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Poésie

Posts Tagged ‘se tenir’

Quand j’étais petite (Jeanne Benameur)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
Quand j’étais petite
la nuit se tenait devant notre porte
et elle chantait d’étranges chants.
Pour les oiseaux qu’on ne voit pas.
Pour les pierres du chemin.
La nuit chantait
et moi
je dormais ou je veillais ?
Est-ce que je rêvais ?

Est-ce que je suis seule à entendre
le chant de la nuit sur la terre
aux portes des maisons ?

Qui berce le sommeil de ceux qui rêvent ?

La nuit a été une voix
qui m’a gardée
de toutes peurs.

Et puis la nuit s’est tue
et je suis restée seule.

Je suis sortie sur le seuil de la maison
J’ai appelé très doucement
Aucun son ne m’a répondu.
Dans ma poitrine
l’écho.

Assise sur le seuil
J’ai pleuré.
J’ai attendu le matin.
Et rien.

La nuit s’était tue pour toujours.

Je suis partie.

(Jeanne Benameur)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: L’exil n’a pas d’ombre
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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AU MIROIR (Moshe Nadir)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019




    
AU MIROIR

Il se tient devant le miroir et voit sa propre cécité.
Les franges de ses yeux sont lourdes,
comme découpées dans l’acier.

Sa pupille est grise comme le brouillard en suspens de l’idée universelle.
Et le miroir dans lequel il regarde est complètement aveugle,
et il voit sa propre cécité.

Il se tient devant le miroir et regarde si clairement, avec tant d’acuité,
mais il ne peut transgresser du regard sa propre cécité
– elle est si lointaine, illimitée !

(Moshe Nadir)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pour Felician (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Jeanne Fonseca
    
Pour Felician

Quand je pense à toi
C’est comme un rêve,
Proche et lointain
Je sens à peine.

Les brouillards s’évanouissent
Quand je le veux
Et dans l’agitation règne
Un calme silencieux.

Devant mes yeux,
Rien ne reste trouble,
Quoi que ce soit
Cela devient amour.

Je peux supporter
Douleurs et détresse,
Face à ma foi
La mort se tient coite.

La nuit sans fin
Même a son soleil,
Pour moi tout chagrin
Est à volupté pareil.

***

Für Felician

Wenn ich dein denke
Ist es ein Traum,
Nähe und Ferne
Fühle ich kaum.

Nebel vergehen
Wenn ich es will
Und im Getriebe
Ruhet es still.

Vor meinen Augen
Bleibet nichts trübe,
Wie es auch sei
Wird es zu Liebe.

Ich kann ertragen
Schmerzen und Not,
Vor meinem Glauben
Schweiget der Tod.

Nacht ohne Ende
Hat dann selbst Sonne
Und alles Leid
Ist mir nur Wonne.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Profession de foi (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Nathalie Mounier
    
Profession de foi

Je ne peux vivre sans ressentir la présence toujours
D’une étincelle de feu clair.
Mon coeur préfère errer éternellement
Que se rafraîchir dans le courant du jour.

Je cherche l’amour aux ultimes confins
Et brûle de me dissoudre enfin,
Quand bien même tous les appuis me lâchent,
Me jouant aux mains du Malin.

Je me tiens rayonnante devant les plus profonds abîmes,
afin de connaître leur sens ultime
Et il m’est permis aux heures magiques
D’aller à l’origine, au fond des énigmes.

***

Bekenntnis

Ich kann nicht leben ohne einen Funken
Von hellem Feuer stets zu fühlen.
Mein Herz wird lieber ewig wandern,
Als sich im Strom des Tages kühlen.

Ich suche Liebe an den letzten Grenzen
Und gliihe mich einmal zu lösen,
Selbst wenn mich aile Pfeiler lassen,
Mich spielend in die Hand des Bösen.

