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Poésie

Posts Tagged ‘se resserrer’

Nous allons par un défilé (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
Nous allons par un défilé
qui se resserre peu à peu.
Nul ne sait s’il sortira.
Nul ne sait s’il avance ou recule
Nul ne sait si l’ombre est au bout ou la lumière.

Cette marche secrète nous confirme
Qu’entre l’oeil et son objet
s’interpose une pellicule obscure :
un filtre fait d’ombre
qui isole le regard pour toujours.

Regarder est un geste en dedans,
non en dehors.

***

Vamos por un desfiladero
que se estrecha poco a poco.
Nadie sabe si saldrá.
Nadie sabe si avanza o retrocede.
Nadie sabe si al final esta la sombra o la luz.

Esta marcha sigilosa nos confirma
que entre el ojo y su objeto
se interpone una oscura película,
un filtro hecho de sombra
que aisla para siempre la mirada.

Mirar es un gesto hacia adentro,
no hacia afuera.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Les cailloux (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2018




    
les cailloux tremblent
les cailloux rient
se serrent dans le ressac
s’usent et se resserrent

tintent dans ma poche
se déchiffrent à mes doigts
idée que je peux
entendre et toucher –

(Lorand Gaspar)

 

Recueil: PATMOS et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les volets (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



les volets

le ciel
se resserre
dans le froid
excluant
toute métaphore
les volets
ne battent
que pour eux-mêmes
le monde

(Hédi Kaddour)


Illustration

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LES GRANDS PYLÔNES (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




    
LES GRANDS PYLÔNES

Ils partent très au loin
les grands pylônes du paysage.
Ils m’attachent aux nuages
par des lignes qui s’en vont
du bout de leurs bras courts.

Ils passent comme moi je passe
ils s’éloignent sous le ciel
tout droit des deux côtés
jusqu’à perte de vue.

Dans leurs corps de ferraille
ils se répètent et ils se suivent
ils se resserrent ils disparaissent
et toujours ils m’emportent
les grands pylônes de ma route.

Pour aller où ?

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Retouche à minuit (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2017




    
retouche à minuit

Les coups de la pendule
autant de graviers
dans le miroir
les ondes s’élargissent, effaçant jusqu’au noir de la fenêtre,
et d’un coup se resserrent
jusqu’à mon poing sur la table.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Ballade des pendus (Fabrizio De André)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Ballade des pendus

Nous mourûmes tous à grand peine
avalant un dernier cri
donnant des coups de pied au vent
nous vîmes la lumière s’estomper.

Le hurlement emporta le soleil
l’air se resserra
des cristaux de mots
le dernier blasphème.

Avant que tout ne fût fini
nous rappelâmes aux vivants
que le prix à payer pour mal
fait en une heure est la vie.

Puis nous glissâmes dans le froid
d’une mort sans abandon
récitant l’antique credo
de ceux qui meurent sans pardon.

Que celui qui se moqua de notre défaite,
de la grande honte, d’être
étouffé de la sorte
apprenne à connaître le nœud.

Que celui qui répandit la terre sur nos os
et reprit tranquillement son chemin
rejoigne lui aussi la fosse hagard
dans la brume du petit matin.

Que la femme qui cacha derrière un sourire
la gêne de se souvenir de nous
découvre chaque nuit sur son visage
une insulte du temps et une scorie.

Nous cultivons pour tous une rancœur
qui a l’odeur du sang coagulé
ce qu’alors nous appelâmes douleur
n’est qu’une conversation suspendue.

***

Ballata degli impiccati

Tutti morimmo a stento
ingoiando l’ultima voce
tirando calci al vento
vedemmo sfumar la luce.

L’urlo travolse il sole,
l’aria divenne stretta
cristalli di parole
l’ultima bestemmia detta.

Prima che fosse finita
ricordammo a chi vive ancora
che il prezzo fu la vita
per il male fatto in un’ora.

Poi scivolammo nel gelo
di una morte senza abbandono
recitando l’antico credo
di chi muore senza perdono.

Chi derise la nostra sconfitta
e l’estrema vergogna ed il modo
soffocato da identica stretta
impari a conoscere il nodo.

Chi la terra ci sparse sull’ossa
e riprese tranquillo il cammino
giunga anch’egli stravolto alla fossa
con la nebbia del primo mattino.

La donna che celò in un sorriso
il disagio di darci memoria
ritrovi ogni notte sul viso
un insulto del tempo e una scoria.

Coltiviamo per tutti un rancore
che ha l’odore del sangue rappreso
ciò che allora chiamammo dolore
è soltanto un discorso sospeso.

(Fabrizio De André)

 

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SOIF (László Lator)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



franz-guillery-36

SOIF

Oh quelle faim quelle soif j’ai de toi,
chaque partie de toi je la mange ou la bois,
donne ta bouche, ta langue, tes dents – glu,
donne tes odeurs et tes arômes crues,

l’alcool fou de la sueur qui s’évapore
et qui pétille d’entre les flocons d’or
dans la coque de ton aisselle, et du ventre rond,
ta large croupe, la fleur des seins, fais don,

serre-moi dans tes bras, tes cuisses, tandis
que de ton corps je brise l’ardent huis,
ouvre tout grands tes flancs, fais-moi breuvage
d’âpres sèves au goût d’herbe sauvage,

quand la molle fleur, rosée au calice,
donnant de nouvelles soifs de ses épices,
se resserre, et que le plaisir dans les nerfs
accoure à nouveau dans tes reins, dans ta chair,

et que dessous l’épiderme est près d’exploser,
c’est l’instant brume-feu d’avant exister,
cellules qui grésillent, veines chancellent
et travaillent à m’engloutir en elles,

afin que par tes flancs – glissade et morsure –
me happe de nouveau ce monde obscur
où les secrètes nuits noires du vécu
lentement sont en train de se mettre à nu.

(László Lator)

 Illustration: Franz Guillery 

 

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Les feuilles tombées du tilleul se recroquevillent (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2015



Les feuilles tombées du tilleul se recroquevillent
comme un coeur se resserre autour du souvenir
de ce qu’il a perdu.

(Christian Bobin)

 

 

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Mon crâne se resserre (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2015



Mon crâne se resserre comme ces têtes mortes
que des embaumeurs réduisent à la grosseur du poing.
Au bout de mes bras tendus,le mur.
Je tourne, et le mur tourne avec moi.

De l’autre côté on crie.
Trouez la pierre ! Cognez, forez !
Hélas, votre épieu m’a transpercée.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Leon Levinstein

 

 

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Dans la pleine chaleur sur les dunes immenses (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2015



 

Dans la pleine chaleur sur les dunes immenses,
le monde se resserre et se limite.

C’est une cage de chaleur et de sang.
Il ne va pas plus loin que mon corps.

Mais qu’un âne braie au loin,
les dunes, le désert, le ciel reçoivent leur distance.

Et elle est infinie.

(Albert Camus)

 

 

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