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Chant (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Chant

Où vas-tu, toi qui dans le vent aride cours
par une de ces rues sans saisons
derrière des murs lumineux de laquelle
un pas qui vient à retentir excite les chiens
et éveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps est vivant,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peut me secourir
dans ce passage aveugle du temps
vers le temps, dans cet âpre voyage
de celui que je suis à celui que je serai,
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
toi dont cela me donne le vertige de penser
que le temps, ce froid
parmi les astres et sur les tempes et autre chose encore, contient
la naissance, la maladie, la mort,
la présence de mon ciel et la perte.

***

Dove vai che nel vento arido corri
una di quelle vie senza stagioni
dietro i cui muri luminosi
un passo che rintroni aizza i cani
e sveglia l’eco ? Visti dalla casa
da cui ti guardo, dove il corpo vive,
movimento e quietudine si sfanno.

T’invoco per la notte
che viene e per il sonno ;
tu che soffri, tu sola puoi soccorrermi
in questo cieco transito dal tempo
al tempo, in questo aspro viaggio
da quel che sono a quello che saro
vivendo una vita nella vita,
dormendo un sonno nel sonno.
Tu, adorata, che soffri comme me,
di cui mi dà vertigine pensare
che il tempo, questo freddo
tra gli astri e sulle tempie e altro, contiene
la nascita, la malattia, la morte,
la presenza nel mio cielo e la perdita.

(Mario Luzi)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Cesar Santos

 

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Arrête un peu, mon Coeur, où vas-tu si courant ? (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



 

Ráed Al-Rawi Fall

Arrête un peu, mon Coeur, où vas-tu si courant ?
– Je vais trouver les yeux qui sain me peuvent rendre.
– Je te prie, attends-moi. – Je ne te puis attendre,
Je suis pressé du feu qui me va dévorant.

– Il faut bien, ô mon coeur ! que tu sois ignorant,
De ne pouvoir encor ta misère comprendre :
Ces yeux d’un seul regard te réduiront en cendre :
Ce sont tes ennemis, t’iront-ils secourant ?

– Envers ses ennemis, si doucement on n’use ;
Ces yeux ne sont point tels. – Ah ! c’est ce qui t’abuse :
Le fin berger surprend l’oiseau par des appâts.

– Tu t’abuses toi-même, ou tu brûles d’envie,
Car l’oiseau malheureux s’envole à son trépas,
Moi, je vole à des yeux qui me donnent la vie.

(Philippe Desportes)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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La Mer (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018




La Mer

La mer pousse une vaste plainte,
Se tord et se roule avec bruit,
Ainsi qu’une géante enceinte
Qui des grandes douleurs atteinte,
Ne pourrait pas donner son fruit ;

Et sa pleine rondeur se lève
Et s’abaisse avec désespoir.
Mais elle a des heures de trêve :
Alors sous l’azur elle rêve,
Calme et lisse comme un miroir.

Ses pieds caressent les empires,
Ses mains soutiennent les vaisseaux,
Elle rit aux moindres zéphires,
Et les cordages sont des lyres,
Et les hunes sont des berceaux.

Elle dit au marin : « Pardonne
Si mon tourment te fait mourir ;
Hélas ! Je sens que je suis bonne,
Mais je souffre et ne vois personne
D’assez fort pour me secourir ! »

Puis elle s’enfle encor, se creuse
Et gémit dans sa profondeur ;
Telle, en sa force douloureuse,
Une grande âme malheureuse
Qu’isole sa propre grandeur !

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Brigitte Perrault

 

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C’est ton corps que j’honore (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration: Alex Alemany
    
— C’est ton corps que j’honore,
ton corps que je chante,
ton corps que j’écris,
ton corps que je regarde,
ton corps que je touche,
ton corps que je caresse,
ton corps que je lèche,
ton corps que je lave,
ton corps que je farde,
ton corps que j’habille,
ton corps que je soigne,
ton corps que je nourris,
ton corps que je panse,
ton corps queje parfume,

C’est ton corps que j’embrasse,
ton corps que je protège,
ton corps que je défends,
ton corps que je secours,
ton corps que je sauve,
ton corps queje fleuris,
ton corps que je supplie,
ton corps que je prie,
ton corps que j’admire,
ton corps que je pleure,
ton corps que je veille,
ton corps que j’embaume,
ton corps que j’enterre,
ton corps que j’éternise ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Sur une berge verte (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
Sur une berge verte, une petite tombe :
C’était l’Annonciation. On entonnait un psaume.
Des prêtres souriants, en blanc, mettaient en terre
Une petite fille dans sa robe bleu ciel.

