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Poésie

Posts Tagged ‘se rejoindre’

VERS LE POÈME (Jorge Guillén)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2021



Illustration: Mathieu Levis
    
VERS LE POÈME

… Mon coeur ne peut arrêter de rimer.
(JUAN RUIZ)

Je sens un rythme en moi qui se détache
De ce vacarme où je vais sans chemin
Et m’accordant au charme neuf, soudain
J’accède à la clarté d’une terrasse,
Où quelque main me guide et vient tracer
Limpide un ordre où je puis me déprendre
Du démon murmurant plus malicieux
Que le silence pur sous la menace.
Et se rejoignent maintenant à la surface
Du mauvais songe les paroles résolues
À s’éclairer lucides en un volume.
Le son m’invente une effigie de chair.
La forme redevient ma sauvegarde.
Vers un soleil mes peines se consument.

Cantique, 1950. Trad. : Éditions Gallimard, 1995.

***

HACIA EL POEMA JORGE GUILLÉN

… Mi corazôn de trovar non se quita.
JUAN RUIZ.

Siento que un rimo se me desenlaza
De este barullo en que sin meta vago,
Y entregándome todo al nuevo halago
Doy con la claridad de una terraza,

Donde es mi guía quien ahora traza
Limpido el orden en que me deshago
Del murmullo y su duende, más aciago
Que et gran silencio bajo la amenaza.

Se me juntan a flor de tanto obseso
Mal soñar las palabras decididas
A iluminarse en vivido volumen

El son me da un perfil de carne y hueso.
La forma se me vuelve salvavidas.
Hacia una luz mis penas se consumen.

(Jorge Guillén)

 

Recueil: Petite anthologie Poésie européenne
Traduction:
Editions: Singulières

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Oui le travail qui se poursuit à l’intérieur de la forge (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2021



Illustration:  Louis Toffoli
    
à Paco Ojeda

Oui
le travail qui se poursuit
à l’intérieur de la forge
ne doit jamais s’interrompre

entretenir le feu
lui fournir
ce qu’il lui faut
porter au rouge

pour assouplir
l’idée
faire éclater
la pierre des mots
pour obtenir
cette lave
où idées et mots
se rejoignent
se compénètrent

attente
ascèse
de la solitude

coulent les mots
qui s’agrègent
trouvent leur place
dans l’édifice

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Notturno (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Notturno

En cette heure-là
tu étais devant ma bouche
comme une comète.
Je saisis tes mains
comme pour une prière.
Là où notre haleine se rejoignit
se trouvaient les incendies,
qui vifs s’enflammèrent
et sans égard me soulevèrent
en une vague.

Dans le désert aucun puits
jamais encore ne me fit
courber de soif
comme le tendon de tes blanches épaules.
Ton habit ajusté
ma main a toléré
plus qu’en hôte.

Tu étais mien.
Dans aucun mot, dans ton silence uniquement
je lisais ton bonheur.
Puis tu repris pourtant
le chemin du matin gris.

Combien de fois encore immobile, le regard fixe
et rêvant, je t’exige et t’attends et t’espère
et me tourmente en pensant de nouveau à toi.
Mais comme les présents trop rares
que l’on perd, aucun jour ne te ramène.
Combien de fois aussi je t’appelle
dans les plaintes et les prières.

Ton ombre est également une lumière
qui s’étend infiniment
Un son venu des profondeurs de la mer
Sur la corde de silence un chant.

Elle est la douleur à vif, étrangère
Et angoisse dans les rêves
Elle pousse un cri en se déchaînant
Dans un lâcher d’écume bouillonnant.

Dans la plus belle des nuits étoilées
La fraîcheur tout autour s’épanouit
Et sur le monde transfiguré
Une incandescence élevée jaillit.

***

Notturno

In jener Stunde
warst du vor meinem Munde
wie ein Komet.
Ich fasste deine Hände
wie zum Gebet.
Wo unser Hauch sich traf
standen die Brände,
die hell entfacht
mich ohne Bedacht
hoben zur Welle.

Wie deiner weissen Schultern Band
so hiess noch keine Quelle
in einem Wüstenland
mich dürstend neigen.
Dein schmiegendes Gewand
duldete meine Hand
mehr, denn als Gast.

Du warst mein Eigen.
In keinem Wort, nur deinem Schweigen
las ich dein Glück.
Dann gingst du doch zurück
den morgengrauen Weg.

Wieviele Male steh ich noch und starre
und träum, verlange dein und barre
und schmerze mich in neuem Dein-Gedenken.
Doch gleich den seltenen Geschenken,
Die man verliert, bringt dich kein Tag.
Wieviele Male ich auch klag
und betend nach dir rufe.

Dein Schatten ist ein Licht zugleich
Von ungemessner Weite
Ein Klang aus einem tiefen Meer
Ein Sang auf stiller Saite.

Und ist der wunde fremde Schmerz
Und Bangigkeit in Träumen
Und jauchzt entfesselt einen Ruf
In freiem Überschäumen.

