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Posts Tagged ‘sébile’

Saluez bas ce drapeau (Marc-Adolphe Guégan)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



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Le sabre

Une oeuvre d’art, la poignée
De ce sabre fier.
Comme on embellit le crime!

***

Le quart

Quart en forme de sébile.
Piètre insigne
Des mendiants de la gloire.

***

Progrès

On tue à distance.
Plus de mains sanglantes.
La guerre est très propre.

***

Reportage

Le moribond criait: Maman!
De l’arrière, le journaliste
A entendu: Vive la France!

***

Testament

De sa poitrine déchirée
Sortit, en guise d’âme,
Un portrait de fillette blonde.

***

Cimetière

Petite croix. Epitaphe.
Ci-gît le soldat Gribouille.
Il mourut pour vivre libre.

***

L’emblème

Saluez bas ce drapeau.
On en fit l’emplette
L’autre jour dans mon bazar.

(Marc-Adolphe Guégan)

 

 

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LE DESHERITE (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



LE DESHERITE

On voit à peine son visage
Les malheureux n’ont l’air de rien
Son père dit qu’il n’a plus d’âge
Sa mère dit je l’aimais bien

Des jours brisés qu’il se rappelle
Il n’est pas sûr qu’il ait souffert
Tant sa douleur est naturelle
Son sourire est mort l’autre hiver

ll pleut des jours le jour en pleure
L’avril périt de ses parfums
Et comme lui les regrets meurent
Sait-on d’un mort s’il fut quelqu’un

lls iront le voir à l’asile
ll a des frères il a des soeurs
Jouer aux sous dans sa sébile
Nul ne peut rien à son malheur

S’il a vécu comme personne
Souvenez-vous par charité
Qu’un monstre attend qu’on lui pardonne
L’affreux bonheur d’avoir été

(Joë Bousquet)

Illustration

 

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Je n’aime plus (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018


 


Ana Cruz z20

 

Je n’aime plus

Je n’aime plus
les femmes qui passent
leurs blessures s’entrelacent
sur une barre de fer.

Je n’aime plus le soir et ses promesses
ses matins qui me laissent
humain.

Je n’aime plus la forme de mon ombre
la force du nombre
et ce rêve
ricain.

Je ne m’aime plus immobile
sur l’eau calme
leurs sébiles
m’empêchent
de flotter.

Je n’aime plus faire mes courses
les poubelles s’agressent
au sortir de la caisse
d’anciens cadres
s’échinent.

(Balbino)

Illustration: Ana Cruz

 

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La lune (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



la lune
comme un hublot
comme un oeil de bateau
comme une perle dans les flots

la lune
comme un bol de lait
comme une bulle d’or
comme une balle de cristal

la lune
comme une croissant d’ivoire
comme une galette de givre
comme un fromage blanc

la lune
comme une tailladin de citron
comme un quartier d’orange
comme une barque de melon

la lune
comme un plateau de nacre
comme un cerceau de papier de riz
comme un lampion chinois

la lune
comme un zéro plein
comme un masque lisse
comme un miroir hanté d’un lis

la lune
comme une peau de banjo
comme une cymbale silencieuse
comme un tambour de brodeuse

la lune
comme une épouse seule
comme un bouclier d’archange
comme une arme blanche
une alfange

la lune
comme une soie découpée
comme un sabot enneigé
comme les cornes d’un boeuf dans les nuages

la lune
comme une pièce d’eau glacée
comme un feu de phare fantôme
comme une médaille dans un encens de brume

la lune
comme une céramique séraphique
comme une cible pacifique
comme une hostie dans le ciel

la lune
comme un cadran d’horloge effacé par le temps
comme une obole dans la sébile de la nuit
comme un soleil en sommeil

la lune.

(Henri Pichette)

Illustration

 

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En guerre (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



En guerre

Ville frappée de cécité
dans la jungle des rues
l’horreur tisse un filet

Des enfants
la peur dans des yeux sans étoiles
des amputés poussent comme des champignons
dans le lichen sanguinaire du ghetto
À la croisée des fenêtres pendent des squelettes
Des calots de soldat couvrent des têtes de morts

Le cauchemar erre mendiant
de porte en porte
Nous posons nos cœurs
dans sa sébile

***

Im Krieg

Erblindete Stadt
im Dickicht der Straßen
spinnt das Grauen ein Netz

Kinder
ihre Angst in sternlosen Augen
Krüppel wachsen wie Pilze
im Blutmoos des Gettos
Auf Fensterkreuzen hängen Gerippe
Soldatenkappen bedecken Totenköpfe

Der Alpdruck wandert als Bettler
von Tür zu Tür
Wir legen unsre Herzen
in seine Schale

(Rose Ausländer)

 

 

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CHEMIN D’HÉRACLITE (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015




CHEMIN D’HÉRACLITE

Midi voit des millions d’étoiles que le soleil m’empêche de voir
Minuit souffle son grain de feu sur ma route Atlantique
Et je m’en vais, chanteur des rues, portant l’enfant soleil
dans mon oreille de sourd et des brassées d’étoiles
dans ma sébile d’aveugle
Feu qui danse entre les abîmes
Vacillante ambiguïté sur un chemin de météores.

(Henry Bauchau)

Illustration

 

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