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Poésie

Posts Tagged ‘se rompre’

Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

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UNE FÉE EN HIVER (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
à Hadriana Siloé
UNE FÉE EN HIVER

Une fée s’est réveillée
dans le poivre gris de l’hiver.
Un papillon l’a précédée
au-dessus de la cheminée.
Une fête ! Une fête d’amour
autour des vivants et des morts !
le feu brille dans mes mots du soir :
chaque instant est un éclat de rire
qui fait battre la vie à se rompre !

voici la fée qui se déshabille
sur l’égarement de mes cinq sens.
Une odeur de brûlé s’élève
de sa justice de femme.
Sa chaude lune est
le songe d’un très vieux songe de poète.
Sa force tendrement animale
est un pollen de papillon
sur l’oreiller d’un pharaon d’Egypte !

que la nuit apporte sa tendresse
aux yeux de reine vigilante !
que la maison reste en fleur
dans la neige de son souvenir !
salut, ombre bien-aimée d’Hadriana !
tes semences sont à ma porte
ta joie saute dans mon lit
pour rendre soudain la vue
à l’aveuglement de mes années !

(René Depestre)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Regarde comme le vent parle aux arbres (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

regarde comme le vent parle aux arbres
la main prie-t-elle ainsi la peau
entends nos voix sur le point de se rompre
la mer prie-t-elle ainsi la grève
la nuit fidèle traduit le sel en sel

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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SI LA PEINE PEUT TE PEINER (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: Catherine Besnard
    

SI LA PEINE PEUT TE PEINER

Si la peine peut te peiner,
Le deuil en écho t’endeuiller,
T’attendrir aucune pitié,
Viens-t’en sur l’heure!

Je ne saurais être plus seule
Ni broyer plus noires pensées :
Tant bat pour toi mon coeur usé
Qu’il va se rompre.

Quand je suis méprisée du monde
Et, priant, du ciel rebutée,
Mon ange va-t-il pas m’entendre,
Me consoler?

Si! Tant d’heures à me languir
Avec tant de larmes versées
Vont pour sûr te reconquérir,
Mon bien-aimé!

***

IF GRIEF FOR GRIEF CAN TOUCH THEE

If grief for grief can touch thee,
If answering woe for woe,
If any ruth can melt thee,
Come to me now!

I cannot be more lonely,
More drear I cannot be 1
My worn heart throbs so wildly
‘Twill break for thee.

And when the world despises,
When heaven repels my prayer,
Will not my angel comfort?
Mine idol hear?

Yes, by the tears I’ve poured thee,
By all my hours of pain,
O I shall surely win thee,
Beloved, again !

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Amour (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Cesar Santos   
    
Amour, crassier où le vent s’allume
crispé comme une main qui ne peut pas se rompre,
il n’y a sous tes cendres qu’un cri mal refermé,
un cri qui s’est repu de fièvre et de clarté
et pour lequel les gorges n’étaient pas assez rauques
et la bouche pas assez meurtrie, pas assez chaude.

Tous les baisers ont une odeur de brûlé.
Les mains tombent des seins comme des larves
et pendent insatisfaites autour de l’homme
hanté de toute cette chair qui s’est faite femme
et vers laquelle il tend un monde de désirs
qui roule dans son sang comme un noyé qui ne peut pas mourir.

Amour intime et tiède comme des entrailles,
toute ta force tient dans l’éclat d’un regard
apparu comme un peu d’eau parmi l’herbe,
dans la fermeté d’un sein qu’on froisse à travers sa lingerie,
dans quelques mots qui sous une apparence banale
ouvrent des chemins vertigineux autour des êtres,
dans quelques caresses qui collent à la peau
si exactement qu’elles prennent la forme d’un autre corps.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Parfois d’autres lèvres (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration
    
Parfois d’autres lèvres s’animent
en écho
Un regard
(petite lumière
toujours prête à se rompre
sous les cils)
un visage
se dressent sur les dépouilles
C’est le temps de la justice
à nouveau rendue sous l’arbre

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Si chagrin pour chagrin peut te toucher (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Si chagrin pour chagrin peut te toucher,
Malheur au malheur répondre,
Si quelque pitié peut te fléchir
Viens à moi en cet instant !

Je ne saurais être plus seule,
Plus morne je ne saurais l’être !
Mon coeur usé bat si violemment
Pour toi il va se rompre —

Et quand le monde n’est que mépris
Quand le Ciel repousse ma prière
Mon ange va-t-il pas consoler ?
Mon idole entendre ?

Oh ! Par tant de larmes versées,
Tant d’heures passées à souffrir
Je suis sûre, mon bien-aimé,
De te reconquérir !

***

If grief for grief can touch thee,
If answering woe for woe,
If any ruth can melt thee
Come to me now !

I cannot be more lonely,
More drear I cannot be !
My worn heart throbs so wildly
‘Twill break for thee —

And when the world despises —
When Heaven repels my prayer
Will not mine angel comfort ?
Mine idol hear ?

Yes by the tears I’ve poured,
By all my hours of pain
O I shall surely win thee
Beloved, again !

(Emily Brontë)

Illustration

 

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AURORE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2016



AURORE

Claire et pâle, l’aube éclose
Aux plis des collines luit et pose
Son frêle baiser de chose en chose
— Claire et pâle de chose en chose —
L’aube est pâle comme une qui n’ose;
Alors on a dit: le jour a peur
Qu’il envoie une telle avant-courrière;
Il hésite et s’attarde en arrière;
Car on ne sait ni qui vit ni qui meurt;
Le jour a peur…

Mais elle a rougi de honte rose,
L’Aurore, comme une qui craint mais qui ose,
Et, redressant sa svelte taille,
Elle a repoussé le double vantail:
Et, derrière elle, cédant sous l’effort,
Le voile onde et se rompt:
La troupe des nymphes claires plonge et vire,
Sur un seul front,
Du sud au nord,
Poussant tout l’horizon:

Le soleil jaillit comme un chant de lyre!

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration

 

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