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Poésie

Posts Tagged ‘se revoir’

CHANSON (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



CHANSON

Nous cueillerons des fleurs,
nous nous les donnerons.
Les adieux seront
— joyeux ! —
pour bientôt nous revoir.

Comme les yeux sont calmes
dans les immenses yeux !
Baisers à l’envi.
Silence !
Les arbres sont divins.

D’or sera la rivière,
toujours, même au couchant.
Si, pour quelque raison,
nous allons au ciel,
nous dirons : Attends !

***

CANCIÓN

Cojeremos flores
y nos las daremos.
Los ¡adiós! serán
—!alegres!-
para al punto vernos.

iQué quietos los ojos
en los ojos grandes!
Besos porque sí.
¡Silencio!
Los divinos árboles.

De oro será el río,
siempre, aunque anochezca.
Si vamos al cielo
por algo,
diremos: ¡Espera!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Marc Chagall

 

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Me revoici parmi les miens (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



 


    
Me revoici parmi les miens,
ô mon pays tendre et pensif !
Le gros temps derrière le mont
de son gant de neige me fait signe.

La grisaille du jour maussade
va s’échevelant, et passe ;
la mélancolie du soir,
poignante, me saisit.

Sur les coupoles des églises
l’ombre gagne peu à peu.
Compagnons des plaisirs et jeux,
jamais nous ne nous reverrons !

Les années ont sombré dans l’oubli,
et qui sait où vous vous en êtes allés ?
Seule l’eau comme naguère
murmure encore sous le moulin ailé.

Que de fois dans la nuit obscure
au tintement de roseaux brisés
n’ai-je prié la terre encore fumante
pour ceux, qui ne reviendront plus.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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La fleur d’eau (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Paul Chabas Painting 25

La fleur d’eau

Fleur naine et bleue, et triste, où se cache un emblème,
Où l’absence a souvent respiré le mot : J’aime !
Où l’aile d’une fée a laissé ses couleurs,
Toi, qu’on devrait nommer le colibri des fleurs,
Traduis-moi : porte au loin ce que je n’ose écrire ;
Console un malheureux comme eût fait mon sourire :
Enlevée au ruisseau qui délasse mes pas,
Dis à mon cher absent qu’on ne l’oubliera pas !

Dis qu’à son coeur fermé je vois ce qui se passe ;
Dis qu’entre nos douleurs je ne sens pour espace
Que ton voile charmant d’amitié, que toujours
Je puise dans ma foi les voeux que tu lui portes,
Que je les lui dédie avec tes feuilles mortes,
Frêles et seuls parfums répandus sur mes jours ;
Dis qu’à veiller pour lui mon âme se consume,
Qu’elle a froid, qu’elle attend qu’un regard la rallume !

Dis que je veux ainsi me pencher sous mes pleurs,
Ne trouver nulle joie au monde, au jour, aux fleurs ;
Que la source d’amour est scellée en mon âme,
Que je sais bien quelle âme y répondrait encor,
Dont je serais la vie, et qui serait ma flamme ;
Il le sait bien aussi : mais cette âme, elle dort ;
Elle dort dans l’absence où s’effeuille ma vie,
Où tu me dis pourtant que j’en serai suivie,
Et ranimée un jour. Mais qu’il nous faut encor,
Lui, brûler ; moi, languir pour contenter le sort.

Va donc comme un oeil d’ange éveiller son courage ;
Dis que je t’ai cueillie à la fin d’un orage ;
Que je t’envoie à lui comme un baiser d’espoir
Et que se joindre ainsi c’est presque se revoir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Paul Chabas

 

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DONNER DES NOMS (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
DONNER DES NOMS

Elle se penche sur lui, elle murmure :
Veux-tu que nous donnions des noms encore,
Car sais-tu si jamais nous nous reverrons?
Oui, dit-il, je te nomme, hésitation

Qu’a eue ce martinet prenant son vol,
Qu’a-t-il vu qui le tint comme suspendu
Un instant dans le cri de tous ces autres ?
Je veux te dénommer pour me souvenir.

Puis il tourne la page. Ce qu’il voit,
C’est cette même jeune femme, souriante,
Elle semble rentrer d’un long voyage.

