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Poésie

Posts Tagged ‘se rendre’

Pourquoi se rendre ? (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

Pourquoi se rendre ?

Oh! Rencontrée, nos ailes vont côte à côte
Et l’azur leur est fidèle.
Mais qu’est-ce qui brille encore au-dessus de nous?

Le reflet mourant de notre audace.
Lorsque nous l’aurons parcouru,
Nous n’affligerons plus la terre:
Nous nous regarderons.

(René Char)

Illustration: Karen L’Hémeury

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Pour écrire Il te faut partir (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2019



Illustration: Alberto Giacometti
    
Pour écrire
Il te faut partir

Tu ne peux demeurer
Que dans l’éclat des routes
La ferveur des ciels
Les embruns de l’aube
Les tâches du soleil

Aucune cage ne te donnera
Le goût du large
L’espace généreux où t’envoler
Aucun remède

Renonce à tout savoir
Rends-toi à l’inconnu
Laisse aujourd’hui tes ailes te porter

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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RENCONTRE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Annibale Carracci christ_carrying_the_cross _512

RENCONTRE

Je t’ai rencontré sur le sentier de ta mort,
Et c’est tout à fait par hasard
Que j’avais pris ce chemin,
Ne sachant pas que tu te rendais là.

Quand j’entendis la populace hurlante
Je voulus revenir,
Cependant par curiosité je restai
Sur son passage.

Dans la clameur
Soudain je me sentis faiblir
Mais je ne m’en retournai pas.

La meute hurlait si fort, pourtant elle était si faible
Semblable à un océan malade et sourd.
Sur ta tête tu portais des épines aiguës,
Tu ne me regardais pas.

Et sur ton dos,
Tu portais
Toute ma misère.

(Langston Hughes)

Illustration: Annibale Carracci

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Abandon (Bernard Perroy)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018


 


 

 

Abandon,
lente approche du secret.

La lumière
éclaircit notre soif,

dépose sa paix
sur nos plages d’ombre

et dans le cœur
un simple chant suffit

pour que le ciel se rende
à hauteur d’homme.

(Bernard Perroy)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Paul Delvaux

 

 

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SILENCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Stéphane Pencréac’h
    
SILENCE

Il s’étale, effrayant: c’est la mer murmurante,
C’est un champ infini de toutes parts neigeux.
C’est la Mort déguisée attrapant mes cheveux,
Chagrine et qui fait peur. La Mort caracolante.

Je dépose à ses pieds mon âme pantelante.
Mon coeur bat-il encor? Je l’écoute, anxieux.
Musique monotone… et pourtant — justes cieux ! —
J’aime l’entendre vivre au sein de ma tourmente.

Je marche, dirait-on, sur un frêle terrain.
Quand le sol se défait sous mon pied incertain,
Je prétends résister comme fou qui s’éveille.

Puis je baisse la tête au comble de l’émoi.
Car la vase, déjà, vient boucher mon oreille.
Interdit, je me rends. Qu’adviendra-t-il de moi?

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le simulacre (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration
    
Le simulacre

Chaque fois que je te vois dans le souvenir,
j’entends chanter le coq en pleine nuit
et une soif de combats et de clochers
me rend au sacrifice où je te perds.

Qui sait où tu te trouves, je ne sais plus
si tes yeux sont en or ou en argent,
mais mon sang est une lumière jaillissante
et à nouveau je mords la douce pomme.

Ô balbutiement des ténèbres, duel
de mousse et de léopard et gémissement,
désespéré qui contrefait le ciel !

L’aube sordide plane comme la cendre,
sur le rêve vaincu et l’oreiller
défiguré par le creux d’une seule tête.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Le Partisan (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
Le Partisan

Quand ils traversèrent la rivière
Ils me dirent de me rendre,
Ca, je ne pouvais pas le faire;
J’ai pris mon arme et j’ai disparu.
J’ai changé de nom si souvent,
J’ai perdu ma femme et mes enfants
Mais j’ai beaucoup d’amis,
Et certains sont avec moi.

