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Poésie

Posts Tagged ‘se retourner’

AU CONDITIONNEL (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustratio: René Magritte
    
AU CONDITIONNEL

Si je savais écrire je saurais dessiner
Si j’avais un verre d’eau je le ferais geler et
je le conserverais sous verre
Si on me donnait une motte de beurre je
la ferais couler en bronze
Si j’avais trois mains je ne saurais où
donner de la tête
Si les plumes s’envolaient si la neige fondait
si les regards se perdaient, je
leur mettrais du plomb dans l’aile
Si je marchais toujours tout droit devant
moi, au lieu de faire le tour du
globe j’irais jusqu’à Sirius et
au-delà
Si je mangeais trop de pommes de terre je
les ferais germer sur mon cadavre
Si je sortais par la porte je rentrerais
par la fenêtre
Si j’avalais un sabre je demanderais
un grand bol de Rouge
Si j’avais une poignée de clous je les
enfoncerais dans ma main
gauche avec ma main
droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je
me perdrais bientôt de vue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUAND ON REGARDE UNE MONTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



Illustration: Patricia Blondel 
    
QUAND ON REGARDE UNE MONTRE

Je n’ai pas fini d’espérer
infatigable comme une araignée vigilante
je guette pour les retenir
dans ma toile quotidienne
les joies du soir et du matin
qui filent à toute vitesse
Tant pis pour les chagrins et les douleurs
et les emmerdements
qui passent lentement
et qui s’accrochent

Oui mais voilà
je sais que je dois chaque jour
chaque heure
m’avancer vers cette falaise
et vers ce grand trou sans fond
je me retourne souvent
et j’aperçois très loin
le brouillard de ma naissance
Je suis le nomade qui marche la nuit
et qui attend le jour et l’oubli

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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LA MALÉDICTION (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration: Helene Fuhs
    
LA MALÉDICTION

Je vous aime je vous aime
je n’en finis plus de croiser vos sosies
je fais un nid avec mes peines
un herbier avec mes soucis

Dans l’attente l’amour est modèle réduit
petit moteur qui fait du bruit
mais inapte au voyage
je n’en finis plus d’aimer vos sosies

Votre nom rue dans mes vertèbres
je me retourne je dis oui
je me résigne aux joies funèbres
je n’en finis plus d’inventer vos sosies

De l’un à l’autre je suis fidèle
amour je relève le défi
Dieu nous a mis du plomb dans l’aile
sous la nuit morte l’eau sourit.

(Jean Sénac)

 

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Un chant se retourne (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Un chant se retourne
et se verse en dedans.
Il touche le rêve de l’homme,
le labyrinthe fluvial de son sang,
la passion qui le harcèle,
l’île de la pensée,
le centre pèlerin de l’amour,
le pâle coin des absences.

Le chant le parcourt
comme le vol d’un oiseau.
Et subitement ce vol
se convertit en nuée
dans un ciel oublié.

Lorsqu’il surgit à nouveau,
la voix n’est pas celle qui chante.
Les mains chantent aussi,
la peau, l’homme entier,
son visage, son ombre.
Et tout se transmet :
l’infini chante.

***

Un canto se da vuelta
y se vuelca hacia adentro.
Toca el sueño del hombre,
el fluvial laberinto de su sangre,
la pasión que lo acosa,
la isla del pensar,
el centro peregrino del amor,
el pálido rincón de las ausencias.

El canto lo recorre
como el vuelo de un pájaro.
Y de pronto ese vuelo
se convierte en bandada
por un cielo olvidado.

Cuando vuelve a surgir
no es la voz la que canta.
También cantan las manon,
la piel, el hombre entero,
su mirada, su sombra.
Y todo se contagia:
el infinito canta.

