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Posts Tagged ‘s’ébattre’

Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

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Ses yeux dépassent en éclat (Robert Burns)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Illustration: Rolf Armstrong
    
Ses yeux dépassent en éclat les lueurs rayonnantes

Qui dorent l’ondée passagère ,
Qui étincellent sur les ruisseaux de cristal,

Et réjouissent chaque fleur rafraîchie.

Ses lèvres sont plus brillantes que les cerises,

Elles ont reçu une teinte plus riche;
Elles charment notre vue émerveillée

Et donnent la tentation d’y poser les nôtres :
Son sourire est comme le soir paisible

Quand les couples ailés font l’amour,
Et que les petits agneaux, folâtres et sauvages,

S’ébattent en bandes joueuses.

(Robert Burns)

 

 

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Les mains de la source (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018



Les mains de la source
Dénudent le sable
Et l’écume se détache de la cascade

Le sol respire
La terre s’estompe au tournant des orages
Quand l’aurore habille les épis

Dans cet horizon de silence
Se mêlent l’herbe et la forêt
Et les feuilles s’ébattent
Dans une profusion de sève

(Jean-Baptiste Besnard)

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La tristesse dans le parc (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




    
La tristesse dans le parc

Entrons dans l’herbe florissante
Où le soleil fait des chemins
Que caressent, comme des mains,
Les ombres des feuilles dansantes.

Respirons les molles odeurs
Qui se soulèvent des calices,
Et goûtons les tristes délices
De la langueur et de l’ardeur.

Que nos deux âmes balancées
Se donnent leurs parfums secrets,
Et que le douloureux attrait
Joigne les corps et les pensées…

L’été, dans les feuillages frais,
S’ébat, se délasse et s’enivre.
Mais l’homme que rien ne délivre
Pleure de rêve insatisfait.

Le bonheur, la douceur, la joie,
Tiennent entre les bras mêlés ;
Pourtant les coeurs sont isolés
Et las comme un rameau qui ploie.

Pourquoi est-on si triste encor
Quand le destin est favorable,
Et pourquoi cette inéluctable
Inclination vers la mort ?…

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Le cœur innombrable
Traduction:
Editions:

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AGONIE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Jacqueline Fabbri
    
AGONIE

Au chevet du sommeil c’est la porte du mort
Par où l’âme s’en va sans bruit.
Une agonie d’aigles de feu
S’ébat sur la blancheur des draps.
Il faudrait un peu d’eau fraîche;
Il faudrait qu’une main
Caresse ce visage
Déjà mordu, la peur au coeur et l’angoisse à la gorge.
Il faudrait qu’un soleil le prenne dans ses yeux,
Il faudrait qu’une mer l’arrose de ses cruches,
Il faudrait qu’un buisson de nos prairies mortelles
Le cache à son regard anxieux.

Songe aux fumées perdues dans la douceur des soirs,
Blé du ciel immobile et fauché par les cloches;
Songe aux bruits de la vie, songe à l’amour, ô coeur,
Ô coeur qui ne veut pas se rompre, ô coeur de proie.

Mais te voilà déjà tout blanc, comme un baigneur
Pris dans les harpes d’eau, la lumière éternelle.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je brouillerais les cartes (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



Illustration: Marie Augereau
    
Je brouillerais les cartes de l’alphabet.
Plus rien ne serait « à sa place ».
Dans un bain de boue,
on verrait s’ébattre les mots.
Cure de jouvence pour leur peau.

Je caresse ta joue,
tes yeux de cèdre bleu,
ce cil original qui dépasse les autres.

Tout deviendrait tactile.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

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Buvant seul sous la lune (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



Illustration: Hiramatsu Reiji
    
Buvant seul sous la lune

Parmi les fleurs un pichet de vin
Seul à boire sans un compagnon
Levant ma coupe, je salue la lune :
Avec mon ombre, nous sommes trois
La lune pourtant ne sait point boire
C’est en vain que l’ombre me suit
Honorons cependant ombre et lune :
La joie ne dure qu’un printemps!
Je chante et la lune musarde
Je danse et mon ombre s’ébat
Éveillés, nous jouissons l’un de l’autre
Et ivres, chacun va son chemin…
Retrouvailles sur la Voie lactée :
A jamais, randonnée sans attaches !

(Li Bo)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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UNE PETITE FILLE PERDUE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




UNE PETITE FILLE PERDUE

Enfants de l’âge futur,
Lisant ces vers indignés,
Apprenez que, fut un temps,
Amour, le doux amour, fut tenu pour un crime.

Dans le temps de l’Âge d’Or,
Du froid de l’hiver exempts,
Gars et filles, rayonnant
Á la lumière sacrée,
S’ébattent nus aux rayons du soleil.

