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Poésie

Posts Tagged ‘se sentir’

PHASE D’ORIENT (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2019



Illustration: Andrew Atroshenko
    
PHASE D’ORIENT

Dans la mollesse mouvante d’un sourire
nous nous sentons noués par un tourbillon
de bourgeons de désir

Le soleil nous vendange

Nous fermons les yeux
pour voir nager sur un lac
des promesses infinies

Nous en revenons marquer la terre
avec ce corps
qui à présent pèse si fort

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je suis un berger de troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Rosa Bonheur
    
Je suis un berger de troupeaux.
Le troupeau sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des impressions.
Je pense avec mes yeux et mes oreilles
avec mes mains et mes pieds
mon nez et ma bouche.

Penser une fleur est la voir et la respirer
et manger un fruit est goûter sa saveur.

C’est ainsi que, lorsqu’au cours d’une chaude journée
je me sens triste d’avoir tellement joui
et lorsque dans l’herbe je m’étends
et ferme mes yeux brûlants,
je sens tout mon corps s’enfoncer dans la réalité,
je connais la vérité et je suis heureux.

***

Sou um guardador de rebanhos.
O rebanho é os meus pensamentos
E os meus pensamentos sao todos sensaçaóes.
Penso com os olhos e com os ouvidos
E com as maos e os pés
E com o nariz e a boca.

Pensar urna flor é ve-la e cheirá-la
E comer um fruto é saber-lhe o sentido.

Por isso quando num dia de calor
Me sinto triste de gozá-lo tanto,
E me deito ao comprido na erva,
E fecho os olhos quentes,
Sinto todo o meu corpo deitado na realidade,
Sei a verdade e sou feliz.

***

Ich bin ein Hüter von Herden.
Die Herde sind meine Gedanken
und meine Gedanken sind alle Empfindungen.
Ich denke mit Augen und Ohren
und mit Händen und Füßen
und mit Mund und Nase.

Eine Blume zu denken ist sie sehen und riechen
und eine Frucht essen ist erfahren wie sie schmeckt.

Deswegen, wenn ich an einem heißen Tag
mich traurig fühle, so vieles zu genießen
und mich auf dem Rasen ausstrecke
und die heißen Augen schließe,
fühle ich wie mein ganzer Körper in der Realität versinkt,
ich die Wahrheit kenne und glücklich bin.

***

Sono un guardiano di greggi.
Il gregge è i miei pensieri.
E i miei pensieri sono tutti sensazioni.
Penso con gli occhi e con gli orecchi
e con le mani e i piedi
e con il naso e la bocca.

Pensare un fiore è vederlo e odorarlo
e mangiare un frutto è saperne il senso.

Perciò quando in un giorno di calura
sento la tristezza di goderlo tanto,
e mi corico tra l’erba
chiudendo gli occhi accaldati,
sento tutto il mio corpo immerso nella realtà,
so la verità e sono felice.

***

I am a herdsman of flocks.
The flock is my thoughts,
and my thoughts are all sensations.
I think with my eyes and my ears
and with my hands and feet
and with my nose and mouth.

To think a flower is to see and smell it,
and to eat a fruit is to sense its taste.

Therefore, when on a hot day
I feel sad, because of enjoying so much,
I stretch out on the grass
and close my sun-warmed eyes,
I feel my whole body immersed in reality,
know the truth and am happy.

***

Soy un guardador de rebaños.
El rebaño es mis pensamientos
y mis pensamientos son todos sensaciones.
Pienso con los ojos y con los oídos
y con las manos y los pies
y con la nariz y la boca.

Pensar una flor es verla y olerla
y comer un fruto es saberle el sentido.

Por eso cuando en un día de calor
me siento triste de gozarlo tanto
y me tiendo a lo largo sobre la hierba
y cierro los ojos calientes,
siento todo mi cuerpo tumbado en la realidad,
sé la verdad y soy feliz.

***

Ik ben een herder van kudden.
De kudde zijn mijn gedachten
en mijn gedachten zijn allemaal gewaarwordingen.
Ik denk met mijn ogen en mijn oren
en met mijn handen en mijn voeten
en met mijn neus en mijn mond.

Een bloem te denken is ze zien en ze ruiken
en een vrucht eten is de smaak ervan te proeven.

Daarom is het, als ik mij op een warme dag
verdrietig voel door zoveel te genieten
en als ik mij languit uitstrek op het gras
en mijn warme ogen sluit,
voel ik mijn hele lichaam wegzakken in de werkelijkheid,
ken ik de waarheid en ben ik gelukkig

(Fernando Pessoa)(Pseudo Alberto Caeiro)

 

Recueil: ITHACA 579
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais Original / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Espagnol Pablo del Barco / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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ROSES DANS LA NUIT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
ROSES DANS LA NUIT

Dès que la nuit monte au ciel, le monde est à nous, et aux dieux.
Nous allons des champs à la source, des bois obscurs aux clairières,
où nous mènent nos pieds nus.

Les petites étoiles brillent assez pour les petites ombres que nous sommes.
Quelquefois, sous les branches basses, nous trouvons des biches endormies.

Mais plus charmant la nuit que toute autre chose,
il est un lieu connu de nous seuls et qui nous attire à travers la forêt :
un buisson de roses mystérieuses.

