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Poésie

Posts Tagged ‘s’échapper’

Marées (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Marées

Le monde succombe
Aux mains des égorgeurs
En carcan de haine
Qui déciment les corps innocents

Puis s’échappant comme l’eau
De toute emprise
La liberté jaillit
Hors du joug des violences
Et des harnais du temps

Mais qui ramènera
Des contrées
De l’ombre et des glaives
Ces vies interrompues
Aux lisières de nos vies ?

(Andrée Chedid)

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La femme qui tremble (Siri Hustvedt)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019



Alice Pike Barney 29764

La femme qui tremble

[…]
Le moi est plus vaste que le narrateur qui dit Je.
Autour et en dessous de l’île de ce narrateur conscient de lui-même,
s’étend un vaste océan d’inconscient
— fait de ce que nous ne savons pas ou que nous avons oublié.
Une vérité étonnante faite de brume et de brouillard
et du fantôme non reconnaissable de la mémoire et du rêve —
une vérité qui ne peut être tenue dans mes mains,
car elle est toujours en train de s’envoler et de s’échapper,
et je ne peux pas dire si c’est quelque chose ou rien.
Je la poursuis avec des mots.
Même si elle ne peut être capturée.
Et parfois, de temps en temps,
j’imagine que je m’en suis approchée.
[…]

(Siri Hustvedt)

Illustration: Alice Pike Barney

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Un genou sur le sol (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019




    
Un genou sur le sol
frôler l’herbe nouvelle

Au rayon de soleil
se relever sans bruit

Écouter ce silence
s’échappant des forêts.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Ce qui manque à la parole (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Karen LaMonte

    
Ce qui manque à la parole

Oublier, c’est aimer :
je t’oublie pour te retrouver
tu t’éloignes pour que revienne
le mystère de ta présence
je te parle et tu me parles
pour que s’échappe de nous
ce qui manque à la parole.

Oublier ? Le corps n’oublie pas
ses blessures, ses éveils, ses désirs
mais veut-il se souvenir
de leur secrète source ?
Oublier, c’est aimer :
c’est se fondre
au diapason des jours
à la mélodie des espaces

c’est accepter de ne plus savoir
pour connaître

et de ne plus connaître
pour exister.

Oublier, c’est aimer.

(Alain Suied)

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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À la secrète présence (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole
    
À la secrète présence

À chaque instant
nous construisons
une forme virtuelle.
À chaque instant
le corps murmure :
« elle n’existe pas. »
À chaque instant
s’ouvre et se ferme
la porte du rêve.
À chaque instant
l’être s’échappe
de nos silences.
À chaque instant
la parole nous éveille
à la secrète Présence.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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UN double fond du rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: Dyane Suib
    
UN double fond du rêve
me rappelle que je rêve.

Le rêve possède
en son fond un repli
où il conserve avec une étrange précaution
une bobine encapsulée
avec le fil qui l’unit à la veille.

A défaut de ce dense repli
le rêve s’échapperait de la vie,
nous laisserait choir ailleurs
ou peut-être finirait par nous effacer.

N’en serait-il pas de même de la mort ?
La mort n’aurait-elle pas aussi un double fond ?
Toutes choses n’en auraient-elles pas ?
La vie ne serait-elle pas un double fond
qui nous rappelle aussi quelque chose
que nous ne pouvons préciser ?

***

UN doble fondo del sueño
me recuerda que sueño.

El sueno tiene
un repliegue en el fondo
donde conserva con precaución extraña
un carretel encapsulado
con el hilo que lo une a la vigilia.

Sin ese denso pliegue
el sueño se saldría de la vida,
nos dejaría caer en otra parte
o tal vez acabara borrándonos .

¿No ocurrirá lo mismo con la muerte?
¿No tendra también la muerte un doble fondo?
No lo tendrán todas las cosas?
No será la vida un doble fondo
que nos recuerda también algo
que no podemos precisar?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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La nuit étoilée (Edith Södergran)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
La nuit étoilée

Inutile souffrance,
inutile attente,
le monde est vide comme ton rire.
Les étoiles tombent –
nuit magnifique et froide.
L’amour sourit dans ton sommeil,
l’amour rêve d’éternité…
Inutile peur, inutile douleur,
le monde est moins que rien
et de son doigt s’échappe
la bague de l’éternité.

(Edith Södergran)

 

Recueil: Le pays qui n’est pas, et Poèmes
Traduction: Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
Editions: De la Différence

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BERCEUSE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

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BERCEUSE

Mer, parle-moi des galets que tu roules…
N’es-tu jamais lasse ?
Des rochers dont tu fais du sable,
De tes rides, de tes bulles, de tes écumes, de ton odeur ;
Des pins que ta rosée fait jaillir de tes îles
Et que tes vents tourmentent ;
De tes aubes de lait;
Des poissons, des coquilles, des algues, des méduses
Qui naissent, se fécondent, se balancent en toi
Et de tous ceux qui meurent
N’es-tu jamais lasse ?

Parle-moi de la voûte du ciel qui t’attire,
Des étoiles qui voudraient se mirer dans tes eaux
Et dont tes vagues brisent, sans cesse, les images.
Du soleil qui te fuit à l’aurore, qui t’aspire, t’entraîne,
Que, le soir, tu voudrais retenir dans ta couche,
Qui t’échappe toujours

Parle-moi des galets.
N’es-tu jamais lasse

(André Spire)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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En ce temps-là (Max-Henri de Larminat)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



En ce temps-là, les nuages formulaient à chaque instant de nouveaux animaux,
et je lisais dans le ciel l’histoire de la création

Couché dans l’herbe,
il m’arrivait pourtant de m’endormir inconsidérément.
Quelques maillons de l’évolution des espèces
m’échappaient pour toujours.

(Max-Henri de Larminat)


Illustration

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Une nuit je pris entre mes mains ton visage (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Une nuit je pris entre mes mains
ton visage. La lune l’éclairait.
Ô la plus insaisissable des choses
sous un excès de pleurs.

C’était presque un objet docile, simplement là,
calme comme une chose, à le tenir.
Et cependant il n’était pas, dans la froide
nuit, d’être qui m’échappât plus infiniment.

***

Einmal nahm ich zwischen meine Hände
dein Gesicht. Der Mond fiel darauf ein.
Unbegreiflichster der Gegenstände
unter überfließendem Gewein.

Wie ein williges, das still besteht,
beinah war es wie ein Ding zu halten.
Und doch war kein Wesen in der kalten
Nacht, das mir unendlicher entgeht.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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