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Poésie

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VERS DE HAUTES PORTES (Marc Chagall)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall 
    
VERS DE HAUTES PORTES

Seul est mien ce pays
Qui se trouve en mon âme;
Comme un familier, sans papiers,
Je m’y rends.
Il voit ma tristesse et ma solitude,
Il me couche pour m’endormir,
Me recouvrant d’une pierre d’odeurs.

Un vert jardin fleurit en moi, des fleurs imaginées,
En moi mes propres rues s’étendent.
Les maisons manquent
Depuis le temps de mon enfance elles sont en ruines,
Leurs habitants s’égarent dans les airs,
Ils cherchent un logis, ils vivent dans mon âme.

Voici pourquoi quelquefois je souris
Quand le soleil scintille à peine,
Ou bien je pleure
Comme une pluie légère dans la nuit.

Je me souviens d’un temps
Où je portais deux têtes…
C’était un temps
Où les deux têtes
Se couvraient d’un voile d’amour,
Se dissipaient comme le parfum d’une rose.

Il me semble à présent
Que même en revenant sur mes pas
J’avance
En direction de hautes portes
Qui cachent un chaos de murs
Où les tonnerres abattus passent leurs nuits
Et les éclairs brisés.

(Marc Chagall)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Notturno (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Notturno

En cette heure-là
tu étais devant ma bouche
comme une comète.
Je saisis tes mains
comme pour une prière.
Là où notre haleine se rejoignit
se trouvaient les incendies,
qui vifs s’enflammèrent
et sans égard me soulevèrent
en une vague.

Dans le désert aucun puits
jamais encore ne me fit
courber de soif
comme le tendon de tes blanches épaules.
Ton habit ajusté
ma main a toléré
plus qu’en hôte.

Tu étais mien.
Dans aucun mot, dans ton silence uniquement
je lisais ton bonheur.
Puis tu repris pourtant
le chemin du matin gris.

Combien de fois encore immobile, le regard fixe
et rêvant, je t’exige et t’attends et t’espère
et me tourmente en pensant de nouveau à toi.
Mais comme les présents trop rares
que l’on perd, aucun jour ne te ramène.
Combien de fois aussi je t’appelle
dans les plaintes et les prières.

Ton ombre est également une lumière
qui s’étend infiniment
Un son venu des profondeurs de la mer
Sur la corde de silence un chant.

Elle est la douleur à vif, étrangère
Et angoisse dans les rêves
Elle pousse un cri en se déchaînant
Dans un lâcher d’écume bouillonnant.

Dans la plus belle des nuits étoilées
La fraîcheur tout autour s’épanouit
Et sur le monde transfiguré
Une incandescence élevée jaillit.

***

Notturno

In jener Stunde
warst du vor meinem Munde
wie ein Komet.
Ich fasste deine Hände
wie zum Gebet.
Wo unser Hauch sich traf
standen die Brände,
die hell entfacht
mich ohne Bedacht
hoben zur Welle.

Wie deiner weissen Schultern Band
so hiess noch keine Quelle
in einem Wüstenland
mich dürstend neigen.
Dein schmiegendes Gewand
duldete meine Hand
mehr, denn als Gast.

Du warst mein Eigen.
In keinem Wort, nur deinem Schweigen
las ich dein Glück.
Dann gingst du doch zurück
den morgengrauen Weg.

Wieviele Male steh ich noch und starre
und träum, verlange dein und barre
und schmerze mich in neuem Dein-Gedenken.
Doch gleich den seltenen Geschenken,
Die man verliert, bringt dich kein Tag.
Wieviele Male ich auch klag
und betend nach dir rufe.

Dein Schatten ist ein Licht zugleich
Von ungemessner Weite
Ein Klang aus einem tiefen Meer
Ein Sang auf stiller Saite.

Und ist der wunde fremde Schmerz
Und Bangigkeit in Träumen
Und jauchzt entfesselt einen Ruf
In freiem Überschäumen.

Und in der schönsten Sternennacht
Ist Kühle rings im Blühen
Und über der verklärten Welt
Entspringt ein hohes Glühen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES (Avrom Reisen)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Samuel Hirszenberg
    
DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES

Nous sommes ceux qu’on dispersa
Dans les terres les plus lointaines.
Chacun de nous est un anneau
De la nouvelle chaîne.

Non seulement à Babylone
Mais au bord des fleuves, partout
Nous sommes venus nous asseoir,
Cherchant un toit qui soit à nous.

