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Poésie

Posts Tagged ‘se repaître’

La nuit tambourine à la porte (Francis Valette)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: John Henry Fuseli
    
La nuit tambourine à la porte
Nos échecs
Veulent une place dans le lit

La nuit se repaît
Nos peurs
Prennent toute la couette

La nuit gronde
Nos secrets
Mettent la tête sous l’oreiller

Se croyant à l’abri
Des délires et des suées

Du sérum de vérité
D’une nuit agitée

(Francis Valette)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: 125-126
Traduction:
Editions: Arpa EXILS

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Ambiance diabolo menthe (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Ambiance diabolo menthe
Sur le boulevard

Vert des arbres
Encore verts
Glaçons crus
D’un vent sans indulgence

Le soir tombe
D’un coup
Porte de Montreuil

La petite foule du vendredi
S’irrite

Entre les palissades des chantiers
Gisant noir
Dodu
Un sac poubelle
Embarrasse le trottoir

Le temps presse

Il est bientôt l’heure
De se repaître
Des malheurs du monde
Au journal télévisé

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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La mer (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



La mer

Éternellement elle chuchote autour
Des rivages désolés et de sa houle puissante
Gorge deux fois dix mille cavernes, jusqu’au moment
où le charme
D’Hécate les abandonne à leurs antiques rumeurs
indistinctes.
Souvent vous la trouverez d’humeur si douce
Que c’est à peine si le plus minuscule coquillage
Quitte pendant des jours la place où jadis il échoua,
Quand les vents du ciel la dernière fois se déchaînèrent.
O vous dont les prunelles sont irritées et lasses
Faites-les se repaître de l’immensité de la mer;
O vous dont les oreilles sont assourdies d’un affreux
tintamarre,
Ou nourries à l’excès de quelque écoeurante mélodie,
Asseyez-vous où bée une antique caverne, et rêvez
Jusqu’au brusque réveil où vous croirez entendre
le choeur des nymphes de la mer.

***

On the sea
It keeps eternal whisperings around
Desolate shores, and with its mighty swell
Gluts twice ten thousand caverns; till the spell
Of Hecate leaves them their old shadowy sound.
Often ’tis in such gentle temper found,
That scarcely will the very smallest shell
Be mov’d for days from where it sometime fell,
When last the winds of heaven were unbound.
Oh ye who have your eyeballs vexed and tir’d,
Feast them upon the wideness of the sea;
Oh ye whose ears are dinn’d with uproar rude,
Or fed too much with cloying melody,
— Sit ye near some old cavern’s mouth, and brood
Until ye start, as if the sea-nymphs quir’d!

(John Keats)

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Qui se repaît (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



 

Qui se repaît
de ces festins de sang ?
Qui salive
A la une des ventres bleuis ?
Qui inflige
Ces temps barbares ?

(Andrée Chedid)

 

 

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PEINES PERDUES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
PEINES PERDUES

Hélas! pourquoi ces pleurs dans mes yeux que j’essuie,
Et pourquoi ces soupirs dans ma gorge crevant?
Je ne puis rappeler le passé décevant,
Ni ranimer le feu dans l’âtre plein de suie.

L’amour s’est envolé, la flamme s’est enfuie.
A quoi bon soupirer, pleurer, en y rêvant,
Comme un hautbois plaintif qui se nourrit de vent,
Comme un vieux toit rompu qui se repaît de pluie?

Ah ! pauvre cœur troublé de regrets, de remords,
Tes soupirs rendront-ils le souffle aux oiseaux morts
Et tes pleurs feront-ils s’épanouir des roses?

Au fond de ta douleur tu peux les laisser choir;
Soupirs et pleurs, tout est stérile. Tu n’arroses
Qu’un linceul; et pas même, encore!… ton mouchoir.

« Homme aux yeux cruels, prends garde !
Tu nous écrases! Regarde
Nos cadavres sous tes pas.
Tu pleures et tu t’irrites.
Nous sommes les marguerites.
Pitié! Mais tu n’entends pas.

— Si, je vous entends, menteuses.
peuple d’entremetteuses,
Sois-tu donc anéanti!
Mourez sous mes mains brutales
C’est en comptant vos pétales
Que ma maîtresse a menti. »

(Jean Richepin)

 

 

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Qui ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Qui ?

