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Poésie

Posts Tagged ‘se taire’

VENT, EAU, PIERRE (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




VENT, EAU, PIERRE

L’eau perce la pierre,
le vent disperse l’eau,
la pierre arrête le vent.
Eau, vent, pierre.

Le vent sculpte la pierre,
la pierre est coupe de l’eau,
l’eau s’échappe et elle est vent.
Pierre, vent, eau.

Le vent dans ses tours chante,
l’eau en marchant murmure,
la pierre immobile se tait.
Vent, eau, pierre.

On est un autre et personne :
entre leurs noms vides
passent et s’évanouissent
eau, pierre, vent.

(Octavio Paz)

Illustration

 

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MURS (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
MURS

Nous,
Solides et durs, nous les murs,
Condamnés à écouter et à nous taire,
Des milliers
Des milliers d’années nous restâmes soumis,
Écoutant, comprenant,
Étouffant en nous silencieusement
La rumeur des générations.
Mais plus jamais
Plus jamais nous ne serons muets,
Nous entendrons
L’escalade,
La griffade,
La tornade
Des pas pesants, des pas épais
Des pas d’acier.
Il vient un colosse, un puissant,
Et tout ce qui, hier encore,
Régnait,
Comme le roc
Ou le granit
À genoux tombe devant lui,
Tremblant de panique,
Nous donne une langue,
Nous colle et nous couvre
D’affiches à foison, de placards et de feuilles,
Avec elles
Comme avec des gueules énormes
Nous allons crier
En écoutant le tonnerre des pas.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS LA FORÊT (Kadia Molodowski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019




    
DANS LA FORÊT

En haut sont proches les couronnes,
Les troncs – chacun pour soi – sont éblouis.
En haut s’enlacent les couronnes :
Sous terre d’aveugles racines luttent pour la sève et la pluie.

En haut, baignées de soleil les couronnes;
L’ombre sur les troncs tombe et disparaît.
En haut l’oiseau chante dans les couronnes:
Sous terre des doigts aveugles creusent la forêt.

En haut avec le vent jouent les couronnes,
Les troncs brisent le grondement.
En haut avec le ciel bavardent les couronnes :
Sous terre d’aveugles racines se taisent éternellement.

(Kadia Molodowski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cloisons de papier (Mayuzumi Madoka)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2019



Illustration: Utagawa Kunisada
    
Cloisons de papier –
dans la nuit froide
soudain les voix se sont tues

***

(Mayuzumi Madoka)

 

Recueil: Haikus du temps présent
Traduction: Corinne Atlan
Editions: Philippe Picquier

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RÉINCARNATION (Aron Zeitlin)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
RÉINCARNATION

Je fus, je fus et j’ai été
Depuis longtemps ici planté,
Plus d’une fois j’ai dû ramper
Et j’ai plané plus d’une fois.
Parmi les poissons j’ai nagé
Dans les nuits des gouffres obscurs,
Parmi les astres voyagé
Sur l’hippodrome de l’azur.
Dans les télescopes poudreux
Je m’agitais, je me mirais,
Pleuvant en rayons lumineux
Sur la tête d’un orphelin.
Mes larmes en rosée tombaient
Au coeur d’une rose. Je fus
Le songe du séminariste
Sur le banc d’un temple endormi.
Je fus une pure prière
Qu’emplissait l’effroi de Satan.
Je fus cette larme qui perle
Aux cils d’un tel, en même temps
Le réconfort qui chez un autre
Calme l’étreinte du tourment.
J’ai vécu, mué en tortue
De longues, de noires années,
Mâchant et pétrissant la terre,
Je n’ai rien vu, je me suis tu.
Je restais à l’état larvaire
Et j’étais bien le plus bizarre
Parmi tant de bizarreries,
Un chat dans l’ombre d’une cave,
De tous le plus abandonné.
J’ai franchi, plus vif que l’éclair,
Générations et pays
Jusque dans l’esprit d’un penseur.
Ici, durement j’ai souffert,
Et là, profondément aimé,
Tous les pays dans mes tréfonds
Leurs tempêtes, leur mois de mai,
Le Mississippi là-bas gronde,
Rêvent le Danube et le Nil,
Ma petite sœur l’infusoire,
Le Hottentot mon frère noir,
Ils me conduisent tous ensemble
Me pressent vers la délivrance
De ma réincarnation : Dieu.