(Roberto Juarroz)

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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J’AVAIS TEINT LE FRONT (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Abdalieva Akzhan

 

J’AVAIS TEINT LE FRONT

J’avais teint le front avec laideur
au fond d’une rue sans soleil
recherchant l’emblème et la clef

Des marches infinies

Mais ta voix me devint ce message de soleil
de degrés sonores
afin que je me réveille au flanc de la mer

Désir arbre ancien
sein chaud connaissance suave
sein doux la fraîcheur des tombeaux
patrie engloutie

Nous marchâmes à côté des vagues
pour dormir ensemble parmi les pierres
souples et chaudes de feu et de mémoire

Les morts mâchent des remords
ceux qui ne se retournèrent pas sur l’autre flanc
ou ne connurent pas leur double emplacement

Cependant moi je te retrouverai
ombre sans fissure
dans l’éternité

Où deux mains et un baiser
allument le soleil

(Georges Themelis)

Illustration: Abdalieva Akzhan

 

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Atteindre (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019




    
Atteindre, fût-ce d’en bas,
les points d’or de la voûte, atteindre
l’intarissable silence qui te construit.

Ne te retourne pas comme à l’appel
de la terre ultime, ouverte.

Pour la première fois, promise, la voici,
perceptible, souveraine, l’autre parole
qui, aussitôt, se dissipa.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Départ (Jean Rivet)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



Le Départ

Père, cette brève mais éternelle
et inoubliable odeur de tilleul
dans le vaisseau rose du soir.
Le petit garçon s’en va,
toi seul te retournes dans la rue:
il devient ce point qui tremble
dans l’eau pure de tes yeux.

(Jean Rivet)

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Cet autre qui est moi (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018



Illustration: René Magritte
    
Cet autre
qui est moi
s’est détaché
légèrement

Il marche
à quelques pas
là-devant

Si loin déjà
je ne saurai
le rattraper

Il lui arrive
aimablement
de se retourner

Je ne nous reconnais pas

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Comme un naufragé (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



    

Comme un naufragé indemne je me retourne
et je vois derrière moi, attendris
par le passé, des océans de rares
violettes, de primevères silencieuses.
Mais ce paysage de jeunes pousses azurées
que le clair Avril adoucissait
est déjà un songe plus lointain que le ciel.

Le temps se dissipe sans vague :
papillons aux vols pudiques,
fleurs violentes, paix hérissée…

Et saurais-je encore m’effrayer si
un son désaccordait la musique ténue
des champs ? Lever les yeux comme un enfant
angoissé par les gouffres célestes
que voile le cours paisible des nuages ?
Et si dans l’azur aride
l’irascible rossignol exhalait son chant diurne
je l’écouterais avec ferveur, mais sans espoir.
Je ne rêve pas, je ne veille pas…

***

Corne un naufrago incolume mi volgo
e vedo, inteneriti dal passato,
alle mie spale, oceani di rare
viole, di silenziose primule.
E già un sogno lontano più del cielo
il paesaggio di germogli azzurri
che il trasparente Aprile intiepidiva.

Il tempo è dileguato senza moto:
le farfalle che volano pudiche,
i fiori violenti, l’irta quiete…

E so ancora atterrirmi ad un accento
che disaccordi con la fioca musica
dei campi? Alzare il capo, puerilmente,
angosciato dai baratri celesti
tra i veli tranquilli delle nuvole?
Se l’iroso usignolo nell’azzurro
arido, esala i suoi canti diurni,
lo ascolto ardente, ma non ho speranza.
Io non sogno, non veglio…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Je me retourne et veux te voir (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Je me retourne et veux te voir, dans la ramée.
Voici que peu à peu tu es devenue fruit.
Il ne t’a rien coûté de surgir des racines
tu n’as eu qu’à chanter tes syllabes de sève.

Te voici tout d’abord une fleur odorante
qu’un seul baiser suffit à changer en statue,
jusqu’à ce que soleil et terre, sang et ciel
te reconnaissent le délice et la douceur.

Sur la branche je pourrai voir ta chevelure,
dans le feuillage c’est ton signe qui mûrit,
ce sont ses feuilles qui s’approchent de ma soif ;

et ta substance alors viendra remplir ma bouche,
ce sera le baiser qui montait de la terre
apporté par ton sang de fruit gonflé d’amour.

(Pablo Neruda)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

 

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