Comment me nommes-tu ? demande-t-elle,
Inquiète, tristement. Et la nuit tombe,
Ces martinets, une aile immense dans le ciel.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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Mais nous reverrons bien ceux à qui nous n’avons pas dit à temps au revoir (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2017



 Illustration
    
Mais nous reverrons bien ceux à qui
nous n’avons pas dit à temps au revoir,
Ceux qui sont partis sans dire mot
dans le long effroi du délaissement.
Nous les reverrons, car nous n’aurons
de cesse de leur dire les mots qui n’ont été
Dits à temps, de leur répéter sans fin
au revoir au revoir selon la loi de la Vie :
Toute fleur est une fleur refleurie,
toute pluie une source retrouvée, toute larme
Une peine ravivée, tout visage un regard
reconnu, tout sourire un don échangé,
Et toute vie à venir
une vie à jamais survécue-souvenue.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Nous nous sommes revus pour la dernière fois sur le quai (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



Nous nous sommes revus pour la dernière fois
Sur le quai, là où toujours avaient lieu nos rencontres.
L’eau de la Néva était très haute;
Dans la ville on craignait une inondation.

Il parlait de l’été; il disait aussi
Qu’être poète, pour une femme, est absurde.
Je me suis rappelé le haut palais impérial
Et la forteresse de Pierre-et-Paul.

Il disait que l’air n’est pas du tout à nous;
Que c’est un don de Dieu, et magnifique.
C’est en cet instant que me fut donnée
La dernière de toutes les chansons folles.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Empêtré dans le gris (Bob Dylan)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



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Empêtré dans le gris

Un matin tôt le soleil brillait,
J’étais couché au lit
A me demander si elle avait changé
Si ses cheveux étaient encore roux.
Ses vieux ils disaient que notre vie ensemble
Pour sûr serait dure
Ils n’avaient jamais aimé les robes maison de Maman
Le compte en banque de Papa n’était pas assez gros.
Et j’étais debout sur le bord de la route
La pluie me mouillait les chaussures
En partance pour la côte Est
Dieu sait que j’en ai bavé pour survivre,
Empêtré dans le gris.

Elle était mariée à notre première rencontre
En voie de divorcer
Je l’ai tirée d’embarras, je crois,
Mais j’y ai été un peu trop fort.
Nous avons conduit cette voiture aussi loin que nous pouvions
L’avons abandonnée dans l’Ouest
Avons rompu par une triste et sombre nuit
D’accord tous les deux qu’il valait mieux.
Elle s’est retournée pour me regarder
Comme je m’éloignais
Par-dessus l’épaule je l’ai entendu dire,
« Nous nous reverrons un jour sur la route »,
Empêtrés dans le gris.

J’ai eu un job dans les forêts du Grand Nord
Comme cuisinier quelque temps
Mais je n’ai jamais vraiment aimé ça
Et un jour le couperet est tombé.
Alors j’ai dérivé jusqu’à la Nouvelle-Orléans
Où par hasard j’ai été employé
A travailler un moment sur un bateau de pêche
Juste à la sortie de Delacroix.
Mais tout ce temps-là j’étais seul
Le passé était tout proche,
J’ai eu des femmes par dizaines
Mais elle ne s’est jamais évadée de ma tête, et je me suis encore plus
Empêtré dans le gris.

Elle travaillait dans un bar topless
J’y suis entré boire une bière,
Je n’arrêtai pas de regarder son profil
Dans la clarté des spots.
Plus tard comme la foule se dispersait
J’étais sur le point d’en faire autant,
Elle se tenait là derrière ma chaise
Et dit « J’connaîtrai pas ton nom? »
J’ai marmonné quelque chose dans ma barbe,
Elle étudiait les traits de mon visage.
Je dois avouer que je me sentais un peu mal à l’aise
Comme elle se courbait pour nouer mes lacets de soulier,
Empêtré dans le gris.

Elle a allumé un brûleur au fourneau et m’a offert une pipe
« J’croyais qu’tu dirais jamais bonjour » dit-elle
« T’as l’air d’un silencieux ».
Puis elle ouvrit un livre de poèmes
Et me le tendit
C’était écrit par un poète italien
Du treizième siècle.
Et chacun de ces mots sonnait juste
Et luisait comme des charbons ardents
Ils se déversaient de chaque page
Comme si c’était gravé dans mon âme rien que pour toi,
Empêtrée dans le gris.

Je vivais avec eux sur la rue Montague
Au sous-sol en bas des marches,
Il y avait de la musique dans les cafés le soir
Et la révolution dans l’air.
Puis il commença à faire du trafic d’esclaves
Et quelque chose mourut en lui.
Elle dût vendre tous ses biens
Et se glaça en dedans.
Et quand enfin ils touchèrent le fond
Je me repliai en moi-même,
La seule chose que je savais faire
C’était de continuer comme un oiseau en vol,
Empêtré dans le gris.

Voilà, je repars à nouveau,
Il faut que je la voie d’une façon ou d’une autre.
Tous les gens qu’on connaissait
Ne sont qu’illusion pour moi désormais.
Certains sont mathématiciens
D’autres sont femmes de charpentiers.
Je ne sais pas comment tout ça a commencé
Je ne sais pas ce qu’ils font de leurs vies.
Mais moi, je suis toujours sur la route
En direction d’un autre joint
On se sentait vraiment pareils,
On avait juste des points de vue différents,
Empêtrés dans le gris.

