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Posts Tagged ‘se tourmenter’

CE QUE DIT LA GRIVE (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

CE QUE DIT LA GRIVE

O toi dont le visage sentit le vent d’Hiver,
Dont l’oeil a vu les nuages de neige suspendue dans la brume,
Les cimes noires des ormes dans les étoiles glaçantes
Pour toi le printemps sera temps de moisson.
O toi dont le seul livre a été la lumière
Des suprêmes ténèbres dont tu te nourrissais
Nuit après nuit, déserté de Phébus
Pour toi le printemps sera un triple matin.
Ne te tourmente point en quête du savoir ! Je n’en ai pas,
Et pourtant mon chant vient de lui-même avecque la chaleur.
Ne te tourmente point en quête du savoir. Je n’en ai pas
Et pourtant le soir écoute. Qui s’attriste
A la pensée de l’oisiveté ne peut être oisif,
Et celui-là veille, qui se croit endormi.

(John Keats)

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LE LAC (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



LE LAC

Remémore, mon coeur, devant l’onde qui fuit
De ce lac solennel, sous l’or de la vesprée,
Ce couple malheureux dont la barque éplorée
Y vint sombrer avec leur amour, une nuit.

Comme tout alentour se tourmente et sanglote !
Le vent verse les pleurs des astres aux roseaux,
Le lys s’y mire ainsi que l’azur plein d’oiseaux,
Comme pour y chercher une image qui flotte.

Mais rien n’en a surgi depuis le soir fatal
Où les amants sont morts enlaçant leurs deux vies,
Et les eaux en silence aux grêves d’or suivies
Disent qu’ils dorment bien sous leur calme cristal.

Ainsi la vie humaine est un grand lac qui dort
Plein sous le masque froid des ondes déployées,
De blonds rêves déçus, d’illusions noyées,
Où l’Espoir vainement mire ses astres d’or.

(Emile Nelligan)


Illustration

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Tristesse (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Tristesse

Seul bien que j’envie,
Amour! douce erreur!
Viens, ma triste vie
S’éteint de langueur.
Ô coupe d’ivresse,
Pourquoi te tarir?
Ô fleur de jeunesse,
Pourquoi te flétrir?

Une fièvre ardente
Consume mes os :
Chacun se tourmente
Pour changer de maux,
On suit sa chimère,
On fait des projets…
Et bientôt la terre
Les couvre à jamais.

Comme un flot se brise
Aux rochers du bord,
Ma vigueur s’épuise
À vaincre le sort.
Mal qui me possèdes,
Abrège ton cours!
Combien tu m’obsèdes,
Ô fardeau des jours!

Seul parmi la foule
Je m’en vais rêvant,
Et sans but je roule
Au pouvoir du vent.
J’offre, en ma détresse,
J’offre à tous la main,
Mais nul ne la presse;
Ils vont leur chemin…

Ô mélancolie
Qui partout me suit,
Vois, mon âme se plie
Aux faix des ennuis!
Chaque doux prestige
A fui devant toi :
Monde où tout m’afflige
Que veux-tu de moi?

La joie est donnée
À nos jeunes ans.
La vie et l’année
N’ont qu’un seul printemps.
Malheur à qui chasse
Les tendres plaisirs;
L’hiver bientôt glace
Et fleurs et désirs…

Je vis une rose
Au déclin du jour;
Que ma main t’arrose,
Dis-je, ô fleur d’amour!
Pour qu’elle te cueille
Demain sans retard.
Je vins… mais sa feuille
Volait au hasard.

(Napoléon Aubin)

 

 

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Si la vie est un songe à quoi bon me tourmenter (Li Taï Po)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



Si la vie est un songe
A quoi bon me tourmenter
Je puis m’enivrer sans remords
Et si j’en viens à tituber
Je m’endormirai sous le porche de ma demeure
A mon réveil un oiseau chante parmi les fleurs.
Je lui demande quel jour nous sommes.
Il me répond : au printemps,
la saison où l’oiseau chante !
Je me sens étrangement ému
Et prêt à m’épancher.
Mais je me reverse à boire
Et je chante tout le jour
Jusqu’à ce qu’apparaisse la lune du soir.
Et quand mes chants se taisent
Je n’ai plus conscience de ce qui m’entoure.

(Li Taï Po)

 

 

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Tristesse (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
Tristesse

Seul bien que j’envie,
Amour! douce erreur!
Viens, ma triste vie
S’éteint de langueur.
Ô coupe d’ivresse,
Pourquoi te tarir?
Ô fleur de jeunesse,
Pourquoi te flétrir?

Une fièvre ardente
Consume mes os:
Chacun se tourmente
Pour changer de maux,
On suit sa chimère,
On fait des projets…
Et bientôt la terre
Les couvre à jamais.

Comme un flot se brise
Aux rochers du bord,
Ma vigueur s’épuise
A vaincre le sort.
Mal qui me possèdes,
Abrège ton cours!
Combien tu m’obsèdes,
Ô fardeau des jours!

Seul parmi la foule
Je m’en vais en rêvant,
Et sans but je roule
Au pouvoir du vent.
J’offre, en ma détresse,
J’offre à tous la main,
Mais nul ne la presse;
Ils vont leur chemin…

Ô mélancolie
Qui partout me suit,
Vois, mon âme se plie
Au faix des ennuis!
Chaque doux prestige
A fui devant toi:
Monde où tout m’afflige
Que veux-tu de moi?

La joie est donnée
A nos jeunes ans.
La vie et l’année
N’ont qu’un seul printemps.
Malheur à qui chasse
Les tendres plaisirs;
L’hiver bientôt glace
Et fleurs et désirs…

Je vis une rose
Au déclin du jour;
Que ma main t’arrose,
Dis-je, ô fleur d’amour!
Pour qu’elle te cueille
Demain sans retard.
Je vins.. mais sa feuille
Volait au hasard.

(Napoléon Aubin)

 

 

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Le Bachelier de Salamanque (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



bachelier-de-salamanque

Le Bachelier de Salamanque

Où vas-tu, toi qui passes si tard
Dans les rues désertes de Salamanque
Avec ta toque noire et ta guitare
Que tu dissimules sous ta mante ?
Le couvre-feu est déjà sonné
Et depuis longtemps, dans leurs paisibles maisons,
Les bourgeois dorment à poings fermés.
Ne sais-tu pas qu’un édit de l’alcade
Ordonne de jeter en prison
Tous les donneurs de sérénade,
Que les malandrins couperont ta chaîne d’or
Et que la fille de l’Almirante
Pour qui vainement tu te tourmentes
Se moque de toi derrière son mirador ?

***

The Bachelor of Salamanca

Where are you going, who walk so late
In the empty streets of Salamanca
With your black cap and your guitar
That you hide beneath your coat?
The curfew has already been sounded
And for long now, in their peaceful houses,
The bourgeois sleep with closed fists.
Do you not know that an edict of the alcalde
Has ordered to be thrown in prison
All those who serenade,
That the brigands will cut off your golden chain
And that the Admiral’s daughter
For whom in vain you torment yourself
Laughs at you behind her mirador?

(René Chalupt)

 

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Je me tourmente trop pour ma santé (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2016



Je me tourmente trop pour ma santé,
et cela ne vaut rien.
Puissé-je être gagnée par cette impassibilité
qui imprégnait ce matin ton aube grisâtre.
Puisse ma journée dépasser enfin
la préoccupation de mon corps.

(Etty Hillesum)

Illustration: Gunther Von Hagens

 

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CONSÉQUENCES (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2016



 

CONSÉQUENCES

Des années durant, il se tourmentait; il se déshabillait
devant des miroirs d’un grand ou d’un petit format,
devant n’importe quelle vitre; il essayait avec soin
une attitude, puis une autre, pour choisir, pour trouver
celle qui lui était la plus personnelle, la plus naturelle, pour devenir
sa propre statue accomplie — encore qu’il sût que les statues sont le plus souvent réservées
aux morts, et plus souvent encore à certains dieux inconnus, inexistants.

(Yannis Ritsos)

Illustration

 

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Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles! (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles!
Pauvre coeur inquiet qu’aucun bonheur n’emplit,
Missel enluminé qui s’attriste d’un pli,
Forêt d’où sort la plainte éternelle des trembles !

Je t’aime, ô ma beauté, puisque ton sort est tel
Que tu rêves d’amour en sachant que je t’aime,
Toi qui, pareille à moi, te tourmentes toi-même
En sentant fugitif ce qu’on rêve immortel.

Toi pour qui le présent est une source en fuite
Où, parmi l’eau qui souffre, on se mire un moment,
Tu comprends que je pleure, inconsolablement,
Le passé triste et cher comme un pays qu’on quitte.

Je t’aime, ô mon amour ! ô mon ombre ! ô ma soeur !
Il semble – tant notre âme a la même chimère —
Que nous avons jadis aimé la même mère
Et du même baiser partagé la douceur !

Je t’aime, ô mon amour, parce que l’un et l’autre
L’infini nous sépare ainsi qu’un noir témoin,
Puisque, même enlacés, nous nous sentons si loin
Sans jamais pouvoir faire un seul coeur qui soit nôtre !

Car nous sommes pareils à des miroirs jumeaux
Où tout se mire et luit d’identique manière,
Mais l’ombre de la nuit absorbe la lumière
Et nous nous sentons loin dans l’exil des trumeaux.

O coeur semblable au mien — coeur profond qui m’évoques
Un ciel d’automne, un ciel maladif et changeant
Où fleurit, parmi les nuages voyageant,
Toute une floraison d’étoiles équivoques !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Lauri Blank

 

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