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Poésie

Posts Tagged ‘se suicider’

Comment sont les autres (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019



Georges Perros
    
Comment sont les autres
Font les autres
Vivent les autres
Si c’est comme moi
Et qu’ils font cette tête souriante quand je les vois
Alors oui nous sommes tous damnés
Car mes jours et mes nuits
Je ne les souhaite à personne
Je ne suis pas malheureux
Restez calmes je vous en prie
Non ce n’est pas cela
Que je veux dire
Mais nous sommes vraiment seuls
A penser certaines choses
Qui nous empêchent
De croire en qui
En quoi que ce soit
Vraiment seuls
A se croire seuls à les penser
C’est que tout le monde les cache
Et comment allez-vous
Cher ami
Beau temps et pluie
C’est la saison
Ce n’est pas mépris
Même l’amour y a sa part
Si l’on n’aimait pas
On ne penserait pas ces choses
Non c’est tout simple
Et positivement horrible
Se suicider
En devient ridicule.

(Georges Perros)

 

Recueil: Poèmes bleus
Traduction:
Editions:

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IN MEMORIAM (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Illustration
    
IN MEMORIAM

Son nom c’était
Mohammed Scheab

Descendait
des émirs nomades
s’est suicidé
parce qu’avait
plus de Patrie

Aimait la France
changea de nom

Il fut Marcel
mais pas Français
savait plus vivre
sous la tente des siens
où l’on écoute
la cantilène du Coran
en buvant du café

Et ne savait
pas délivrer
la chanson
de son abandon
Je l’ai suivi
avec la patronne de l’hôtel
où nous vivions
à Paris
au numéro 5 de la Rue des Carmes
une ruelle en pente les murs fanés

Il repose
au cimetière d’Ivry
un faubourg qui semble
éternellement
dans une journée
où s’en va la foire

Et peut-être suis-je seul
à savoir encore
qu’il a vécu

***

In memoria

Si chiamava
Moammed Sceab

Discendente
di emiri di nomadi
suicida
perché non aveva più
Patria

Amò la Francia
e mutò nome

Fu Marcel
ma non era Francese
e non sapeva più
vivere
nella tenda dei suoi
dove si ascolta la cantilena
del Corano
gustando un caffè

E non sapeva
sciogliere
il canto
del suo abbandono

L’ho accompagnato
insieme alla padrona dell’albergo
dove abitavamo
a Parigi
dal numero 5 della rue des Carmes
appassito vicolo in discesa

Riposa
nel camposanto d’Ivry
sobborgo che pare
sempre
in una giornata
di una
decomposta fiera

E forse io solo
so ancora
che visse

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Qu’abrites-tu là sous ta bosse ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



– Qu’abrites-tu là sous ta bosse ?
dit le chameau à la tortue.

La tortue lui a répondu
– Et toi, que dis-tu aux oranges ?

Un poirier a-t-il plus de feuilles
qu’À la recherche du temps perdu ?

Pourquoi, se sentant jaunissantes,
les feuilles se suicident-elles ?

(Pablo Neruda)

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NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Attention avec les mots (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016




attention avec les mots
(dit-elle)
ils sont aiguisés
ils te couperont la langue
attention
ils t’enfonceront dans la prison
attention
ne pas naître aux mots
allonge-toi dans les sables noirs
et que la mer t’enterre
et que les corbeaux se suicident dans tes yeux fermés
fais attention à toi
ne tente pas les anges des voyelles
n’attire pas des phrases
des poèmes
des vers
tu n’as rien à dire
rien à défendre
rêve rêve que tu n’es pas ici
que tu es déjà partie
que tout est terminé

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

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C’est gai, écrire (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



C’est gai, écrire.
On peut écrire gaiement qu’on va se suicider.
Ecrire ne peut tendre qu’à l’ellipse, au poème ; ou à l’illusion de l’efficacité.
Le langage c’est un océan de mots.

Pour ma part, ou je suis presque noyé dedans ou, quand la mer se retire, je regarde, je marche sur ce qui reste.
Des trous, des flaques. L’écriture fragmentaire, ce sont des flaques, ces restes marins, ces coquillages, ces témoins humides.
Mon attention les sèche. A l’opposé du discours continu, qui est la vie, entre du palpable et du rien.
Un petit Poucet, sauf que j’ai les cailloux devant moi.

Comment lire ces déchets ?
Il y a un temps, un moment, pour lire le journal, pour lire un roman ou un poème.
Mais des notes ?
Au-delà de la note, il y a, il n’y a que l’aphorisme solitaire invétéré.
Mots en froid.

(Georges Perros)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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C’est gai, écrire (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



C’est gai, écrire.
On peut écrire gaiement qu’on va se suicider.

Ecrire ne peut tendre qu’à l’ellipse, au poème ;
ou à l’illusion de l’efficacité.

Le langage c’est un océan de mots.
Pour ma part, ou je suis presque noyé dedans
ou, quand la mer se retire, je regarde, je marche sur ce qui reste.
Des trous, des flaques.

L’écriture fragmentaire, ce sont des flaques,
ces restes marins, ces coquillages, ces témoins humides.
Mon attention les sèche.
A l’opposé du discours continu, qui est la vie,
entre du palpable et du rien.

Un petit Poucet,
sauf que j’ai les cailloux devant moi.
Comment lire ces déchets ?

Il y a un temps, un moment, pour lire le journal,
pour lire un roman ou un poème.
Mais des notes ?

Au-delà de la note,
il y a, il n’y a que l’aphorisme solitaire invétéré.
Mots en froid.

(Georges Perros)

 

 

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FILLE DU VENT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2015




FILLE DU VENT

Ils sont venus.
Ils envahissent le sang.
Ils sentent les plumes,
le dénuement,
les larmes.
Mais toi tu nourris la peur
et la solitude
comme deux petits animaux
perdus dans le désert.

Ils sont venus
mettre le feu à l’âge du rêve.
Ta vie est un adieu.
Mais toi tu étreins
comme la vipère folle de mouvement
qui ne se trouve qu’elle-même
parce qu’il n’y a personne.

Toi tu pleures sous tes larmes,
tu ouvres le coffre de tes désirs
et tu es plus riche que la nuit.

Mais il fait tant de solitude
que les mots se suicident

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Nico Lund

 

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Au Mocassin le Verbe (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2015



Au Mocassin le Verbe

Tu me suicides, si docilement
je te mourrai pourtant un jour.
Je connaîtrons cette femme idéale
et lentement je neigerai sur sa bouche
Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard,
même si je fais beau temps
Nous aimez si peu nos yeux
Et s’écroulerai cette larme sans
raison bien entendu et sans tristesse.
sans.

(Robert Desnos)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

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