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Posts Tagged ‘s’éclairer’

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XIX) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Illustration: Carole Cousseau
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XIX)

Le soleil reste sur ta bouche
à la place où miroite encore un baiser.
Ton visage lui appartient mais il me le rend
pour des nuits plus longues que ma vie.

Ton corps pour lequel je m’éveille
s’éclaire plus vite que le jour
parce que le soleil surgit à toutes les places
où il y a des cailloux à pétrir.

Les forêts se dénudent pour lui
dans le secret de leurs clairières
mais c’est sur ta gorge
qu’il fait pousser ses plus beaux fruits.

La terre lui présente une à une
ses vallées les plus riches,
mais c’est sur ton ventre qu’il s’arrête,
simple bouquet de flammes.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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PROMONTOIRE (Bochô Yamamura)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



 

David Brayne (19)

PROMONTOIRE
MISAKI

Promontoire qui étincelle
Promontoire, au pied convergent les bancs de poissons
Promontoire, la route touche à sa fin
Le ciel s’éclaire
Au promontoire lever un doigt

(Bochô Yamamura)

Illustration: David Brayne

 

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L’heureuse demeure (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



L’heureuse demeure

La nuit était si douce autour de ma demeure
Et la porte s’ouvrit en la touchant à peine
Je montai l’escalier sans aucun effort
Je retrouvai tout rangé dans la chambre.

Qu’y avait-il qui rendait l’ombre si légère et si belle ?
La fenêtre était un cerf-volant au-dessus du jardin
se dessinant là où  la veille encore
Chancelaient sous la pluie des maisons en démolition.

Si j’approchais des murs, les murs s’éloignaient
Ce n’était plus la chambre étroite de mon jour,
Sur la table des livres aux belles enluminures
Dans l’armoire le linge sentant la blancheur.

Je marchais sans toucher le plancher. Et je m’aperçus
Qu’il suffisait de penser à une chose
Pour que celle-ci apparût. Ainsi je dis la mer
Et la mer se joignit au cerf-volant de ma fenêtre.

Je nommai les vacances, je nommai les montagnes,
Je nommai la joie, l’amour, la quiétude,
Je nommai la halte auprès du ruisseau
Et à genoux je bus l’eau fraîche dans mes paumes.

J’essayai de me rappeler : qu’avais-je donc fait ?
D’Assy le seuil avait commencé ce miracle
Qu’est-ce qui pesait si lourd autrefois sur mes épaules ?
Quelle était cette tristesse et quels étaient les pleurs ?

Il n’y avait que les rires, les mots affectueux
Qui sonnaient à mes oreilles en cette nuit
J’étais comme un pommier ténébreux la veille
Et qu’à l’aube on trouve ivre de ses fleurs.

Ah Tout cela se passait au delà de mon âge
J’étais revenu là où j’avais tant souffert
Sans savoir que la peine aurai pu être douce
Ici où mon profil s’éclaire dans la mort.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Edward Hopper

 

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La musique (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
La musique

Il y a en elle un miracle qui brûle.
Elle s’éclaire toute, indiciblement.
C’est elle-même qui me parle.
Elle n’a pas peur de me consoler.

Ses yeux sont largement ouverts.
Ses ailes sur ses épaules ont un éclat terrible.
Et c’est comme un premier orage,
Comme si toutes les fleurs se mettaient à parler.