Un jour un couple de jeunes,
Empli du plus doux souci,
Se rencontre au beau jardin
Où la lumière sacrée
Venait d’ouvrir les rideaux de la nuit.

Là, dans le jour qui se lève,
Ils jouent tous les deux dans l’herbe ;
Les parents étaient au loin,
Aucun étranger ne vint,
Et la vierge eut tôt fait d’oublier ses frayeurs.

Puis, repus de doux baisers,
Ils se donnent rendez-vous
A l’heure où, au ciel profond,
Le sommeil sans bruit déferle,
Où pleure le voyageur épuisé.

Et la fille, radieuse,
Vint à son père tout blanc,
Mais l’amour lu dans ses yeux
Fit, comme le Livre Saint,
Trembler d’effroi ses membres délicats.

« Ona, faible et pâle,
A ton père parle.
Quelle peur tremblante,
Quel affreux souci
Secouent les fleurs de ma tête blanchie. »

***

A LITTLE GIRL LOST

Children of the future age,
Reading this indignant page,
Know that in a former time
Love, sweet love, was thought a crime.

In the Age of Gold,
Free from winter’s cold,
Youth and maiden bright
To the holy light,
Naked in the sunny beams delight.

Once a youthful pair,
Filled with softest care,
Met in garden bright,
Where the holy light
Had just removed the curtains of the night.

There in rising day
On the grass they play;
Parents were afar,
Strangers came not near,
And the maiden soon forgot her fear.

Tired with kisses sweet,
They agree to meet
When the silent sleep
Waves o’er heaven’s deep,
And the weary tired wanderers weep.

To her father white
Came the maiden bright,
But his loving look,
Like the Holy Book,
All her tender limbs with terror shook.

`Ona, pale and weak,
To thy father speak.
Oh, the trembling fear,
Oh, the dismal care,
That shakes the blossoms of my hoary hair.’

(William Blake)

Illustration: Raphaëlle Zecchiero

 

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L’inquiet désir (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



Voici l’été encor, la chaleur, la clarté,
La renaissance simple et paisible des plantes,
Les matins vifs, les tièdes nuits, les journées lentes,
La joie et le tourment dans l’âme rapportés.

– Voici le temps de rêve et de douce folie
Où le coeur, que l’odeur du jour vient enivrer,
Se livre au tendre ennui de toujours espérer
L’éclosion soudaine et bonne de la vie,

Le coeur monte et s’ébat dans l’air mol et fleuri.
– Mon coeur, qu’attendez-vous de la chaude journée,
Est-ce le clair réveil de l’enfance étonnée
Qui regarde, s’élance, ouvre les mains et rit?

Est-ce l’essor naïf et bondissant des rêves
Qui se blessaient aux chocs de leur emportement,
Est-ce le goût du temps passé, du temps clément,
Où l’âme sans effort sentait monter sa sève?

– Ah! mon coeur, vous n’aurez plus jamais d’autre bien
Que d’espérer l’Amour et les jeux qui l’escortent,
Et vous savez pourtant le mal que vous apporte
Ce dieu tout irrité des combats dont il vient…

(Anna de Noailles)

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Quand au temple nous serons (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Quand au temple nous serons
Agenouillés, nous ferons
Les dévots selon la guise
De ceux qui pour louer Dieu
Humbles se courbent au lieu
Le plus secret de l’église.

Mais quand au lit nous serons
Entrelacés, nous ferons
Les lascifs selon les guises
Des amants qui librement
Pratiquent folâtrement
Dans les draps cent mignardises.

Pourquoi donque, quand je veux
Ou mordre tes beaux cheveux,
Ou baiser ta bouche aimée,
Ou toucher à ton beau sein,
Contrefais-tu la nonnain
Dedans un cloître enfermée ?

Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux,
Ta joue et ta bouche belle ?
En veux-tu baiser Pluton
Là-bas, après que Charon
T’aura mise en sa nacelle ?

Après ton dernier trépas,
Grêle, tu n’auras là-bas
Qu’une bouchette blêmie ;
Et quand mort, je te verrais
Aux Ombres je n’avouerais
Que jadis tu fus m’amie.

Ton test n’aura plus de peau,
Ni ton visage si beau
N’aura veines ni artères :
Tu n’auras plus que les dents
Telles qu’on les voit dedans
Les têtes des cimeteres.

Donque, tandis que tu vis,
Change, maîtresse, d’avis,
Et ne m’épargne ta bouche :
Incontinent tu mourras,
Lors tu te repentiras
De m’avoir été farouche.

Ah, je meurs ! Ah, baise-moi !
Ah, maîtresse, approche-toi !
Tu fuis comme faon qui tremble.
Au moins souffre que ma main
S’ébatte un peu dans ton sein,
Ou plus bas, si bon te semble.

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Raphaëlle Zecchiero

 

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