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Jehova ou l’idée de dieu (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



 

Jehova ou l’idée de dieu

[…]

Le nuage crève;
Son brûlant carreau
Jaillit comme un glaive
Qui sort du fourreau !
Les foudres portées
Sur ses plis mouvants,
Au hasard jetées
Par les quatre vents,
Entre elles heurtées,
Partent en tous sens,
Comme une volée
D’aiglons aguerris
Qu’un bruit de mêlée
A soudain surpris,
Qui, battant de l’aile,
Volent pêle-mêle
Autour de leurs nids,
Et loin de leur mère,
La mort dans leur serre,
S’élancent de l’aire
En poussant des cris !
Le cèdre s’embrase,
Crie, éclate, écrase
Sa brûlante base
Sous ses bras fumants !
La flamme en colonne
Monte, tourbillonne,
Retombe et bouillonne
En feux écumants;
La lave serpente,
Et de pente en pente
Etend son foyer;
La montagne ardente
Paraît ondoyer;
Le firmament double
Les feux dont il luit;
Tout regard se trouble,
Tout meurt ou tout fuit;
Et l’air qui s’enflamme,
Repliant la flamme
Autour du haut lieu,
Va de place en place
Où le vent le chasse,
Semer dans l’espace
Des lambeaux de feu !

[…]

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: William Blake

 

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A SA MORT (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



A SA MORT

Si c’est le souvenir que tu veux chercher sous l’écorce
Amère de l’orange, le soleil de sa chair,
Dans ma mémoire, il n’y a que cette solitude
De la forêt où gît le bois mort de l’espoir.

Allons! impitoyable… Tends-moi la main.
Je devais venir vers toi, me voici, je viens,
Mes pieds saignent? Mes regards se troublent,
Je n’en peux plus… A deux pas de toi,

Je suis comme le soldat qui porte un message
Dont il n’a jamais pris connaissance, et qu’à tout prix
Il doit remettre au lointain destinataire. Il se traîne
Blessé, il tend le pli plein de sang et de boue.

Moi aussi j’ignore tout du message
Que fut ma vie. La voici, déchirée, salie,
Je te la tends! Ô ma mort, laisse-moi me reposer
Pendant que tu la lis et en prends connaissance.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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LA ROSE ET PIERROT (Maurice Boukay)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



LA ROSE ET PIERROT

Sur la plus haute branche,
Au fond du Paradis,
Poussait la Rose blanche,
Blanche du temps jadis.
Rossignol un dimanche
Chantait au paradis :

Au cœur de la Rose,
Ah ! qu’il fait bon dormir !

C’était à la nuit close,
Pierrot passait par là ;
Il avait le teint rose
Et l’habit de gala.
Près de la fleur éclose
Tout son cœur se troubla.

Au cœur de la Rose,
Ah ! qu’il fait bon dormir !

Il grimpe à l’églantine,
Si haut qu’il put grimper ;
Meurtri par chaque épine,
Si fort qu’il dut pleurer.
Dessus la mousseline
Le sang vint à perler.

Au cœur de la Rose,
Ah ! qu’il fait bon dormir !

Tant qu’au bout de la branche
Il arrive au bonheur.
Dessus la Rose blanche
Mit son baiser vainqueur ;
Mais la fleur, en revanche,
But le sang de son cœur.

Au cœur de la Rose,
Ah ! qu’il fait bon dormir !

Tout pâle et tout morose,
Pierrot s’évanouit,
Mais la fleur devint rose,
Rose s’épanouit.
De la métamorphose
Rossignol s’éjouit.

Au cœur de la Rose,
Ah ! qu’il fait bon dormir !

Pierrot conta la chose
A la suprême Cour.
On condamna la Rose
A ne fleurir qu’un jour,
Et Pierrot, blanc, morose,
Au Désir sans l’Amour.

Au cœur de la Rose
Ah ! qu’il fait bon dormir !

(Maurice Boukay)

 

 

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CHANSON EXALTEE EN SANG ET LUMIERE (Serafina Munoz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2016



CHANSON EXALTEE EN SANG ET LUMIERE

Je t’aime en cette nuit
mûrie de miracles
de mon temps sans heures,
en cette tour claire qui veille ma vie ;
en cette plage ouverte
où je baigne mes cités d’écume,
mes enfants doux et mes jours hauts.

Je t’aime avec nuages et éclairs,
et avec brume et avec roses,
et avec soleil… et avec mort.
Je t’aime dans le sel et le rire.
Entre l’épine, entre les fleuves violâtres,
dans cet horizon obscur
qui me frotte son limon par les yeux,
entre le sommeil, entre les hirondelles…

Je te sens dans cette épaule de neige
qui me pousse jusqu’au ciel ;
je te tiens serré en moi-même,
chaud,
me descendant les veines entre mon propre sang.
Mes eaux me répètent (lune fixe) ton visage,
et mon corps se trouble de miels ineffables,
et je libère mes cheveux au vent du délire
pour te voir flotter agile et pur.

Le monde me devient intime
entre tes doigts apprivoisés,
homme qui me peuple de papillons.
Je goûte ta pomme
avec une odeur d’ombre et de point du jour
et je bois dans ta voix les yeux de la rosée.

***

CANCION EXALTADA EN SANGRE Y LUZ

Te quiero en esta noche
madurada de milagros
de mi tiempo sin lloras,
en esta torre clara que vigila mi vida;
en esta playa abierta
donde baño mis ciudades de espuma,
mis niños dulces y mis dias altos.

Te quiero con nubes y relámpagos,
y con niebla y con rosas,
y con sol… y con muerte.
Te quiero en sal y risa.
Entre la espina, entre los rios morados
en este horizonte oscuro
que me frota su limón por los ojos,
entre el sueño, entre las golondrinas…

Te siento en este hombro de nieve
que me empuja hacia el cielo;
te tengo apretado en mi misma,
caliente,
bajándome las venas entre mi propria sangre.
Mis aguas me repiten (fija luna) tu rostro,
y se me azoga el cuerpo de mieles inefables,
y me suelto el cabello al viento del delirio
para verte flotar ágil y puro.

El mundo se me hace intimo
entre tus dedos mansos,
hombre que me pueblas de mariposas.
Yo gusto tu manzana
con olor a sombra y a madrugada,
y me bebo en tu voz los ojos del rocio.

(Serafina Munoz)

Illustration

 

 

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Message d’adieu (Plenty Coups)

Posted by arbrealettres sur 29 février 2016



Plenty Coups

Message d’adieu

Passent encore quelques soleils, et on ne nous verra plus ici.
Notre poussière et nos ossements se mêleront à ces prairies.
Je vois comme dans une vision, mourir la lueur de nos feux du conseil, leurs cendres devenues froides et blanches.
Je ne vois plus s’élever les spirales de fumée au-dessus de nos tentes.
Je n’entends plus le chant des femmes préparant le repas.
Les antilopes ont fui ; les terres des bisons sont vides.
On n’entend plus que la plainte des coyottes.
La « médecine » de l’homme blanc est plus forte que la nôtre ;
le cheval de fer s’élance sur les pistes du bison.
Il nous parle à travers son « esprit qui murmure »(le téléphone).
Nous sommes comme des oiseaux à l’aile brisée.
Mon coeur est froid au-dedans de moi.
Mes yeux se troublent ! Je suis vieux.

(Plenty Coups)

 

 

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