***

Tangled Up In Blue

Early one mornin’ the sun was shinin’,
I was layin’ in bed
Wond’rin’ if she’d changed at all
If her hair was still red.
Her folks they said our lives together
Sure was gonna be rough
They never did like Mama’s homemade dress
Papa’s bankbook wasn’t big enough.
And I was standin’ on the side of the road
Rain fallin’ on my shoes
Heading out for the East Coast
Lord knows I’ve paid some dues gettin’ through,
Tangled up in blue.

She was married when we first met
Soon to be divorced
I helped her out of a jam, I guess,
But I used a little too much force.
We drove that car as far as we could
Abandoned it out West
Split up on a dark sad night
Both agreeing it was best.
She turned around to look at me
As I was walkin’ away
I heard her say over my shoulder,
« We’ll meet again someday on the avenue, »
Tangled up in blue.

I had a job in the great north woods
Working as a cook for a spell
But I never did like it all that much
And one day the ax just fell.
So I drifted down to New Orleans
Where I happened to be employed
Workin’ for a while on a fishin’ boat
Right outside of Delacroix.
But all the while I was alone
The past was close behind,
I seen a lot of women
But she never escaped my mind, and I just grew
Tangled up in blue.

She was workin’ in a topless place
And I stopped in for a beer,
I just kept lookin’ at the side of her face
In the spotlight so clear.
And later on as the crowd thinned out
I’s just about to do the same,
She was standing there in back of my chair
Said to me, « Don’t I know your name? »
I muttered somethin’ underneath my breath,
She studied the lines on my face.
I must admit I felt a little uneasy
When she bent down to tie the laces of my shoe,
Tangled up in blue.

She lit a burner on the stove and offered me a pipe
« I thought you’d never say hello, » she said
« You look like the silent type. »
Then she opened up a book of poems
And handed it to me
Written by an Italian poet
From the thirteenth century.
And every one of them words rang true
And glowed like burnin’ coal
Pourin’ off of every page
Like it was written in my soul from me to you,
Tangled up in blue.

I lived with them on Montague Street
In a basement down the stairs,
There was music in the cafes at night
And revolution in the air.
Then he started into dealing with slaves
And something inside of him died.
She had to sell everything she owned
And froze up inside.
And when finally the bottom fell out
I became withdrawn,
The only thing I knew how to do
Was to keep on keepin’ on like a bird that flew,
Tangled up in blue.

So now I’m goin’ back again,
I got to get to her somehow.
All the people we used to know
They’re an illusion to me now.
Some are mathematicians
Some are carpenter’s wives.
Don’t know how it all got started,
I don’t know what they’re doin’ with their lives.
But me, I’m still on the road
Headin’ for another joint
We always did feel the same,
We just saw it from a different point of view,
Tangled up in blue.

(Bob Dylan)

 

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Ma mère (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2016



Le matin où je pars à Tôkyô ma mère
me semble avoir pris autant de rides
que passeront de jours sans qu’on se revoie

(Tawara Machi)

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Quand nous nous reverrons (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2016



Sur un air de chanson populaire (Im Volksliedton)

Quand nous nous reverrons,
Les lilas blancs refleuriront,
Je t’envelopperai dans mes coussins,
Tu ne manqueras plus de rien.

Nous nous réjouirons
Que le vin âpre et sec,
Que les tilleuls qui sentent bon,
Nous trouvent encore l’un près de l’autre.

Quand les feuilles tomberont,
Nous nous séparerons,
À quoi bon nous agiter ?
Il nous faudra l’endurer.

***

Sehn wir uns wieder,
blüht weißer Flieder,
Ich hüll dich in Kissen,
Du sollst nichts mehr missen.

Wir wollen uns freun,
Dass herber Wein,
Dass duftende Linden
Und noch beisammen finden.

Wenn Blätter fallen,
Dann lass uns scheiden.
Was nützt unser Wallen?
Wir müssen es leiden.

***

In the Manner of a Folk Song

When we meet again
White lilac will bloom.
I’ll wrap you in pillows
And you will want nothing.

We’ll be happy again,
The light, dry wine
And redolent linden will
Find us side by side.

When the leaves fall
Then we’ll be parted.
What does wandering mean?
We must suffer it.

(Hannah Arendt)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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Au revoir (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2015



 

Au revoir madame dit la dame à la dame
Mais se reverront-elles
Les deux dames en sont certaines
Mais pourtant pour se voir
Faut d’abord que le jour se lève

(Pierre Albert-Birot)

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