Und in der schönsten Sternennacht
Ist Kühle rings im Blühen
Und über der verklärten Welt
Entspringt ein hohes Glühen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Même en ouvrant bien les yeux (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Même en ouvrant bien les yeux,
nous ne voyons le ciel qu’à travers de petits orifice
par où se déverse aussi l’enfer.

Le ciel, par contre, ne se déverse pas.
Il faut attendre le moment juste
et se déverser en lui
quand les petits orifices
ne sont pas obstrués par le flux de l’enfer.

Alors peut se produire l’inespéré,
que le ciel et l’enfer se rejoignent,
s’effacent comme deux saisons provisoires
et que surgisse enfin l’autre en son éclat,
le bouquet fait de toutes les fleurs,
le chemin qui va partout,
l’expression qui sert pour tous les gestes,
le repos qui soutient toutes les quiétudes,
la création sans la limite d’aucun créateur.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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L’ESCARGOT (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2018



 

L’ESCARGOT

L’escargot se déplace
dans une continue
création de son corps,
s’invente et se rejoint.

Il glisse avec aisance
dans le tunnel sans fin
de son identité.
On le dit peu rapide,

sans voir que le précède
son image future,
et qu’il avait en lui
la route qu’il emprunte.

(Axel Toursky)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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RIEN N’EST PLUS BEAU (Michel Jonasz)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2018



 

Oleg Zhivetin    [1280x768]

RIEN N’EST PLUS BEAU

Rien n’est plus beau
Que la neige aux cimes des montagnes
Rien n’est plus beau
Que nos deux mains lorsqu’elles se rejoignent
Rien n’est plus beau
Que la mer qui écume de rage
Rien n’est plus beau
Que tes yeux profonds où je voyage
Quand l’amour l’amour nous brûle le coeur
Quand l’amour nous fait trembler de bonheur
Dans un matin nouveau éclatant de blancheur
Rien n’est plus beau
Que la pluie qui parfume la terre
Rien n’est plus beau
Que tes bras qui me prenn’nt et me serrent
Quand l’amour nous brûle le coeur
Quand l’amour nous fait trembler de bonheur
Dans un matin nouveau éclatant de blancheur
Rien n’est plus beau.

(Michel Jonasz)

Illustration: Oleg Zhivetin

 

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L’ALGUE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



L’ALGUE

A quel rêve lourd s’est-il attelé ? Parti d’une brûlure
pour se rejoindre, il arrive aux portes de la mer.
Il s’arrête. L’opaque et le transparent lui content hier
et demain. Seule l’algue de l’abîme est désormais le nom
de sa soif…

(Jules Tordjman)

Illustration

 

 

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VŒU D’AMOUR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018




    
VŒU D’AMOUR
Yan-Ta-Tchen

Minuit !… Il n’y a plus de courtisans, dans le pavillon impérial ;
les deux amants sont seuls, et causent à demi-voix.
« C’est la nuit unique dans l’année, dit l’empereur,
où la Tisseuse Céleste et le Divin Bouvier, séparés par le Fleuve d’argent
se rejoignent, par le pont frémissant, que forme pour eux un vol de corneilles.
« Ne nous compare-t-on pas, à cause de notre fidélité, à la Tisseuse et au Bouvier du ciel ?
« Voici l’instant, où il convient de brûler des parfums, en l’honneur de nos divins modèles. »
L’impératrice verse l’encens, et la fumée odorante emporte leurs vœux :
« Puissions-nous planer dans les airs, sans cesse, comme un couple d’oiseaux !
« Puisse sur la terre, notre attachement être toujours pareil à celui qui lie la branche à l’arbre !
« Le ciel et la terre peuvent finir, mais notre amour ne finira jamais ! »

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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UN NAVIRE A L’ABRI DU VENT CONTRAIRE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Hokusaï
    
UN NAVIRE A L’ABRI DU VENT CONTRAIRE
Sou-Tong-Po

Les voiles tombent lourdement le long du mât, le vent joue de la flûte avec fureur.
De tous côtés, en écumant, les vagues battent le navire ;
on dirait qu’il est posé au milieu d’une grande fleur blanche.

L’ancre, au bout de sa chaîne, descend dans l’eau et s’accroche aux rochers ;
de mille et mille lieues le vent se lance contre elle, et ils luttent ensemble.
On dirait que la mer veut escalader la montagne, pour atteindre le ciel ;
par moments le ciel et la mer paraissent se rejoindre.

Les marins, oisifs, dorment dans le navire, calmes sur l’océan furieux.
Cependant le cœur aussi a ses vents contraires et ses orages.
Lorsque le temps nous permettra de repartir,
j’écrirai ma pensée sur le flanc de la montagne.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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MAGRITTE (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: René Magritte
    
MAGRITTE
(La Victoire)

Timidement, par la porte entrouverte,
un nuage passe.
Le plafond, les murs
sont devenus ciel pâle,
rivage inconnu
où poussent quelques herbes.
La mer brille au loin.
Les deux moitiés de l’horizon
se rejoindront bientôt
derrière la porte
couleur de ciel, de sable.
Elle seule est debout
dans la maison dissoute
pour t’accueillir,
doux messager,
agneau vainqueur.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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