Et le rocher ne veut pas.

Le sabbat à notre oreille
Jette ses vagues hourras.
Un fagot sur une vieille
Passe en agitant les bras.

Passants hideux, clartés blanches ;
Il semble, en ces noirs chemins,
Que les hommes ont des branches,
Que les arbres ont des mains.

II

On entend passer un coche,
Le lourd coche de la mort.
Il vient, il roule, il approche.
L’eau hurle et la bise mord.

Le dur cocher, dans la plaine
Aux aspects noirs et changeants,
Conduit sa voiture pleine
De toutes sortes de gens.

Novembre souffle, la terre
Frémit, la bourrasque fond ;
Les flèches du sagittaire
Sifflent dans le ciel profond.

III

– Cocher, d’où viens-tu ? dit l’arbre.
– Où vas-tu ? dit l’eau qui fuit.
Le cocher est fait de marbre
Et le coche est fait de nuit.

Il emporte beauté, gloire,
Joie, amour, plaisirs bruyants ;
La voiture est toute noire,
Les chevaux sont effrayants.

L’arbre en frissonnant s’incline.
L’eau sent les joncs se dresser.
Le buisson sur la colline
Grimpe pour le voir passer.

IV

Le brin d’herbe sur la roche,
Le nuage dans le ciel,
Regarde marcher ce coche,
Et croit voir rouler Babel.

Sur sa morne silhouette,
Battant de l’aile à grands cris,
Volent l’orage, chouette,
Et l’ombre, chauve-souris.

Vent glacé, tu nous secoues !
Le char roule, et l’oeil tremblant,
A travers ses grandes roues,
Voit un crépuscule blanc.

V

La nuit, sinistre merveille,
Répand son effroi sacré ;
Toute la forêt s’éveille
Comme un dormeur effaré.

Après les oiseaux, les âmes !
Volez sous les cieux blafards.
L’étang, miroir, rit aux femmes
Qui sortent des nénuphars.

L’air sanglote, et le vent râle,
Et, sous l’obscur firmament,
La nuit sombre et la mort pâle
Se regardent fixement.

(Victor Hugo)

 

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VARENNA (Leonardi Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2019



 Werner Heisenberg
    
VARENNA

Ce dimanche de Pentecôte
Heisenberg en chaire
expliquait le Principe d’indétermination
à un parterre d’élus.
Dans un angle Fermi et Dirac
se regardèrent un instant interdits,
puis s’échangèrent de brèves formules
écrites sur les paumes des mains.

***

VARENNA

Quella domenica di Pentecoste
Heisenberg in cattedra
spiegava il Principio di indeterminazione
a una platea di eletti.
In un angolo Fermi e Dirac
si guardarono un attimo sbigottiti,
poi si scambiarono brevi formule
scritte sui palmi delle mani.

(Leonardi Sinisgalli)

 

Recueil: Oubliettes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: Atelier La Feugraie

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La rencontre (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



La rencontre

Nous avons commencé à parler,
Nous nous sommes regardés, puis détournés.
Sans cesse les larmes me montaient aux yeux
Mais je ne pouvais pleurer.
Je voulais prendre ta main
Mais ma main tremblait.
Sans fin tu recomptais les jours
Qui nous séparaient de la prochaine rencontre,
Mais tous deux nous sentions dans nos coeurs
Que nous allions nous quitter pour toujours.
Le battement de la pendule emplissait la chambre paisible.
«Ecoute, t’ai-je dit, son bruit est si fort,
Comme un cheval au galop sur une route déserte.
Aussi fort que cela ? un cheval qui galope dans la nuit. »
Tu m’as enfermée dans tes bras
Et la pendule étouffait les battements de nos coeurs.
Tu as dit: «Je ne peux m’en aller:
Tout ce qu’il y a de vivant en moi
Est ici pour toujours.»
Puis tu es parti.
Le monde a changé. Le bruit de la pendule a faibli,
S’est amenuisé, est devenu chose infime.
Dans l’obscurité j’ai murmuré: «Si elle s’arrête, je mourrai. »

***

The meeting

We started speaking,
Looked at each other, then turned away.
The tears kept rising to my eyes
But I could not weep.
I wanted to take your hand
But my hand trembled.
You kept counting the days
Before we should meet again.
But both of us felt in our hearts
That we parted for ever and ever.
The ticking of the little clock filled the quiet room.
« Listen », I said, « It is so loud,
Like a horse galloping on a lonely road,
As loud as that — a horse galloping past in the night ».
You shut me up in your arms.
But the sound of the clock stifled our heart’s beating.
You said, « I cannot go : all that is living of me
Is here for ever and ever ».
Then you went.
The world changed. The sound of the clock grew fainter,
Dwindled away, became a minute thing.
I whispered in the darkness: « If it stops, I shall die ».

(Katherine Mansfield)


Illustration: Edvard Munch

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LA MORT VÉRITABLE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration
    
LA MORT VÉRITABLE

Aphrodita! déesse impitoyable,
tu as voulu que sur moi aussi la jeunesse heureuse aux beaux cheveux
s’évanouît en quelques jours.
Que ne suis-je morte tout à fait !

Je me suis regardée dans mon miroir : je n’ai plus ni sourire ni larmes.
O doux visage qu’aimait Mnasidika, je ne puis croire que tu fus le mien !

Se peut-il que tout soit fini !
Je n’ai pas encore vécu cinq fois huit années, il me semble que je suis née d’hier,
et déjà voici qu’il faut dire : On ne m’aimera plus.

Toute ma chevelure coupée,
je l’ai tordue dans ma ceinture et je te l’offre, Kypris éternelle !
Je ne cesserai pas de t’adorer.
Ceci est le dernier vers de la pieuse Bilitis

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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