Une vieille femme nous a trouvé un abri,
Nous a tenu caché dans le grenier,
Et les soldats sont arrivés;
Elle est morte sans un soupir.

Nous étions trois ce matin
Je suis seul ce soir
Mais je dois poursuivre;
Les frontières sont ma prison.

Oh, le vent, le vent souffle,
Entre les tombes le vent souffle,
La liberté naîtra bientôt;
Et nous sortirons de l’ombre.

Les allemands étaient chez moi,
Ils me dirent « Signe-toi »,
Mais je n’ai pas peur.
J’ai repris mon arme,
J’ai changé cent fois de nom,
J’ai perdu femme et enfants,
Mais j’ai tant d’amis.
J’ai la France entière.

Un vieil homme dans un grenier,
Pour la nuit nous a caché,
Les allemands l’ont pris
Il est mort sans surprise.

Oh, le vent, le vent souffle,
Entre les tombes le vent souffle,
La liberté naîtra bientôt:
Et nous sortirons de l’ombre.

***

The partisan

When they poured across the border
I was cautioned to surrender
This I could not do
I took my gun and vanished.

I have changed my name so often
I’ve lost my wife and children
But I have many friends
And some of them are with me

An old woman gave us shelter
Kept us hidden in the garret
Then the soldiers came
She died without a whisper

There were three of us this morning
I’m the only one this evening
But I must go on
The frontiers are my prison

Oh, the wind, the wind is blowing
Through the graves the wind is blowing
Freedom soon will come
Then we’ll come from the shadows

Les Allemands étaient chez moi
Ils me dirent, « résigne toi »
Mais je n’ai pas peur
J’ai repris mon âme

J’ai changé cent fois de nom
J’ai perdu femme et enfants
Mais j’ai tant d’amis
J’ai la France entière

Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a caché
Les Allemands l’ont pris
Il est mort sans surprise

Oh, the wind, the wind is blowing
Through the graves the wind is blowing
Freedom soon will come
Then we’ll come from the shadows

(Leonard Cohen)

 

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Origine (Michel Voiturier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017




    

Origine

Autrefois, frontière s’appelait rivière ou éperon, mer ou brisant.

Quand vinrent les hommes avec leur idée de lopin, tout changea.

Il devint impensable de se rendre au-delà de ou à travers la parcelle
que quelqu’un avait annexée à la présence de son corps.

Le terroir se morcela, de sorte que chaque morceau
soit étiqueté du nom de celui qui avait pris pieds sur lui.
Le sol n’accepta plus que trace d’un seul unique pas.

(Michel Voiturier)

 

Recueil: Dits en plain désert
Editions: Clarisse

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Nous nous rendons à pinces (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Nous nous rendons à pinces dessous le fil à linge où ma jupe frissonna il était une fois…
Alors j’ai grimpé à son cou
Comme un lierre comme trémière
La rose.
… Poème monté de toutes pièces sur les grands chevaux des autres …
L’amour a mis en pièces toutes mes théories les étoiles m’ont dévorée …
… Je m’endormirai sur un banc
Je m’endormirai sur un banc de poissons dans la rumeur des voitures vers la mer

(Valérie Rouzeau)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

 

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (X) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (X)

Enfermé dans un horizon sans altitude,
je n’ai devant moi que chemins en fuite
vers un lointain de plus en plus illisible,
de plus en plus tourné sur ton absence.

J’attends en vain que vienne à ma rencontre
un arbre qui marcherait sur ses racines,
mais c’est à peine s’il me fait signe
en remuant un bras d’où quelques feuilles tombent.

Les fleurs sourient d’une façon si banale
qu’il me tarde quand je reviens à la nature
de la quitter pour la ville où je suis sûr
qu’un seul de tes baisers me bouleversera jusqu’à la moelle.

Il reste les couchants dont je ne puis me déprendre
parce qu’ils ont brillé au-dessus de mon enfance
comme mille mains levées sur un navire en partance
pour un pays que tu es seule à savoir me rendre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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