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Poésie

Posts Tagged ‘se retrouver’

QUESTIONS (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019



Illustration: Fan Ho 
    
QUESTIONS

Tous ceux qui passent le matin et dont tu entends les pas
tracent-ils avec toi les lignes d’une dessin caché?
Un jour ces milliards de pas déboucheront-ils dans quelque clairière
et vous étant retrouvés verrez-vous par le gros bout de la lorgnette
la rue là-bas, ces pas, ces veilles, ces sommeils dans les chambres
vous reconnaissant, vous nommant
dans l’architecture délicieuse qui fait trembler les anges?

(Paul de Roux)

 

Recueil: Les pas
Traduction:
Editions: L’Alphée

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Se relire (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Se relire:
se retrouver seul,
dans la salle décorée,
au lendemain de la fête.

(Edmond Jabès)

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Double accès séquentiel (Linda Maria Baros)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Konstantin Razumov
    
Double accès séquentiel

Au début, on cherche une paire d’yeux
et on y enfonce ses regards.
Peut-être que là-bas, dans les profondeurs,
il y a quelqu’un qui aboie,
tranche les têtes, tire les cordages.

On prend ensuite une paire de lèvres
et on dessine leur contour,
délicatement, avec le bout de la langue.

Puis, une paire de bras
qui ressemblent à quelques ailes endormies,
qui, tangentiels, par-dessus tes épaules,
sont en train de s’arquer.

Et à tout cela s’ajoutent la paire d’yeux,
la paire de lèvres, d’ailes endormies,
de cuisses, qui sont tiennes.

S’y ajoute ainsi, paire et sans paire, tout le reste,
jusqu’à ce qu’on arrive à une paire de coeurs.
qu’à ce qu’on arrive à se retrouver soi-même.

(Linda Maria Baros)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Eté (Nakahara Chûya)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



Illustration: Odilon Redon
    
Eté

Moi sur ma table,
Je n’avais rien d’autre qu’un stylo de l’encre du papier quadrillé,
Et chaque jour que dieu faisait, sans fin, m’y tenais coi.

Mais attendez, en plus il y avait aussi des allumettes des cigarettes,
Et un buvard ou des petites choses comme ça.
Mais que dis-je, parfois encore apportant une bière,
Il m’arrivait de la boire.

Dehors les cigales chantaient à qui mieux mieux.
Et les vents, du moins les vents frais d’être passés sur les rochers
fréquemment soufflaient.
Sans pensée, sans journées ni sans mois le temps passait,

Quand un beau matin, je me retrouvai mort.
Et le peu de choses disposées sur ma table,
Pour finir en un clin d’oeil furent débarrassées par la bonne.
– Mon dieu quel soulagement. Mon dieu quel soulagement.

(Nakahara Chûya)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Poèmes
Traduction: Yves-Marie Allioux
Editions: Picquier poche

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AUTOMNE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018




    

AUTOMNE

Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
À sept ans comme il faisait bon
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

Ô temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Le temps ne se divise pas (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Illustration: Catherine Millet
    
Le temps
Ne se divise pas.

Avant, pendant, après
Se retrouvent en nous.

Maintenant ou plus tard.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Relier
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je me suis soudain réveillé (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration: Lili Flore
    
Je me suis soudain réveillé, j’étais seul.
J’ai reconnu le petit-duc, à ses gémissements aveugles,
Qui du haut du ciel semblaient tout proches,
Au-dessus de ma poitrine.

Avec son chant, je me suis retrouvé vivant dans le silence ;
Mais perdu dans mes rêves, de mon corps
Rien ne restait qu’une mémoire
Triste et déçue.

Et toi aussi, mémoire et non image,
Tu me dominais, tu dominais ce chant,
Et tu rendais mortel ce silence,
Sans m’apparaître.

Tu t’étais dissipée en moi, pour ainsi dire,
Dans ma chair lasse, en rêve. Un spectre mortel
Qui terrasse cette vie. Et pourtant
Je continuais de t’aimer.

***

Mi destai d’improvviso, ero solo.
Conobbi l’assiuolo ai ciechi gemiti,
che dal cielo suonavano vicini,
sopra il mio petto.

Con quel canto fui vivo nel silenzio;
ma, perduto nei sogni, del mio corpo
nulla restava se non una memoria
triste e delusa.

E anche tu, memoria non immagine,
su di me, su quel canto sovrastavi
e facevi mortale quel silenzio,
senza apparirmi.

M’eri dissolto, quasi, nella stanca
carne, nei sogni; una mortale larva
che sopravanza questa vita; eppure
ti amavo sempre.

(Pier Paolo Pasolini)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Adulte ? Jamais
Traduction: René de Ceccatty
Editions: Points

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Je sais les labyrinthes (Sylvie Fagre G.)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Je sais les labyrinthes. Je sais.
On suit des routes à l’intérieur de soi pour retrouver le centre.
On pense qu’il ressemble au point ultime, sublime dit le poète,
où la vie rejoint la mort,
où se joue lumineux le fonctionnement de l’âme, au-delà.

Et l’on se retrouve à la croisée des chemins, une pierre, un instant,
le fil court de soi à soi.
Parfois l’Autre est là.
Puis il nous quitte.

Usés d’attente et de désert, nous renaissons en d’autres eaux,
nous nageons dans une autre écriture. Sans aucun oubli.
Nous traçons notre route au large
en sachant cette lumière qui fut, où nous baignâmes jadis.

Car l’amour est dans la perte et la ronce, dans l’obscur du torrent,
dans les fausses luisances et le vent des folies
mais l’on avance parés vers sa demeure
et les mots nous précèdent et l’éclairent.

L’impossible harmonie nous habite,
elle a le visage de l’innocence.

(Sylvie Fagre G.)

 

Recueil: Frère humain
Traduction:
Editions: L’AMOURIER

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Perdue (Stéphanie Ferrat)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Illustration: Edward Hopper
    
perdue
de me retrouver nue
dans la pièce
avec l’après-midi

(Stéphanie Ferrat)

 

Recueil: Caisson
Traduction:
Editions: La lettre volée

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LE DÉSIR (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
LE DÉSIR

Quand les yeux du désir, plus sévères qu’un juge, vous disent d’approcher,
Que l’âme demeure effrayée
Par le corps aveugle qui la repousse et s’en va tout seul
Hors de ses draps comme un frère somnambule,
Quand le sang coule plus sombre de ses secrètes montagnes,
Que le corps jusqu’aux cheveux n’est qu’une grande main inhumaine
Tâtonnante, même en plein jour…
Mais il est un autre corps,
Voici l’autre somnambule,
Ce sont deux, têtes qui bourdonnent maintenant et se rapprochent,
Des torses nus sans mémoire cherchent à se comprendre dans l’ombre,
Et la muette de soie s’exprime par la plus grande douceur
Jusqu’au moment où les êtres
Sont déposés interdits sur des rivages différents.
Alors l’âme se retrouve dans le corps sans savoir comment
Et ils s’éloignent réconciliés, en se demandant des nouvelles.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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