(Aron Zeitlin)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nuit blanche (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2019



Illustration: Laurent S
    
Nuit blanche

Les bouteilles vidées, les couples désenlacés, on a secoué les nappes, les calèches s’en vont, baisers, la musique s’est tue, les fleurs ont détaché leurs pétales, échos, on a rangé les instruments, les arbres ont perdu leurs feuilles, lueurs, replié partitions et pupitres, les oiseaux se sont dissous dans le froid, pause, la Lune s’est répandue en neige, les flots se sont calmés, sommeil, un trait léger signale encore quelques balustres, les graviers et les vents se sont enrobés de silence, respiration, les marches deviennent transparentes, le mur, le sol, glissement, et même cette feuille de papier va disparaître.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Pourtant l’amour (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019




    
Pourtant l’amour
se conforme à l’amour.
Il n’est couple d’oiseaux qui ne ressemble au nôtre.
Et du haut de leur toit, ils nous regardent
avec un rayonnement,
ils évoquent le temps où les bêtes parlaient,
leur parlaient à eux, les oiseaux,
tandis que se taisaient les hommes,
maintenant si bavards.
Il nous faudrait connaître le monde par leurs pépiements
si confidentiels à présent
que nous ne les déchiffrons pas.
Nous resterions assis sous leurs arbres,
et les écouterions comme les enfants
écoutent le maître.
Notre silence,
et la sûreté de leur pépiement
nous aiderait à vivre.

(Marie-Claire Bancquart)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Toute minute est première
Traduction:
Editions: Castor Astral

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Midi au village (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019




Midi au village

Nul troupeau n’erre ni ne broute ;
Le berger s’allonge à l’écart ;
La poussière dort sur la route,
Le charretier sur le brancard.

Le forgeron dort dans la forge ;
Le maçon s’étend sur un banc ;
Le boucher ronfle à pleine gorge,
Les bras rouges encor de sang.

La guêpe rôde au bord des jattes ;
Les ramiers couvrent les pignons ;
Et, la gueule entre les deux pattes,
Le dogue a des rêves grognons.

Les lavandières babillardes
Se taisent. Non loin du lavoir,
En plein azur, sèchent les hardes
D’une blancheur blessante à voir.

La férule à peine surveille
Les écoliers inattentifs ;
Le murmure épars d’une abeille
Se mêle aux alphabets plaintifs…

Un vent chaud traîne ses écharpes
Sur les grands blés lourds de sommeil,
Et les mouches se font des harpes
Avec des rayons de soleil.

Immobiles devant les portes
Sur la pierre des seuils étroits,
Les aïeules semblent des mortes
Avec leurs quenouilles aux doigts.

C’est alors que de la fenêtre
S’entendent, tout en parlant bas,
Plus libres qu’à minuit peut-être,
Les amants, qui ne dorment pas.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Julien Girard

 

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LE VENT EST BLEU (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



LE VENT EST BLEU

Le vent est bleu, la mer est blanche,
et s’envolent les dimanches,
les dimanches bénévoles,
ceux d’hier et d’aujourd’hui.
Quais de Rio, quais d’ici,
embarquez vos clairs de lune,
les sirènes se sont tues
et dans le tunnel des gares,
les hommes sont des statues.

(Géo Libbrecht)

 

 

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Ô quelle grande solitude (Adam Mickiewicz)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



 

Ô quelle grande solitude tu as fait dans ma maison,
Ma petite Ursule bien-aimée, par ton rapide départ;
Nous sommes nombreux, et pourtant, notre maison est déserte;
L’absence d’une petite âme a fait chez nous un grand vide.
Tu babillais tout le temps, et tu chantais pour tous,
Ta personne remplissait tous les coins de notre demeure.
Du front de ta mère tu chassais la chagrine tristesse,
De la tête de ton père tu chassais les noirs soucis,
Prenant un tel par le bras, et étreignant un autre,
Déridant toute la maisonnée par ton rire joyeux.
Maintenant tout se tait : la maison est un désert :
Pas un jeu; personne n’a envie d’éclater de rire.
Et dans chaque coin le regret saisit l’homme par le coeur;
C’est en vain que l’on cherche la moindre trace de bonheur.

(Adam Mickiewicz)

Illustration: Henry Raeburn

 

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