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Poésie

Posts Tagged ‘se serrer’

Les dômes de l’église à Chersonèse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Je vois sur la douane un drapeau déteint,
Une brume jaune sur la ville.
Et voici que mon coeur se serre
Avec plus de prudence ; les soupirs font mal.

Je voudrais redevenir la fille de la mer,
Les pieds nus dans ses chaussures,
Disposer mes nattes en couronne,
Chanter d’une voix qui tremble d’émotion.

Regarder encore du haut du perron
Les dômes de l’église à Chersonèse,
Et ne pas savoir que bonheur et gloire
Font sans retour se déliter les âmes.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Aubade orientale (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
Aubade orientale

Ce lit n’est-il pas comme un rivage,
une bande littorale où nous sommes couchés ?
Rien n’est sûr comme la saillie de tes seins
qui émergent du vertige de mes sens.

Car cette nuit où tant de cris retentirent
— bêtes qui s’appellent et se déchirent —
ne nous est-elle pas atrocement étrangère ?
et ce qui dehors se lève, qu’on nomme le jour,
nous est-il donc plus accessible qu’elle ?

On devrait pouvoir s’enfouir
l’un dans l’autre s’emboîter
tels les pistils et les étamines;
à tel point partout grandit
et se jette contre nous la démesure.

Mais pendant qu’on se serre l’un dans l’autre
pour ne pas voir le péril tout autour
elle peut jaillir de toi ou de moi
car nos âmes vivent de trahir.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Que c’est triste Venise (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
Que c’est triste Venise

Que c’est triste Venise
Au temps des amours mortes
Que c’est triste Venise
Quand on ne s’aime plus
On cherche encore des mots
Mais l’ennui les emporte
On voudrait bien pleurer
Mais on ne le peut plus

Que c’est triste Venise
Lorsque les barcaroles
Ne viennent souligner que les silences creux
Et que le coeur se serre
En voyant les gondoles
Abriter le bonheur des couples amoureux

Que c’est triste Venise
Au temps des amours mortes
Que c’est triste Venise
Quand on ne s’aime plus
Les musées, les églises
Ouvrent en vain leurs portes
Inutile beauté
Devant nos yeux déçus

Que c’est triste Venise
Le soir sur la lagune
Quand on cherche une main
Que l’on ne vous tend pas

Et que l’on ironise
Devant le clair de lune
Pour tenter d’oublier
Ce que l’on ne se dit pas

Adieu tous les pigeons
Qui nous ont fait escorte
Adieu Pont des Soupirs
Adieu rêves perdus

C’est trop triste Venise
Au temps des amours mortes
C’est trop triste Venise
Quand on ne s’aime plus

(Charles Aznavour)

 

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LE JARDIN PERDU (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Marc Chagall  Adam et Eve chassés du Paradis     l

LE JARDIN PERDU

Avant, c’était l’Éden…
Des territoires arrachés par
l’Éternel aux ténèbres.
Des vallées à l’abri d’un ciel,
tantôt bleu soleil, tantôt d’ébène
semé d’étoiles. C’étaient des
terres fécondes d’où germaient
toutes nourritures. Des sols
sillonnés par tout ce qui rampe,
marche, court ou vole. Des
plaines peuplées de bêtes amies.

Adam passa son bras autour
des épaules de sa compagne,
elle se serra contre ses flancs.
Ils se remirent en marche.

(Andrée Chedid)

Illustration: Marc Chagall

 

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Un son d’aile invisible (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Illustration: Annie Predal
    
à Gérard Bocholier,
avec amitié

Un son d’aile invisible
Dans la splendeur des chairs
Indolente et montée comme une eau parmi nous

L’insaisissable est vrai pour notre monde

Or et bleu se confondent encore au petit jour
J’ai dormi, j’ai rêvé, j’étais le vent
Des caves

Contre moi se serrait l’épaule presque divine
D’un dieu mort parmi les troupeaux qui s’abreuvent

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Il faudrait me serrer si fort — quels bras sauraient ? (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Il faudrait me serrer si fort — quels bras sauraient ?
Debout, et moi debout, face à face, à toi noue-moi.
Non point dans la mort d’amour où nous ne serions ensemble que sursauts et sommeils.
Mais front contre front, poitrine contre poitrine,
— et qui dirait si le calme tumulte cognant dans nos oreilles c’est mon coeur qui frappe ou le tien ? —
les jambes droites contre les jambes, serre moi si fort que l’âme éperdue enfin trouve son repos.
La jointure est telle qu’un instant, ô rempart clos et battant autour de moi,
l’angoisse même je ne la respire plus dans l’air remplacé par ton souffle.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Gennadiy Ulybin

 

 

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Les cailloux (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2018




    
les cailloux tremblent
les cailloux rient
se serrent dans le ressac
s’usent et se resserrent

tintent dans ma poche
se déchiffrent à mes doigts
idée que je peux
entendre et toucher –

(Lorand Gaspar)

 

Recueil: PATMOS et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand nous nous allongeons côte à côte (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Illustration: John Singer Sargent
    
quand
nous nous allongeons côte à côte
mes petits seins se pavanent en deux charmantes tours aiguës et
je pousse chaudement la tendresse de mon ventre contre toi

tes bras sont
jeunes;
tes bras me convaincront,dans un complet silence disant
sur mon corps
leurs derniers mots sveltes.

ne ris pas de mes cuisses.

il y a entre mes grandes jambes une ville craquante.
quand tu me touches
c’est le printemps dans la ville;les rues se tortillent joliment,
c’est pour toi;ne les effraie pas,
toutes les maisons se serrent terriblement
quand tu arrives:
elles sont contentes
quand tu remplis d’enfants les rues de ma ville.

***

as
we lie side by side
my little breasts become two sharp delightful strutting towers and
i shove hotly the lovingness of my belly against you

your arms are
young;
your arms will convince me,in the complete silence speaking
upon my body
their ultimate slender language.

do not laugh at my thighs.

there is between my big legs a crisp city.
when you touch me
it is Spring in the city;the streets beautifully writhe,
it is for you;do not frighten them,
all the houses terribly tighten
upon your coming:
and they are glad
as you fill the streets of my city with children.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Je marchais dans la nuit (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017



Illustration: Evaristo
    
Je marchais dans la nuit pluvieuse,
Et, à la fenêtre d’une vieille maison,
Je reconnus les yeux songeurs
De ma douleur. — En larmes, solitaire,
Elle fixait les horizons humides…
Je restais là, à l’admirer,
Comme si j’avais, sous ses traits,
Reconnu ma jeunesse enfuie.
Un regard. Et mon coeur se serre,
La lumière s’éteint — c’est l’aube.
Et le matin humide toque
À sa fenêtre abandonnée.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Quelqu’un (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



Quelqu’un

De l’autre côté du miroir
Quelqu’un nous épie
Quelqu’un compte nos fils d’argent
un à un.
Quelqu’un regarde se serrer
l’épervier des rides
Quelqu’un nous garde
Quelqu’un nous emporte
Quelqu’un ouvre et ferme des portes
à l’envers.
Quelqu’un nous oublie
Quelqu’un vend de l’espoir
Quelqu’un au visage vert
ou gris
de l’autre côté du miroir
sur le tain de la nuit.
Quelqu’un quelqu’un quelqu’un mais qui ?

(Armand Lanoux)


Illustration

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