Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sécheresse’

NOM CACHÉ (Victor Segalen)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



NOM CACHÉ

Le véritable Nom n’est pas celui qui dore les portiques,
illustre les actes; ni que le peuple mâche de dépit;

Le véritable Nom n’est point lu dans le Palais même, ni aux
jardins ni aux grottes, mais demeure caché par les eaux
sous la voûte de l’aqueduc où je m’abreuve.

Seulement dans la très grande sécheresse, quand l’hiver crépite
sans flux, quand les sources, basses à l’extrême, s’encoquillent dans leurs glaces,

Quand le vide est au coeur du souterrain et dans le souterrain
du coeur, — où le sang même ne roule plus, — sous la
voûte alors accessible se peut recueillir le Nom.

Mais fondent les eaux dures, déborde la vie, vienne le torrent
dévastateur plutôt que la Connaissance!

(Victor Segalen)

Illustration: William Blake

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LA SÉCHERESSE (Ewa Lipska)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018




Illustration

    
LA SÉCHERESSE

La sécheresse dans ma tête est si grande
que je dois prendre garde
de ne pas mettre le feu
à la mémoire.

(Ewa Lipska)

 

Recueil: Moi ailleurs l’écharde
Traduction: Isabelle Macor-Filarska et Irena Gudaniec-Barbier
Editions: Grèges

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Village (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Le Village

Telle une pleine potée de patates,
Lentement fume dans la sage
Et tiède soirée du village
Une foison d’ardoises écarlates.

Faisant alors un signe au paysage,
Espoir, une svelte fumée
S’attarde dans la cheminée,
Puis pour monter, dans le doute s’engage.

L’acacia, l’ombre va l’accueillir,
Et son menu sein ferme tremble.
Le petit arbre exhale ensemble
Air et papillon, un petit soupir.

Et cependant que me couvre, m’entoure
Le buisson de mélancolie,
Tombent les abois dans l’oubli
Sur de grands pays de velours.

Péniblement, les femmes, tortillées,
Déjà vont allumer la lampe.
Ame opprimée, la flamme rampe,
Tandis qu’au ciel elle veut s’élancer.

Et tout s’éteint. La lune maternelle
Baigne le pré dans son halo.
Là, une branche de sureau
Vers la clarté tend sa main fraternelle.

De l’éternel bonheur la source mouille
D’une simple tuile un haillon,
Et bouddahs d’émeraude sont
Dans la fraîche pelouse les grenouilles.

De sabre au clair, l’avoine de naguère
A courbé aujourd’hui son front,
Et murs en ruine seront
Bientôt sa gloire et sa force d’hier.

Là règne le silence. On y perçoit
Peut-être une voix cristalline.
Sans bien l’entendre on la devine.
Seul maintenant le silence en fait foi.

Ce qu’il comprend, l’esprit, quand il s’éclaire,
Emergeant seule de la nuit,
C’est cette parole d’ici,
De la charrue, de la bêche de fer.

Ces mots sont aussi ceux du paysan :
Au soleil, au sol, à la pluie.
Ces mots sont les miens aujourd’hui.
Le temps soigneux sera leur confident.

Ces mots sont là, comme pour un sourire
Au nourrisson; la flatterie
A un cheval: tout ce qu’ici
Contient le pur, le grave pour le dire.

Dans le sommeil le village est plongé.
Des rêves angoissés voltigent,
Qui frôlent de l’herbe la tige
Où l’ombre somnolente est engagée.

Dorment les fouets, les bottes, les couteaux,
Les cieux, les prés, les grands, les sages
Espaces entre les feuillages
Et les nervures fines des rameaux.

Le rude paysan, dans son sommeil,
Peu à peu devient sécheresse
Et tel un chagrin qui lui blesse
Le cœur, là-haut je suis assis, je veille.

(Attila Jozsef)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Durées (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2018



durées

de l’angoisse à long rythme
quand hommes et bêtes
restaient à l’affût
de la sécheresse ou des torrents bordés d’acacias
l’enfant de la ruelle
ne sait plus rien
tente seulement dans la seconde
de saisir le regard de qui voudra
acheter l’une de ses cigarettes

(Hédi Kaddour)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Éros (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



Illustration
    
du nominatif, éros,
au datif, sécheresse.

Érosion des roses,

« c’est la vie ».

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Les treuils, les cordes, les poulies (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Les treuils, les cordes, les poulies, — les volants et les
leviers — les manettes, les trappes, les glissières — la
poussière et les aboiements — toute la machinerie du
théâtre mental se met en marche, fonctionne à vide,
fonctionne pour le vide, pour le divertissement du
vide…
jusqu’à ce que le fleuve en crue sur lequel est flot
tant ce théâtre, s’engouffre entre les colonnes et les ors,
et apporte un dénouement à une vacance éternelle de
drame. Tout ce qui roule entre mes tempes, de séche
resse et de cailloux, à les faire éclater, comme à travers
un cirque de montagne qui amplifie son grondement, et
roule, et déferle contre vos genoux

(Jacques Dupin)

 

Recueil: Le corps clairvoyant
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Après les remparts dans le quartier de l’Océan (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Après les remparts
dans le quartier de l’Océan
vivait Khalti Samar

À son grand désespoir
son mari ce mécréant
ne buvait que du café noir

«Pourquoi boire du thé?
disait-il d’un air critique
Son goût est beaucoup trop sucré
et il amollit la logique

Prenez n’importe quelle démente
donnez-lui un thé à la menthe
et elle vous contera des histoires
que vous écouterez jusqu’au soir!

Qu’Allah me protège du merveilleux
qui s’insinue même dans les coeurs
des plus malingres et des plus vieux
pour leur faire croire au bonheur!

Faut-il que je cède au rêve
de mon épouse Samar la douce
et que pour son tajine aux fèves
le savoir je repousse ?

Faut-il que je rie ?
Faut-il que je pleure?
Faut-il que j’aille voir le cadi
pour lui parler sans candeur ?

Ah! Samar la grâce de tes yeux
est un tel baume une telle richesse
Tu ne sais pas ma sécheresse
quand tu allumes tes feux

Je suis chandelle entre tes mains
assoiffé de ta lumière
Je veux vivre entre tes seins
jusqu’à ma larme dernière»

Ainsi parlait le mari de Khalti Samar
quand elle lui versait du café noir

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un poète (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Un poète, quoi qu’il fasse, n’est jamais tout à fait perdu.
Même alors qu’il ne croit plus à rien,
il sait pourtant que la parole est sainte.
Au plus fort de sa sécheresse intérieure, un beau vers, un mot nécessaire,
lui suffisent pour que jaiîlisse de lui une inexplicable source d’amour.
Car cela ne se peut expliquer :
c’est une certitude singulière mais totale,
l’affleurement du mystère même de l’esprit.

(Pierre Emmanuel)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: L’Âge d’Homme

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Roger était tout heureux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
Roger était tout heureux d’être devenu
dans l’estime de sa jeune femme le mari-qui-cachait-dieu.

Je suis passé aujourd’hui au bord du champ de tournesols dont la vue l’inspirait.
La sécheresse courbait la tête des admirables, des insipides fleurs.

C’est à quelques pas de là que son sang a coulé,
au pied d’un vieux mûrier,
sourd de toute l’épaisseur de son écorce.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ondée de mots (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



Illustration: Fabio Rieti
    

Ondée de mots
Trouées dans le silence

Rien à redire

La sécheresse
Est au coin de la rue

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :