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Poésie

Posts Tagged ‘se sauver’

SOUVENIR (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Niko Guido
    
SOUVENIR

Son image, comme un songe,
Partout s’attache à mon sort ;
Dans l’eau pure où je me plonge
Elle me poursuit encor :
Je me livre en vain, tremblante,
À sa mobile fraîcheur,
L’image toujours brûlante
Se sauve au fond de mon coeur.

Pour respirer de ses charmes
Si je regarde les cieux,
Entre le ciel et mes larmes,
Elle voltige à mes yeux,
Plus tendre que le perfide,
Dont le volage désir
Fuit comme le flot limpide
Que ma main n’a pu saisir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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DÉRIVE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



 

Jacek Yerka  4 [1280x768]

DÉRIVE

Je n’ouvrirai pas la porte d’écume
Qui scelle les creux bariolés de la mer
Ni les dunes bourdonnantes
Le soleil navigue dans les ramures méduse perdue
Une main se tapit dans l’ombre de mon bras
Ma voix frôle des voix têtues
C’est l’écorce de l’eau qui m’emprisonne
Toutes ses clés rouillées qui ferment ma gorge
Tous ses goémons sur le coeur
Pour me sauver
Je retranche mon enfance de ma vie
Mes premiers pas brodés d’herbe
Mes jeux dociles
Je vis avec lenteur.

(René Guy Cadou)

Illustration: Jacek Yerka

 

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Retouche à la femme adultère (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Illustration: Tyler Shields
    
retouche à la femme adultère

La dame qui s’enfuit avec l’expert-comptable
rêve plus que jamais
du poète qu’elle a dans un livre trouvé

mais sa main lamentable
ne porte désormais
que la cage des rimes
d’où s’est sauvée la vérité
l’oiseau des îles
son ombre démesurée

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Quand elle viendra (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



Quand elle viendra

Quand elle viendra fera-t-il gris ou vert dans ses yeux,
Vert ou gris dans le fleuve ?
L’heure sera nouvelle dans cet avenir si vieux,
Nouvelle, mais si peu neuve…
Vieilles heures où l’on a tout dit, tout vu, tout rêvé !
Je vous plains si vous le savez…

Il y aura de l’aujourd’hui et des bruits de la ville
Tout comme aujourd’hui et toujours – dures épreuves ! –
Et des odeurs,- selon la saison – de septembre ou d’avril
Et du ciel faux et des nuages dans le fleuve,

Et des mots – selon le moment – gais ou sanglotant
Sous des cieux qui se réjouissent ou qui pleuvent,
Car nous aurons vécu et simulé, ah ! tant et tant,
Quand elle viendra avec ses yeux de pluie sur le fleuve

Il y aura (voix de l’ennui, rire de l’impuissance)
Le vieux, le stérile, le sec moment présent,
Pulsation d’une éternité sœur du silence;
Le moment présent, tout comme à présent.

Hier, il y a dix ans, aujourd’hui, dans un mois,
Horribles mots, pensées mortes, mais qu’importe.
Bois, dors, meurs,- il faut bien que l’on se sauve de soi
De telle ou telle sorte

(Oscar Milosz)

Illustration: Arthur Hughes

 

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LE SATYRE ET LE PASSANT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE SATYRE ET LE PASSANT

Au fond d’un antre sauvage,
Un Satyre et ses enfants
Allaient manger leur potage
Et prendre l’écuelle aux dents.

On les eût vus sur la mousse
Lui, sa femme, et maint petit ;
Ils n’avaient tapis ni housse,
Mais tous fort bon appétit.

Pour se sauver de la pluie,
Entre un Passant morfondu.
Au brouet on le convie :
Il n’était pas attendu.

Son hôte n’eut pas la peine
De le semondre deux fois ;
D’abord avec son haleine
Il se réchauffe les doigts.

Puis sur le mets qu’on lui donne
Délicat il souffle aussi ;
Le Satyre s’en étonne :
« Notre hôte, à quoi bon ceci ?

– L’un refroidit mon potage,
L’autre réchauffe ma main.
– Vous pouvez, dit le Sauvage,
Reprendre votre chemin.

Ne plaise aux Dieux que je couche
Avec vous sous même toit.
Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid ! »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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LE PRINTEMPS DE ROSE (Yves Lisy)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




LE PRINTEMPS DE ROSE

La grâce d’une fleur et la saveur d’un fruit,
Cupidon modela l’amphore de ses hanches
Et lui peignit des yeux plus bleus que des pervenches.
Achevé son ouvrage, il se sauva sans bruit.

— Le petit dieu malin fit toujours bien les choses.
Depuis mille printemps il en rit, voyez-vous,
Il n’a pas oublié que les hommes sont fous
De se croire artisans de la beauté des roses —

Elle avait la peau blanche et sur son cou nacré,
Un veiné transparent de porcelaine fine.
Le temps qui hait la chair, qu’il griffe et qu’il ravine,
Pour épargner la sienne en fit un lieu sacré.

Ses cheveux déversaient les eaux de leur cascade,
Noyant sa fraîche joue et son joli sein rond.
Une mèche rebelle en travers de son front,
Aux caresses du vent tendait une embuscade.

Voilà comme était Rose au lit de ses amours !
Au gré de son humeur provocante ou pudique,
Nue elle s’étirait sur un tapis antique
Dont ses tendres amants torturaient le velours.

Combien furent séduits par la belle en son antre,
Grisés par ses parfums d’ambre et de patchouli ?
La paupière cernée et le corps amolli,
Tous ont pris du plaisir aux mousses de son ventre.

(Yves Lisy)

Illustration: Elina Brotherus

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Ah! c’est en vain (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Ah! c’est en vain, c’est bien en vain que je m’exile !
Je ne trouverai pas le refuge et l’asile.

Pourquoi chercher? Pourquoi?
Je ne puis me sauver du passé qui m’accable.
Je ne puis éviter le fantôme implacable.

Le fantôme est en moi.

(Jean Richepin)

 

 

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PREMIÈRE SOIRÉE (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




PREMIÈRE SOIRÉE

Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins.

Je regardai, couleur de cire,
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, mouche au rosier.

Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal.

Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : « Veux-tu finir ! »
– La première audace permise,
Le rire feignait de punir !

Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
– Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : « Oh ! c’est encor mieux ! …

Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »
– Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien…

Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Mer (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016



Mer

La mer écrit un poisson bleu,
efface un poisson gris.

La mer écrit un croiseur qui prend feu,
efface un croiseur mal écrit.

Poète plus que les poètes,
musicienne plus que les musiciennes,
elle est mon interprète,
la mer ancienne,
la mer future,
porteuse de pétales,
porteuse de fourrure.

Elle s’installe
au fond de moi.

La mer écrit un soleil vert,
efface un soleil mauve.

La mer écrit un soleil entrouvert
sur mille requins qui se sauvent.

(Alain Bosquet)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Ayant renoncé aux yeux (Pierre Jean-Jouve)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2016



Ayant renoncé aux yeux, nuit plus qu’obscure,
Aux mains ces vaines employées du monde
Au cœur ce sang,
Et à la bouche coupure saignante de la beauté
Et aux mots qui n’ont plus la magie ni l’éternité.

L’arbre se sauve en laissant tomber ses feuilles.

(Pierre Jean-Jouve)

 

 

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