Qui se repaît
De ces festins de sang ?

Qui salive
À la vue des ventres bleuis ?

Qui inflige
Ces temps barbares ?

Qui calfeutre
Les fenêtres d’autrui ?

Qui d’un rire sardonique
Ruine nos champs d’espérance ?

(Andrée Chedid)

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Voix de personne (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Voix de personne, étrangère
à l’automne, et une seule fois
concentrée dans l’oeil qui saignait
d’une telle intensité. Ton muscle
ne se remet pas, c’est
une autre corde, tressée
par l’encre, et écorchant
cette main à vif — qui ramène les images
vers nous : le clairvoyant
cadavre, chantant
de son miroir-potence ; un coup d’oeil,
plus lourd que pierre, lancé
sur la glace
d’avril, faisant résonner les profondeurs
de ton souffle-puits ; un oeil,
et puis
un autre encore. Tant que vautour
sera le mot
qui se repaît de ce déchet, la nuit
sera ta proie.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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JE SUIS (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



    

JE SUIS

Je suis pourtant ce que je suis nul ne le sait ni n’en a cure
Mes amis m’ont abandonné comme l’on perd un souvenir
Je vais me repaissant moi-même de mes peines —
Elles surgissent pour s’évanouir — armée en marche vers l’oubli
Ombres parmi les convulsives d’amour —
Et pourtant je suis et je vis — ainsi que vapeurs ballottées les muettes transes
Dans le néant du mépris et du bruit
Dans la vivante mer des rêves éveillés
Où nul sentiment de la vie ne subsiste ni du bonheur
Rien qu’un grand naufrage en ma vie de tout ce qui me tient à coeur
Oui même mes plus chers soucis — les mieux aimés
Sont étrangers — plus étrangers que tout le reste

Je languis après un séjour que jamais homme n’a foulé
Un endroit où jamais encore femme n’a souri ni pleuré —
Pour demeurer avec mon Dieu mon Créateur
Et dormir de ce doux sommeil dont j’ai dormi dans mon enfance
Sans troubler — moi-même introublé où je repose
L’herbe sous moi — couvert par la voûte du ciel

***

I AM

I am — yet what I am none cares or knows
My friends forsake me like a memory lost
I am the self-consumer of my woes —
They rise and vanish in oblivious host
Like shadows in love’s frenzied stifled throes —
And yet I am and live — like vapours tost

Into the nothingness of scorn and noise
Into the living sea of waking dreams
Where there is neither sense of life or joys
But the vast shipwreck of my life’s esteems
Even the dearest — that I love the best —
Are strange — nay rather stranger than the rest

I long for scenes where man hath never trod
A place where woman never smiled or wept —
There to abide with my Creator God
And sleep as I in childhood sweetly slept
Untroubling and untroubled where I lie
The grass below — above the vaulted sky

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Je me repais de bruyères … (Tadeusz Miciński)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



 

Nicholas Roerich. Song of Shambhala

Je me repais de bruyères …

Je me repais de bruyères, de fougères de cuivre,
m’abreuve du soleil d’argent et de l’azur profond.
Les torrents qui débordent —
coulent — par la vallée —
ils s’unissent et confluent —
s’égouttent — à travers les neiges, les rocs —
laissant leur sein diminuer —
leurs épaules se pressent contre les nuages.
Mon âme vole autour des sommets de l’Himalaya —
autour de villes fortifiées —
de pagodes que le cœur seul connaît —
depuis un cloître endormi — j’observe la mer,
mon regard se porte vers le Nirvana céleste, doré et miroitant —
vers les granites noirs, insondables, écumants.

(Tadeusz Miciński)

Découvert ici : poetespolonais

Illustration: Nicholas Roerich

 

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Mémoire (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017



    

Mémoire

Et l’ombre encor tournait autour des arbres
et le soleil perdait ses larges feuilles
et l’étendue le temps engloutissait
et j’étais là je regardais:

Je dissipe un bien que j’ignore
je me repais d’un inconnu
je ne sais pas quel est ce jour ni comment faire
pour être admis.

(Jean Tardieu)

 

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