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Poésie

Posts Tagged ‘se taire’

PLEINEMENT (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



PLEINEMENT

Quand nos os eurent touché terre,
Croulant à travers nos visages,
Mon amour, rien ne fut fini.
Un amour frais vint dans un cri
Nous ranimer et nous reprendre.
Et si la chaleur s’était tue,
La chose qui continuait,
Opposée à la vie mourante,
A l’infini s’élaborait.
Ce que nous avions vu flotter
Bord à bord avec la douleur
Était là comme dans un nid,
Et ses deux yeux nous unissaient
Dans un naissant consentement.
La mort n’avait pas grandi
Malgré des laines ruisselantes,
Et le bonheur pas commencé
A l’écoute de nos présences;
L’herbe était nue et piétinée.

(René Char)

Illustration

 

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Jouvence des Névons (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



Dans le parc des Névons
Ceinturé de prairies,
Un ruisseau sans talus,
Un enfant sans ami
Nuancent leur tristesse
Et vivent mieux ainsi.

Dans le parc des Névons
Un rebelle s’est joint
Au ruisseau, à l’enfant,
A leur mirage enfin.

Dans le parc des Névons
Mortel serait l’été
Sans la voix d’un grillon
Qui, par instant se tait.

(René Char)

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Si tu dis (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



 

Igor Morski   (13)

Si tu dis, tu meurs,
Si tu te tais, tu meurs
Alors dis et meurs!

(Tahar Djaout)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Igor Morski

 

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Les yeux brûlés de n’avoir pas dormi (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2019




    
Les yeux brûlés de n’avoir pas dormi
J’ai juste le droit d’écouter
Le silence de la rue
À travers le vacarme du sang
Qui bout dans mes oreilles

Les autos glissent
Le vent se tait
Les platanes effeuillés
N’ont rien à dire

Il me vient un désir
D’offenser cette paix
Par l’envol brisé
D’un corps

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Roulez tambours (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019


 


Audrey Kawasaki i5

 

Roulez tambours, et grondez voix du Saint-Esprit : la jeune fille
nue a plus d’un tour dans son sac.
Peur à la peur, l’odeur s’est tue et le fonctionnaire en retraite se porte bien.
Dans son arbre généalogique il dépiste le gène chromosome et
sait extraire les coucous de sa famille.
Sûr de lui, il remonte la lourde pluie pour aller briser à Soissons ce qui reste du vase.
« Insistez dans l’inspiration  » — commandait le gymnasiarque –
 » et expirez à volonté.  »
Je crains le crocodile et la plume trempée dans le lacrymatoire.
Dans le non-sens que de richesse de savoir !

(Georges Libbrecht)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Annoncez (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019




    
Annoncez les couleurs du soleil étouffé
annoncez l’incendie du blanc déjà tué
annoncez le roi nu
annoncez quatorze heures à midi
annoncez sur le seuil la venue des maudits
la neige des pétales sur l’hiver qui s’est tu
annoncez j’aime dans leurs palais de sang
annoncez pile et deux fois face
sur les linges qui savent quelle face ils essuient
annoncez l’impossible multiplié par tous
ne vous laissez pas questionner
ne vous laissez pas déséquilibrer
ne vous laissez pas séduire
annoncez.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Histoire contemporaine
Traduction:
Editions:

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DIALOGUE DU MORT ET DU VIF (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019




    
DIALOGUE DU MORT ET DU VIF

Viendrez-vous ? — Je vous connaissais :
je ne vous reconnais plus.
Viendrez-vous ? — Eh, qui donc parle ?
Je ne sais qui vous êtes.

Viendrez-vous de notre côté ?
— Vous êtes un faux visage
qui fait semblant de vivre,
je n’ai rien à vous dire.

Vous viendrez, je le sais
vous rejoindrez nos rangs
qui croissent tous les jours
et piétinent dans l’ombre.

— Alors je franchirai
le seuil infranchissable
nous sommes l’un à l’autre
fermés impénétrables
je parle déjà seul
il faudra bien me taire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES SONGES DE L’INANIMÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LES SONGES DE L’INANIMÉ

Le vagabond des millions d’années
l’Inanimé
s’efforce Il monte il trébuche à travers
le va-et-vient l’affiche lumineuse
des nuits et des jours.

ll s’approche il monte, l »Inanimé, le vagabond,
il heurte de son bâton
les bords du chemin éboulé
ll peine il gémit il s’efforce
d’être un jour ce qu’il rêve,
de prendre vie.,
de troquer l’insensible contre la douleur
d’échanger l’innombrable
contre l’unique,
contre un destin.

Futur empereur future idole
le caillou vagabond
limé couturé par l’embrun
veut gravir les degrés prendre figure
faire éclore sur sa face camuse
une bête qui brame
un philosophe qui bougonne
un saint qui se tait
un dieu qui souffre et qui meurt

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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CE QUI VA ET VIENT (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019





Illustration: René Magritte

    
CE QUI VA ET VIENT

D’où (lentement) vient ce qui vient ?
D’où émerge ce qui s’élève ?
D’où sort vivement ce qui veut,
ce qui veut être et veut être visible ?

J’assiste je ne sais pas
qui voit qui est vu qui gronde qui se tait
qui demeure qui se disperse
brille par ici s’éteint là-bas

Ce qui veut être
est-ce moi qui ne suis plus ?
Ce qui est tenu n’est pas entendu
Ce qui devait venir nest pas venu
Ce peu de chose n’est rien.

Mais l’ombre et la lumière (que je connais bien)
tournent autour l’un de l’autre
formant au regard maints objets pleins
par exemple le silence d’une plante
par exemple le poids d’une pierre
ou un simple mouvement
qui va qui s’éloigne qui revient
pendant que je me tiens debout

Quelquefois je marche et ne dis rien.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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