Ich stehe strahlend vor den tiefsten Gründen,
Um ihren letzten Sinn zu sehen
Und darf in zauberhaften Stunden
Bis an der Rätsel Urgrund gehen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Soif (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



Illustration: Danielle Bellefroid
    
Soif

j’ai soif
je me lève
et j’ai soif
je me mets
en route
et j’ai soif
je creuse
et j’ai soif
j’arpente
ma soif
j’invente
l’eau
je presse
le soleil
comme un
citron
je le bois
je bois
la lumière
avec
je bois
le ciel
je bois
les yeux
qui regardent
le ciel
je bois
les mains
qui se tiennent
près des yeux
qui regardent
le ciel
je bois
les pieds
et la terre
sous les pieds
et les morts
sous la terre
et j’ai
toujours
soif

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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LAURA (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019




Illustration: Agost Benkhard
    
LAURA

Heureusement, elle est partie. Maintenant elle sera
tout à fait et encore plus qu’elle ne le pense
mienne. Maintenant elle se tiendra de nouveau
nue, épanouie et sans vergogne,
devant mes yeux fermés.

Et, lourd de ses parfums, je refais passer
rapidement son sourire et me focalise
sur ses cuisses généreuses, sa peau
neige doucement sur mon grand écran,
déjà, elle prend de la voix, elle cajole,
elle jure, et puis, dernière image,
j’empoigne ses hanches et l’enneige à nouveau.

Heureusement, elle est partie. Mais moi,
je suis son chien, j’agite la queue quand
elle vient. Encore plus qu’elle ne le pense.

***

LAURA

Gelukkig, ze is weg. Nu zal ze
helemaal en meer nog dan ze denkt
de mijne zijn. Nu zal ze nogmaals,
naakt en vol en onbeschaamd,
voor mijn gesloten ogen staan.

En zwanger van haar geuren speel ik
snel haar glimlach af en spits
me op haar gulle dijen, haar huid
sneeuwt zachtjes op mijn witte doek,
ze krijgt al stem, ze fleemt,
ze vloekt, en dan, de laatste still,
yang ik haar schoot en sneeuw haar uit.

Gelukkig, ze is weg. Maar ik,
ik ben haar bond, ik kwispel als
zij komt. Meer nog dan ze denkt.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Nue (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019




    
Nue

Ôte tes habits, laisse tomber le voile.
Couvre-toi seulement de ta robe de beauté nue,
Tenue d’une demoiselle céleste vêtue de lumière.
Forme plantureuse tel un lotus épanoui,
Un festin de la vie, de la jeunesse et de la grâce.
Apparais et tiens-toi seule dans la merveille qu’est ce monde.
Laisse envahir tes membres par le clair de la lune,
Laisse envahir tes membres par les caresses du zéphyr,
Plonge dans l’infini bleu de ton ciel
Telle la Nature nue toute parsemée d’étoiles.
Atanu’ peut dissimuler sa face dans le pli de sa tunique,
La tête baissée, honteux du corps fleuri.
Invite l’aube immaculée jusqu’à chez l’homme,
Virginité éhontée toute blanche et nue.

***

Nude

Shed your garments, drop the veil.
Be just clad in naked beauty’s robe
Attire of a heaven-lass dressed in light.
The buxom body like a full-blossomed lotus,
A feast of life and youth and grace.
Come and stand alone in the wonder, this world.
Let permeate your limbs with the beams of your moon,
Let permeate your limbs with zephyr’s caress.
Plunge into the infinite blue of the sky
Like naked Nature spangled with stars.
Let Atanu’ conceal his face with his tunic’s fold,
With bended head ashamed of the body’s bloom.
Invite immaculate dawn at men’s abode,
Shameless virginity, white, naked.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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il faudrait parfois se tenir à l’écart (Gilbert Vautrin)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019



Illustration
    
il faudrait parfois se tenir à l’écart

ne plus rire ni chanter
ne plus parler
juste regarder
un corbeau tremble

et fermer les yeux

il faudrait parfois se tenir à l’écart…

(Gilbert Vautrin)

 

Recueil: Anges et Corbeau
Traduction:
Editions: Phoenix AEncrages & Co

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Liberté (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



Liberté

Je relève d’un pays où personne ne règne,
Traversé de crevasses et d’oiseaux.
La main trace l’avenir, le coeur ses extrêmes,
Un appel lui donne voiles, une grimace le ternit.

Je relève d’un pays sans fanion, sans amarre,
La mort a ses sentences comme ailleurs ;
Demain, son étendue ; le printemps, ses preuves.
Il s’y trouve partout d’endroit où se tenir.

(Andrée Chedid)


Illustration

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Un jardin (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019




    
Un jardin
où chaque pierre
aurait sa place

Où le chaos
saurait se tenir.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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