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Poésie

Posts Tagged ‘sécher’

MIROIR (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Christiane Rabasse
    
MIROIR

L’évidence du blanc est aussi obscène
que l’été littoral de l’adolescence.
La chaux coagulée dans les bassins attire
les mouches que le soir n’effraie pas.
Avec un manche à balai, je les repousse
vers le fond, encore vivantes, et je les vois
disparaître dans la matière immaculée. Parfois,
lors de ces fins de journée, le vent se lève,
agite les branches des amandiers où
les fruits commencent à sécher; ici et là, les
feuilles voltigent. L’eau de la chaux acquiert
une transparence inattendue, et
un visage surgit dans son miroir : toi,
que le temps a emportée il y a longtemps, tu me regardes,
de nouveau, comme si tu n’avais jamais
cessé de le faire.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Je la désire dans cette ombreuse lumière (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2021




    
Je la désire dans cette ombreuse lumière
qui tombe avec midi sur la dormante treille,
quand la poule a pondu son oeuf dans la poussière
Par-dessus les liens où la lessive sèche,
je la verrai surgir, et sa figure claire.
Elle dira : je sens des pavots dans mes yeux.
Et sa chambre sera prête pour son sommeil,
et elle y entrera comme fait une abeille
dans la cellule nue que blanchit la chaleur.

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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DIMANCHE DE POISSONS (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020



    

DIMANCHE DE POISSONS

Et puis un jour vient encore, un autre jour,
allonger la corde des jours perdus
à reculer sans cesse devant la montagne
des livres, des lettres ; un jour

propre et net, ouvert comme un lit, un quai
à l’heure des adieux — et le mouchoir qu’on tire
est le même qu’hier, où les larmes ont séché
— un lit de pierres, et c’est là où nous sommes,

occupés à nous taire longuement,
à contempler par cœur la mer au plafond
comme les poissons rouges du bocal,
avec une fois de plus, une fois encore

tout un dimanche autour du cou.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ne cherchez pas (Gihan Omar)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



Illustration: Ron Mueck
    
Ne cherchez pas…

Ne cherchez pas ici un poème
Seulement
J’appuie mon dos
Sur l’arbre de ta mort
Je me repose dans son ombre…

Car il ne s’arrose pas avec les larmes
Il se fane
Il sèche
À chaque fois que la table grandit là-bas

Là-bas
Où la terre te mange
Avec ennui
Et grignote le temps
Comme un apéritif

(Gihan Omar)

Tu marcheras derrière le miroir, recueil inédit,
traduit de l’arabe par Tarek Khalifa et Catherine Serre.

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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De l’étang aux lotus (Ippatsu)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2020




    
De l’étang aux lotus
les contours se devinent
aux feuilles séchées

(Ippatsu)

Recueil: Friches
Traduction: René Sieffert
Editions: Verdier poche

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LA SOURCE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2020




    
LA SOURCE

Je peux approcher de la source librement
Mes lèvres assoiffées pour boire de son eau.
Est-ce vraiment là tout ce dont j’ai pu rêver ?
La source alors pourrait se cacher, disparaître.
Non, que d’autres arrivent, que les autres viennent !
Je suis prêt à partir pour leur laisser la place.
Que nos sapins, nos sapins verts, majestueux,
Accueillent la jeunesse et ses désirs limpides !

J’ai bu, moi, de l’eau des mares mêlées au sang
De mes frères tués sous des grêles de balles.
Et si mes yeux ne se remplissent plus de larmes
Et si mes lèvres gardent de la boue séchée,
Ce n’est pas que je manque de la soif de vivre,
C’est que j’ai le désir de voir les jeunes boire
L’eau de la source intacte où n’est encor tombé
Que de la nuit, peut-être, une étoile intouchée.

(Mihai Beniuc)

 

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Ombres (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020


Guerriers gaulois et romains
marchent avec selon l’heure
devant ou derrière eux leurs ombres
et celles de leurs boucliers
aux mêmes lieux plus tard
arriveront des couples
porteurs de lourds bouquets.
Sur un terrain vague
où sèche du sang
frémit l’arbuste d’aujourd’hui.

(Jean Follain)

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Nuit de lune (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
Nuit de lune

Cette nuit, la lune sur Fu-zhou
Tu seras seule à la contempler
De loin, je pense à nos enfants
Trop jeunes pour se rappeler Longue paix
Chignon de nuage, au parfum de brume
Bras de jade à la pure clarté…
Quelle nuit, près du rideau, la lune
Séchera nos larmes enfin mêlées ?

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Au temps de l’alphabet (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Au temps de l’alphabet

des pieds des mains pour rire
mais les yeux pour pleurer

un bel oiseau se mire
des pieds des mains pour rire
la nuit vient de tomber

le pied boitera
la main sèchera
le monde mourra
mais moi moi moi …

laissons le monde dire
et les yeux se fermer

un bel oiseau pour rire
des pieds des mains pour rire
la nuit peut bien tomber

la nuit peut bien tomber

(Paul Nougé)

 

 

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LES CHATAIGNES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LES CHATAIGNES

Comme on pique aux vertes châtaignes
Des doigts d’enfant trop tendres,
A ton rire j’ai piqué mon coeur qui saigne :
Laisse-moi cuire la châtaigne en la cendre.

J’ai mordu l’écorce amère de la noix
Avant de savoir la saveur du fruit si doux :
Laisse-toi prendre d’amour, laisse-toi,
Laisse mûrir ton coeur avec la noisette d’août.

Les châtaignes que nous n’éplucherons pas de nos doigts
Et les noix qu’on ne mettra pas sécher au cellier,
Cet hiver, vois-tu, pourriront au bois,
Et comme elles flétries, tu serais vite oubliée…

(Tristan Klingsor)

 

 

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