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Poésie

Posts Tagged ‘se renverser’

Quand il se renverse dans le ciel (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2022



Quand il se renverse dans le ciel
les bras pleins de rumeurs
noués au-dessus du rire des graminées,
ton beau visage tourné vers les puissances du rêve
les joues rougies par l’églantine du plaisir
brille sous la fraîcheur du matin.
Une mer respire derrière ton front
nue et tranquille dans l’eau des larmes
luisant de l’éclat poudreux d’un trésor
le ruissellement de lait de ta gorge
ce torrent invisible qui meurt sous ta peau
et le goût de l’infini humecte tes lèvres
glissant d’un mouvement léger
par les chemins du sang
gagne avec un bruit d’ailes
la nappe des oliviers
et j’entends s’enfoncer dans ta chair
derrière tes dents humides de soupirs
le collier de cailloux dans le cou des collines
le bruit de l’amour qui remonte vers ta bouche.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: William Bouguereau

 

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Le Petit Chat (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le Petit Chat

C’est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s’assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
La frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe ; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini.
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

Mais le voilà qui sort de cette nonchalance,
Et, faisant le gros dos, il a l’air d’un manchon ;
Alors, pour l’intriguer un peu, je lui balance,
Au bout d’une ficelle invisible, un bouchon.

Il fuit en galopant et la mine effrayée,
Puis revient au bouchon, le regarde, et d’abord
Tient suspendue en l’air sa patte repliée,
Puis l’abat, et saisit le bouchon, et le mord.

Je tire la ficelle, alors, sans qu’il le voie,
Et le bouchon s’éloigne, et le chat noir le suit,
Faisant des ronds avec sa patte qu’il envoie,
Puis saute de côté, puis revient, puis refuit.

Mais dès que je lui dis : « Il faut que je travaille,
Venez vous asseoir là, sans faire le méchant ! »
Il s’assied… Et j’entends, pendant que j’écrivaille,
Le petit bruit mouillé qu’il fait en se léchant.

(Edmond Rostand)

Recueil: Les Musardises
Traduction:
Editions:

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Vénus noire (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2021



 

eau noire

Vénus noire à l’étreinte squameuse et froide…
Tous les murs se sont renversés dans l’eau, les pignons ont coulé a fond,
et les cheminées, comme des pilotis, sont fichées dans la vase.
C’est l’eau noire qui vit maintenant
pour tous ceux qui dorment un sommeil de mort entre les murs.

[…]

oh! la belle eau, noire comme une bohémienne, lisse et luisante comme l’ébène…
Pas une détresse qui ne souhaite d’y finir avec volupté.
Pas une joie qui ne rêve de s’étirer dans ce baiser…
Elle s’obscurcit de cette nuit qu’elle surpasse,
comme un amant qui prend au contact de l’autre le feu dont il le dévore.

(Franz Hellens)

 

 

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Tu me seras fidèle (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018




    
Ô mon Dieu,
Tu donnes la lumière, la joie de Toi pendant le jour,
mais pendant la nuit, simplement, fidèlement, sans joie ni lumière, Tu es là.

Dans ma fatigue à ras de terre,
quand je suis trop faible pour aimer Dieu ni homme.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans mon usure, quand je ne vois plus clair, que mon cœur se refroidit,
que ma dernière vertu à bout de forces s’assoupit et somnole comme une vieille femme.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans ma nuit la plus noire, dans le gouffre terrible où Dieu se renverse,
où la foi s’écroule comme un château de nuages, où il n’y a plus trace d’espérance sur la terre comme au ciel.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans la mort où tout disparaît, dans la nuit de la mort
où l’âme n’a plus ni espace, ni temps, dans le rien où je ne trouverai plus moi ni personne.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Amen

(Marie Noël)

 

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La balançoire (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018



Illustration: Jean-Honoré Fragonnard
    
La balançoire suspendue
à la branche du cerisier,
les jupes qui se soulèvent
et le ciel qui se renverse.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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Ce que je dis (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Illustration: https://www.nuagesdemots.fr/

    
Ce que je dis m’advient
comme une cascade à la montagne,
mais quand je le dis se renverse
et c’est moi qui adviens à ce que je dis.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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PARTIE PERDUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018




    
PARTIE PERDUE

Rien ne sert de partir
Il faut vivre
Etre là
Au bord du feu-berger qui ramène les doigts
Dans la main du soleil où bourdonne midi
A la pointe du coeur où glisse le souci
Sous le chaud de l’averse
Quand le corps se raidit
Quand le jour se renverse
Quand la dernière lampe éparpille la nuit

On recoupe un visage
En quel état je suis
Ces paumes défleuries
Roseaux de mon courage
Et le mur à lui seul est tout un paysage

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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LES DIMENSIONS DU JOUR (V) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



Illustration: Koloman Moser
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (V)

Sur ton corps lisse de caillou
mes mains vont, forêts en liberté,
comme vers des sommets d’où je retombe,
source altérée de soleil.

Ton coeur est si proche de mon coeur
que nos artères se mêlent les unes aux autres
et ne retrouvent plus à nos fronts qu’une seule tempe
pour faire battre l’espace.

Bateau venu de la haute mer,
je vais très loin au fond de tes plages
et je me renverse dans les fougères
qui naissent de ton corps entr’ouvert.

Lorsque nous n’avons plus pour respirer
que l’air écrasé dans nos baisers,
le jour qui nous sépare a beau faire,
il n’arrive pas à être aussi nu que toi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le vent prend feu (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Maria Amaral
    
Le vent prend feu dans les lumières
qui font de la nuit une haute racine vivante.
Les objets tendent leur cou sans tête,
tendent leurs mains sans doigts.

Tant de bras se tordent sur les murs
que la chambre bascule et va se renverser.
Toi que j’aime, je te vois, fermée par ta bouche
et découverte peu à peu par ta propre lueur.

Ton corps est pareil à une eau
où le soleil entre de toute sa nudité.
Il y a dans ton regard de l’obscurité
qui brûle du feu sourd des vitres incendiées.

Quand tout s’éteint le monde est si vaste
que je me demande si tu existes encore,
si tu es bien contre moi de toute ta chair
qui a repris sa forme dure de plante.

La nuit devient si dense autour de nous
que, même serrés l’un contre l’autre,
nous sentons que cette nuit nous sépare
de tout ce qui n’est peut-être que notre peau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je suis seul (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Evaristo
    
Je suis seul derrière mes paroles,
derrière ma tête, ombre sur le mur.
L’armoire triste brille un peu la nuit
et de ce filet renaît le matin.

Limité par la mort, par mon regard,
je reste si longtemps à la même place
que je vois se renverser une à une les lumières
que le soir envoie au-devant de la nuit.

La solitude est haute et noire
entre les arbres qui se retirent dans le soir.
Dois-je crier mon amour aux passantes
entourées de leur beau regard tranquille ?

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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