(Anna Akhmatova)

 

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Regards regards (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Regards regards

Ouvrez les yeux
tournez autour
des yeux d’autrui
des feux de joie
d’amour ou de mélancolie
des jeux d’autrui
des feux de bois
des yeux des roses
des iris au bord des étangs
de rage ou de divination
des yeux des choses
du bois d’autrui
des feux d’iris
des yeux des murs
des jeux des rois
ouvrez les bois
tournez autour
des feux d’autrui
de leurs étangs
de rage ou de mélancolie
plongez au fond
des yeux des roses
iris d’autrui
feux des étangs
ouvrez les murs
autour des yeux
d’amour ou de divination
réchauffez-vous
éclairez-vous
enivrez-vous
aux rois des jeux
aux feux des choses

(Michel Butor)

 

 

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Autobiographie (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Autobiographie

Je suis passé par plusieurs institutions
J’ai claqué quelques portes

J’ai connu des vies et des amours
Dont il me reste quelques marques

Je suis allé au bout de la poésie
Jusqu’à l’espace ou s’éclaire –

A présent j’avance hors de toute image
Me suive qui ose le faire.

(Kenneth White)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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ENVOI (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018




    
ENVOI

Cе qui manque sans cesse aux mortels,
ce trou dans l’air entre les choses

où le regard s’échappe, s’assombrit ou
s’attriste, voici qu’il prend soudain

la mesure de notre soif en entendant
prononcer à voix basse le mot

jardin, et tout s’éclaire désormais
comme si la fontaine en nous muette

depuis tant d’années avait retrouvé
sa source et coulait ronde et paisible

sur nos joues.

(Guy Goffette)

 

Recueil: L’adieu aux lisières
Traduction:
Editions: Gallimard

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Au sol (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration: Philippe Zacharie
    
Au sol

Silencieuse et aimante
Et les arbres de la voûte légère t’éclairaient
Et les forêts brillaient dans un repli d’oiseaux
Veillaient le passage clair-obscur de ton nom

Je songe à toi comme un soleil des eaux
Émue du nuage dans ces oiseaux de l’ombre

Tu descends parmi les clairières odorantes
C’est aussi un chemin
Où grandissent les pas où la lumière est comble

Jusqu’aux terres permises tu descends maintenant
Je te maintiens malgré
Tes caresses de mort
Malgré tes mains subissant le supplice

Je te garde comme l’être loin qui s’est perdu
En mon sein je te garde, tu es nue et personne

Et je t’éclaire obscure comme un sol pénétrant.

Je t’appellerai d’un langage plus léger
Je te prendrai par la main de personne
Nous aurons la peau lavée, les yeux noyés
Tu cesseras de retenir tes mains contre les grilles
Nous grandirions sans retour

Je toucherai ta peau comme pour revivre
Tremblant du bruit de ton sourire
De ton prénom de neige à la mesure des yeux
De l’âpreté de tes mains

Orée grise d’oiseaux, nous grandirions
Près des fleurs qu’on sèche dans les vases
Près des vitres embaumées de la lumière
Un doigt déchire enfin la vitre

Le jour au nord est mûr
Sans un vent.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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REMEMBRANCES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
REMEMBRANCES

Nous avions perdu le monde,
Nous avions perdu le goût.
Des salamandres d’étoiles
Tournaient au-dessus de nous.

Crois-moi. Je ne rêve guère
Si je m’endors vers midi.
Voici le dur pain des guerres,
Son goût de pierre à fusil,

Tant de nuits avec deux larmes
Qui m’éclairaient jusqu’au jour.
J’aurais bien posé les armes
Pour la rose de l’amour;

J’ai couché dans maintes crèches
Entre l’âne et le boeuf roux,
Puis bu dans des vallées fraîches
Où la nuit creusait des trous.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le merisier sème sa neige (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Le merisier sème sa neige,
verdure de fleurs et de rosée.
Les freux penchés sur de jeunes pousses
se promènent dans le champ.

Ondoiement de l’herbe soyeuse,
effluves de pin résineux.
Aïe ! prairies et chênaies !
le printemps m’a tourné la tête.

Comme l’arc-en-ciel mon âme
s’éclaire de choses mystérieuses
et je songe à ma fiancée,
mon chant n’est que pour elle.

Sème donc, merisier, ta neige,
oiseaux des bois chantez, trillez.
Ma course houleuse à travers prés
sèmera de même la fleur écumeuse.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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