C’est ainsi qu’est devenu cher
À notre coeur le monde entier,
Sur les rives les plus lointaines
Se trouve pour nous un foyer.

Et maintenant nous chérissons
La Vistule autant que le Rhin,
Le large Dniepr à notre coeur
Murmure aussi douce complainte

Le libre Hudson nous fait un signe
Fraternel du fond de ses flots,
Il est permis, sur son rivage,
De connaître enfin le repos !

Quelque chanson que l’on écoute
Nous connaissons sa mélodie,
Quel que soit le fleuve qui coule
Il nous apporte nostalgie,

Quel que soit le drapeau qui flotte,
Nous est familier son appel,
Quel que soit le bateau qui vogue
C’est vers un pays fraternel.

(Avrom Reisen)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La joie se trouve partout sous le ciel (Su Zhe)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



Illustration: Noèla Morisot
    
La joie se trouve
partout sous le ciel;
Cherche celle
qui répond à ton coeur.

(Su Zhe)

 

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NUIT (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2019




NUIT

La nuit t’habille dans mes bras
Pâles rumeurs et bruits de soie
Conquérante immobile
Reine du sang des villes
Je la supposais, la voilà
Tout n’est plus qu’ombre, rien ne ment
Le temps demeure et meurt pourtant
Tombent les apparences
Les amants se perdent en s’aimant
Solitaire à un souffle de toi
Si près tu m’échappes déjà
Mon intime étrangère
Se trouver c’est se défaire
A qui dit-on ces choses-là ?
As down lights up another day
Visions I once had fade away
All of those words unspoken
My widest dreams off broken
It wasn’t supposed to be that way
Should I leave why should
I stay Solitaire un souffle de toi
Leavin’behing me yesterday
Tout près tu m’echappes déjà
Am I free or forsaken
Mon intime étrangère
Cheated or awakened
Se trouver, se défaire
Does it matter anyway?

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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IL NAÎT PEUT-ÊTRE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Illustration
    
IL NAÎT PEUT-ÊTRE

C’est la brume qui nous efface

II naît peut-être un fleuve ici en haut

J’écoute le chant des sirènes
du lac où se trouvait la ville

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nos blessures intimes (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




    
Nos blessures intimes demandent à s’asseoir près de
Nous sur le banc, avec une sorte de tristesse avide
Un besoin mélancolique de partager le chagrin du
Temps Que pouvons-nous pour elles? Que faut-il
Leur dire? Comment ne pas être touché par leur
Silence? Sont-elles à la recherche de l’absolu, là
Où il se trouve? Bercé par le corps qui souffre, lui,
D’avoir à leur parler comme on le fait avec des
Enfants fiévreux Dans un monde combien las!

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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Là où c’est toujours vide (Alirezâ Rôshan)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



 

Erik Johansson  14

là où c’est toujours vide
c’est là
que tu te trouves

(Alirezâ Rôshan)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Erik Johansson

 

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TOUT chemin est une déviation (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: Ndary Lo
    
TOUT chemin est une déviation.
Qu’importe alors le chemin que l’on suit.
L’idée d’arriver est un virus de la pensée,
l’idée de ne pas arriver
s’harmonise en revanche avec la trame de la terre.

Peut-être serait-il opportun de temps à autre
de faire se retourner les chemins
ou ceux qui cheminent,
simplement pour décompenser les imminences.

Au fond cela revient au même :
le chemin,
plus que le chemin,
c’est un lieu,
Un lieu pour se trouver là,
comme en tout lieu,
un moment seulement.

D’autre part,
tout lieu est aussi un chemin,
bien que nous rêvions de nous arrêter là.

***

TODO camino es una desviación.
No importa entonces qué camino se siga.
La idea de llegar es una contaminación del pensamiento,
la idea de no llegar
hace juego en cambio con la trama de la tierra.

Tal vez fuera oportuno cada tanto
dar vuelta los caminos
o dar vuelta a quienes van por los caminos,
sólo para descompensar las inminencias.

Pero en el fondo es lo mismo :
el camino,
mas que camino,
es un lugar,
un lugar para estar en él,
como en todo lugar,
nada más que un momento.

Por otra parte,
todo lugar es también un camino,
aunque soñemos detenernos allí .

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Remonter le fleuve des origines (Azadée Nichapour)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Remonter le fleuve
des origines
Le Je en vaut-il le péril

Est-il dit
que pour se trouver
il soit utile de se perdre

sinon dans l’exil de l’écriture

(Azadée Nichapour)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Fan Ho

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