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Posts Tagged ‘se taire’

AUTOMNE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2022



automne [800x600]

AUTOMNE

Automne, automne, automne, oh,
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,

Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —

Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,

Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours

Automne, automne, automne, oh.
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.

La poix des matins des soirs.
Jeux brutaux et têtes-bêches,
Le morne ennui des dortoirs.
Les souliers et les bobèches.

Automne, automne, oh, chenu
Mon coeur se fond d’amertume
Les bois, les taillis sont nus
Le givre aux lampes s’allume.

Mon enfance vous évoque
Tandis qu’un soleil léger
Pâle comme oeuf à la coque
S’élève sur les vergers.

Oh garde-moi ma présence
Là-bas près des figuiers bleus
J’y reconnais mon enfance
Mon petit sarrau de serge

Sous le regard des persiennes
Où dorment ceux que j’aimais
J’y entends des voix anciennes
Qui ne se tairont jamais.

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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VISAGE DE L’EAU (François Montmaneix)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022



 

Alexey Steele 1967 - Russian-born American painter - The Novorealism Movement -   (27) [1280x768]

VISAGE DE L’EAU

Dans le regard d’une femme
— c’est il y a longtemps —
un passage de lumière
attend mes mains devant le feu
Un soir par la lueur du monde
j’ai suivi la pluie sur vos lèvres
l’étoile d’eau à votre front
notre blancheur face au ciel sombre
Il gela vers l’aube et nous étions jeunes
derrière la vitre un hiver se taisait
Vois ces oiseaux mon amour ils ont froid
leur vie dépend de nos frissons

(François Montmaneix)

Illustration: Alexey Steele

 

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Ce que je suis…(Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2022




    
Ce que je suis
D’où je viens ?
Du coeur.
Mon pays?
Le bord des mots.
Quelle est ma langue ?
Le souffle.
Ma frontière ?
La respiration.
Mon avenir ?
Toi ou rien.
Je fuis la guerre,
la dictature,
la misère, les blessures
et je ne dis jamais : Chut !
Non, je ne me tais pas.
Qui je suis,
moi qui vis près de toi ?
La poésie.

(Carl Norac)

Recueil: Pff! ça sert à quoi la poésie ?!
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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RESERVE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2022




RESERVE

Que peut-on y faire
Quand tout va se taire
Quand s’endort la terre
Dans un vrai mystère ?
Il faut qu’on se souvienne
D’une main dans la sienne
Derrière les persiennes
Et que l’amour revienne.

(Jean-Baptiste Besnard)

Découvert chez Jean-Baptiste ici

Illustration

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C’est là (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2022



 

Felix Mas -  (47) [1280x768]

C’est là.
Ça n’a pas d’images.

C’est un souffle dans les heures,
un instant comme arrêté,
on ne sait pas, presque rien.

Un vide sous les visages,
sous les gestes quelque chose
qui vacille : ombre ou mémoire.

Un silence qu’on écoute
avec toujours ce qui parle
sans un mot, ce qui se tait.

(Jacques Ancet)

Découvert chez Lara ici

Illlustration: Felix Mas

 

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C’est comme le vent aussi (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2022



 

C’est comme le vent aussi
dans les grands marronniers, c’est

le balancement muet
et la mémoire du bleu.

Le corps plus léger soudain
flotte seul dans le courant

de l’air. Rien d’autre. Le cri
d’un oiseau blesse le jour.

Le silence est si profond
qu’on écoute l’invisible.

Sans cesse ça te traverse
ça te blesse. Comme un vent
qui n’arrêterait jamais,
qui soufflerait sans souffler,
sans que rien ne le révèle
qu’une absence dans le jour,
dans les feuilles, dans les gestes
et tu te tais, tu écoutes,
et plus tu écoutes moins
tu entends et moins tu sais.

