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Poésie

Posts Tagged ‘se reprendre’

Le centre est là (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




Le centre est là
partout qui manque,
et le poète,
avec ses paroles qui s’avancent et se reprennent,
qui repartent,
ne pourrait que former,
comme une marguerite,
une couronne,
qui se déploierait alentour du pressenti
oeuf d’or, trop éblouissant
pour que jamais
il se puisse voir.

(André Frénaud)

 

 

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Adieux (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Adieux

Il est de doux adieux au seuil des portes,
Lèvres à lèvres pour une heure
Ou pour un jour;
Le vent emporte
Le bruit des pas qui s’éloignent de la demeure.
Le vent rapporte
Le bruit des pas du bon retour ;
Les voici qui montent les marches
De l’escalier de pierre blanche ;
Les voici qui s’approchent. Tu marches
Le long du corridor où frôle
Au mur de chaux le coude de ta manche
Ou ton épaule ;
Et tu t’arrêtes, je te sens
Derrière la porte fermée ;
Ton cœur bat vite et tu respires
Et je t’entends,
Et j’ouvre vite à ton sourire
La porte prompte, ô bien-aimée !

Il est de longs adieux au bord des mers
Par de lourds soirs où l’on étouffe ;
Les phares tournent déjà dans le crépuscule ;
Les feux sont clairs.
On souffre…
La vague vient, déferle, écume et se recule
Et bat la coque de bois et de fer ;
Et les mains sont lentes dans l’ombre
À se quitter et se reprennent.
Le reflet rouge des lanternes
Farde un présage en sang aux faces incertaines
De ceux qui se disent adieu aux quais des mers
Comme à la croix de carrefours,
Comme au tournant des routes qui fuient
Sous le soleil ou sous la pluie,
Comme à l’angle des murs où l’on s’appuie,
Ivre de tristesse et d’amour,
En regardant ses mains pour longtemps désunies
Ou pour toujours…

Il est d’autres adieux encor
Que l’on échange à voix plus basse
Où, face à face,
Anxieusement, Vie et Mort,
Vous vous baisez, debout dans l’ombre, bouche à bouche,
Comme pour mieux sceller encor
Dans le temps et l’éternité
Lèvre à lèvre et de souffle à souffle
Votre double fraternité.

***

Farewells

There are gentle farewells on thresholds,
Lips to lips for an hour
Or for a day;
The wind carries off
The sound of the steps that move away from the home.
The wind brings back
The steps of a happy return;
Here they are going up the stairs
Of the white stone staircase;
Here they are getting closer. You walk
Along the corridor where brushes
Against the whitewashed wall the elbow of your sleeve
Or your shoulder;
And you stop, I feel you
Behind the closed door,
Your heart beating fast as you breathe
And I hear you,
And I open quickly to your smile
The eager door, O my beloved!

There are long farewells by the seashore
On heavy, stifling evenings;
The beacons already turn in the dusk;
The lights are bright.
What suffering !
The wave comes, sweeps along, froths and withdraws
And strikes the hull of wood and iron;
And hands are slow in the shadows
To let go of each other again and again.
The red reflection of the lanterns
Blushes a bloody omen on the uncertain faces
Of those who say farewell on the quaysides
As at the crossroads,
As at the junction of roads that flee
Beneath the sun or the rain,
As in the corners of walls one leans against,
Drunk with sorrow and love,
Looking at hands for long disunited
Or for ever…

There are yet other farewells
Exchanged in low tones
Where, face to face,
Anxiously, Life and Death,
You kiss each other standing in the shadows mouth on mouth
As though more surely still to seal
In time and eternity
Lip to lip and breath to breath
Your double fraternity.

(Henri de Régnier)

Illustration: Gennady Privedentsev

 

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Querelles des amants (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2016



Querelles des amants ! Trahisons des paroles !
Romances qu’on embrouille aux cordes des violes !
Sanglot criard des violons désaccordés!
Querelles ! soupçons noirs dans les coeurs obsédés,
Grandes douleurs pour les causes les plus petites !
Les seuils sont défendus, les portes interdites
Dans le jardin du Rêve où, tout extasiés,
Les amants s’en allaient à travers les rosiers,
Quand leurs pas, accordés en marches fraternelles,
Semblaient se fuir et se chercher — comme des ailes
Mais voici vers l’ancien jardin de leur amour
D’où l’amante fantasque était partie un jour,
Voici qu’émue au bruit des jets d’eau qui s’égrènent
Elle revient; voici les mains qui se reprennent
Et les bouches aussi comme deux fleurs de mai,
Longuement à travers le grillage fermé !

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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La grenouille (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2015



La grenouille, qui se reprend à essayer ses cordes
depuis l’étang qui noie
joncs et nuages, le bruissement des caroubiers
entrecroisés où vient éteindre ses torches
un soleil sans chaleur, sur les fleurs l’indolent
bourdonnement des coléoptères qui sucent
encor des sèves, d’ultimes sons, l’avare
vie des champs. Dans un souffle
l’heure s’épuise : un ciel d’ardoise
se prépare à l’irruption des chevaux
décharnés, à leurs sabots pleins d’étincelles.

***

La rana, prima a ritentar la corda
dallo stagno che affossa
giunchi e nubi, stormire dei carrubi
conserti dove spenge le sue fiaccole
un sole senza caldo, tardo ai fiori
ronzio di coleotteri che suggono
ancora linfe, ultimi suoni, avara
vita della campagna. Con un soffio
l’ora s’estingue : un cielo di lavagna
si prepara a un irrompere di scarni
cavalli, alle scintille degli zoccoli.

(Eugenio Montale)

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