Car rien n’est divin sur la terre à l’égal du parfum des roses dans la nuit.
Comment se fait-il qu’au temps où j’étais seule je ne m’en sentais pas enivrée?

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’AMOUR (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Yuri Pysar
    
L’AMOUR

Hélas ! si je pense à elle, ma gorge se dessèche, ma tête retombe,
mes seins durcissent et me font mal, je frissonne et je pleure en marchant.

Si je la vois, mon coeur s’arrête, mes mains tremblent, mes pieds se glacent,
une rougeur de feu monte à mes joues, mes tempes battent douloureusement.

Si je la touche, je deviens folle, mes bras se raidissent, mes genoux défaillent.
Je tombe devant elle, et je me couche comme une femme qui va mourir .

De tout ce qu’elle me dit je me sens blessée.
Son amour est une torture et les passants entendent mes plaintes…
Hélas ! Comment puis-je l’appeler Bien-Aimée ?

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Qui je peux bien être ? (Lewis Carroll)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Est-ce que, par hasard,
on m’aurait changée au cours de la nuit ?

Réfléchissons :
étais-je identique à moi-même lorsque je me suis levée ce matin ?

Je crois bien me rappeler
m’être sentie un peu différente de l’Alice d’hier.

Mais, si je ne suis pas la même,
il faut se demander alors
qui je peux bien être ?

Ah, c’est là le grand problème !

(Lewis Carroll)

 

Recueil: Alice au Pays des Merveilles / De l’autre côté du Miroir
Traduction:
Editions: Folio

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Lire (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018



Illustration: Nupur Choudhary 
    
Je n’ai jamais ouvert un livre pour — à proprement parler — le plaisir de le lire ou d’en étudier l’auteur, son époque et son sens (?),
mais pour y chercher le secret d’une partie obscure et non encore consciente de moi-même.
C’est pourquoi je lis avec fièvre, en négligeant d’un coup d’œil ce que j’ai jugé inutile ;
c’est pourquoi aussi je me sens malheureux et rejette avec ennui le livre quand je n’y ai pas trouvé d’écho.

(Edmond-Henri Crisinel)

 

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Fascinante (Suzanne)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



Illustration
    
Fascinante

On ne sait pas d’où elle vient mais,
c’est une femme vraiment étrange;

elle ne parle pas,
mais elle émet toutes sortes de couleurs
en ouvrant la bouche

et le plus curieux c’est que tout le monde entend bien
ce qu’elle a envie de leur dire
même les étrangers la comprennent,

et voilà que tout le monde a envie de la suivre,
les enfants ,les adultes, les vieillards,
ils ont l’impression que la présence de cette femme
change tout;

ils se sentent meilleurs, ils n’ont plus mal nulle part,
et marchent comme dans un rêve
pourtant ils ne se sont jamais sentis aussi vivants!

(Suzanne)

Découvert ici: https://suzanne35blog.wordpress.com/

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Une Femme Avec Toi (Nicole Croisille)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018




Nicole Croisille
    
Une Femme Avec Toi

Je fréquentais alors des hommes un peu bizarres
Aussi légers que la cendre de leurs cigares
Ils donnaient des soirées au château de Versailles
Ce n’étaient que des châteaux de paille
Et je perdais mon temps dans ce désert doré
J’étais seule quand je t’ai rencontré
Les autres s’enterraient, toi tu étais vivant
Tu chantais comme chante un enfant
Tu étais gai comme un italien
Quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin
Et enfin pour la première fois
Je me suis enfin sentie:
Femme, femme, une femme avec toi
Femme, femme, une femme avec toi
Tu ressemblais un peu à cet air d’avant
Où galopaient des chevaux tous blancs
Ton visage était grave et ton sourire clair
Je marchais tout droit vers ta lumière
Aujourd’hui quoi qu’on fasse
Nous faisons l’amour
Près de toi le temps parait si court
Parce que tu es un homme et que tu es gentil
Et tu sais rendre belle nos vies
Toi tu es gai comme un italien
Quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin
C’est toujours comme la première fois
Quand je suis enfin devenue:
Femme, femme, une femme avec toi
Femme, oh! femme, une femme avec toi
Femme, femme, une femme avec toi.

(Nicole Croisille)

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VOЕU AUDACIEUX (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Illustration: René Baumer
    
VOЕU AUDACIEUX

Qu’est-ce qui fait qu’en tout lieu,
Chacun se sente heureux
Et que chacun prête l’oreille
Quand les mots s’ordonnent en harmonie?

Arrière, ce qui gêne ta course !
Pas de tristesse ni de deuil !
Avant d’ouvrir son chant, avant de le cesser,
Il faut que le poète vive.

Et qu’ainsi la corde d’airain de la vie
Fasse vibrer ton âme !
Si le poète sent son coeur angoissé,
Il trouvera de lui-même l’apaisement.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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Regard frais (Jean Esponde)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018



Illustration: René Magritte
    
regard frais,
étranger de souche,
et partout
essayer de
se sentir chez soi
comme les efforts
de la bûche
pour s’enflammer
toute seule.

(Jean Esponde)

 

Recueil: COULEURS HARAR et autres sujets d’inquiétude
Traduction:
Editions: Atelier de l’Agneau

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