(Jacques Ancet)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Je suis assis seul (Hanshan)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022




    
Je suis assis seul, souvent perturbé,
Mes sentiments en proie sans cesse à l’anxiété.
Des nuages ont ceinturé la pente des montagnes,
A l’entrée des vallées, le vent gronde et rugit…
Des singes dans les arbres en font frémir les branches,
Des oiseaux dans la forêt font entendre leur chant.
Les saisons sont pressantes, mes cheveux blancs s’envolent,
Mes années épuisées, je suis vieux, sans espoir.

***

Seul je suis allongé sous les monts étagés,
Les nuages vaporeux pendant le jour persistent.
Quand je suis au tréfonds de ma cellule obscure,
Dans mon coeur se taisent les cris et clameurs.
Je pars en rêve errer dans des palais dorés,
Puis mon âme revient, franchit le pont de pierre.
J’ai enfin écarté tout ce qui m’assaillait
Et je laisse ma gourde clabauder contre un arbre.

(Hanshan)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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POUR UNE FEMME VIVE (Pierre Gamarra)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2022



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
POUR UNE FEMME VIVE

Je ne saurai jamais quand tu m’as dit : je t’aime
je ne saurai jamais quand tu m’as dit : adieu
Si le fleuve et la mer effaçaient les poèmes,
mes mots seraient vaisseaux sur les lacs de tes yeux.

Je ne saurai jamais où commença la neige, où
revient le soleil pour les roses de mai, où ta voix
dit : je sais, quand je disais : que sais-je ? où
commença mon coeur, je ne saurai jamais.

Tu ne m’as rien donné, tu m’as donné le monde.
Lorsque tu me quittas, tu m’attendais toujours. Si
mon ciel était mort, j’aurais ta flamme blonde, et
si je revivais, je me mourrais d’amour.

Salut à toi, femme de l’aube, ma corolle,
princesse d’un hiver promise à l’églantier,
salut à toi, ma paix, mon pain, ma parabole,
salut mon indomptable et salut ma pitié.

Je te porte la palme et la farine pure,
je te livre l’orgueil avec l’humilité
Quand ces chants passeront, il restera l’été,
quand mon coeur se taira, je revivrai blessure.

Je te chante ce soir devant le monde lourd,
aux frontières d’un ciel labouré de promesses.
Je sais que je mourrai pour revivre sans cesse
et quand je revivrai, je me mourrai d’amour.

(Pierre Gamarra)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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LA MÉRIDIENNE DU LION (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2022



 

Lion sieste [1280x768]

LA MÉRIDIENNE DU LION

Le lion dort, seul sous sa voûte.
Il dort de ce puissant sommeil
De la sieste, auquel s’ajoute,
Comme un poids sombre, le soleil.

Les déserts, qui de loin écoutent,
Respirent ; le maître est rentré.
Car les solitudes redoutent
Ce promeneur démesuré.

Son souffle soulève son ventre ;
Son oeil de brume est submergé,
Il dort sur le pavé de l’antre,
Formidablement allongé.

La paix est sur son grand visage,
Et l’oubli même, car il dort.
Il a l’altier sourcil du sage
Et l’ongle tranquille du fort.

Midi sèche l’eau des citernes ;
Rien du sommeil ne le distrait ;
Sa gueule ressemble aux cavernes,
Et sa crinière à la forêt.

ll entrevoit des monts difformes,
Des Ossas et des Pélions,
A travers les songes énormes
Que peuvent faire les lions.

Tout se tait sur la roche plate
Où ses pas tout à l’heure erraient.
S’il remuait sa grosse patte,
Que de mouches s’envoleraient !

(Victor Hugo)

Illustration

 

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Noire comme la pupille (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration: Christian Schloe
    
Noire comme la pupille, comme la pupille
toi qui suces la lumière,
je t’aime, nuit vigilante.

Laisse ma voix te chanter,
toi l’aïeule des chants,
dont la main tient la bride des quatre vents.

Lorsque je t’appelle, que je te rends gloire,
je ne suis qu’un coquillage
où l’océan ne s’est pas encore tu.

Nuit, j’ai déjà trop regardé
dans la pupille de l’homme !
Réduis-moi en cendres, nuit, soleil noir !

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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