Et tous — secourus par la Volonté Suprême —
A l’ombre du Dieu Souverain rayonnaient,
Et l’encens doucement s’échappait vers le ciel :
Mais on eût dit qu’il montait depuis la terre verte.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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CHANT (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

CHANT

Où vas-tu toi qui dans le vent aride parcours
une de ces routes sans saisons
où derrière les murs lumineux
tout pas qui résonne excite les chiens
et réveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps vit,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peux me secourir
en ce passage aveugle du temps
au temps, en cet âpre voyage
de ce que je suis à ce que je serai
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
me prend un vertige à penser
que le temps, froid
parmi les astres, sur les tempes et tout autre, contient
ta naissance, ta maladie, ta mort,
ta présence dans mon ciel et ta perte.

***

CANTO

Dove vai che nel vento ando corn
una di quelle vie senza stagioni
dietro i cui mur luminosi
un passo che rintroni aizza i cani
e sveglia Peco ? Visti dalla casa
da cui ti guardo, dove il corpo vive,
movimento e quietudine si sfanno.

T’invoco per la noue
che viene e per il sonno ;
tu che soffri, tu sola puoi soccorrermi
in questo cieco transito dal tempo
al tempo, in questo aspro viaggio
da quel che sono a quello che sari)
vivendo una vita nella vita,
dormendo un sonno nel sonno.
Tu, adorata, che soffri come me,
di cui mi dà vertigine pensare
che il tempo, questo freddo
tra gli asti e supe temple e altro, contiene
la nascita, la malattia, la morte,
la presenza nel mio cielo e la perdita.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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LE CHEVAL ET L’ANE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE CHEVAL ET L’ANE

En ce monde il se faut l’un l’autre secourir.
Si ton voisin vient à mourir,
C’est sur toi que le fardeau tombe.

Un Ane accompagnait un Cheval peu courtois,
Celui-ci ne portant que son simple harnois,
Et le pauvre Baudet si chargé qu’il succombe.
Il pria le Cheval de l’aider quelque peu :
Autrement il mourrait devant qu’être à la ville.
« La prière, dit-il, n’en est pas incivile :
Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. »
Le Cheval refusa, fit une pétarade :
Tant qu’il vit sous le faix mourir son camarade,
Et reconnut qu’il avait tort.
Du Baudet, en cette aventure,
On lui fit porter la voiture,
Et la peau par-dessus encor.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Autrefois le Tao régnait (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



Autrefois le Tao régnait.
L’homme suivait
l’ordre de la nature.

Puis il advint une époque
où le Tao fut oublié et ce fut alors
l’ère de la justice des hommes.

Puis ce fut l’époque
de l’intelligence et de l’habileté.
et les ambitions
ne connurent plus de bornes.

La paix quitta les familles.
Mais c’est dans l’adversité
que se révèlent
les fils respectueux.

L’Etat sombra dans le désordre.
Mais c’est pendant l’anarchie
que surgissent
les serviteurs loyaux.

Ainsi le Tao
est toujours près de l’homme
pour le secourir.

(Lao Tseu)

 

 

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Quelque chose vient à tout instant (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



 

Quelque chose vient à tout instant
nous secourir.

(Christian Bobin)

 

 

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Je me souviens (Reinmar de Hagueneau)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016




Quand les choses vers la lumière s’avancent,
je n’ose demander si c’est le jour
Une si grande détresse en est cause
que rien ne me peut secourir.

Je me souviens d’un temps bien différent.
Le tourment ne pesait alors sur mon coeur.
Chaque matin me réconfortait le chant des oiseaux.
Mais si bientôt elle ne me vient en aide,
été comme hiver me dureront sans fin.

***

Sô ez iender nâhet gégen dem tage,
sô getár ich niht gefrâgen `ist ez tac’ ?
Daz kúmet mir vón sô grôzer klage,
daz éz mir niht ze helfe komen mac.

Dóch gedenke ich wol, daz ich sîn anders pflac
hie vór, dô mir diu sorge niht sô ze herzen lac.
Íemer an dem mórgen troeste ich mich der vogele sanc.
Mime kóme ir hélfe an der zît,
mir ist beidiu sumer unde winter alze lanc.

(Reinmar de Hagueneau)

Illustration: Christophe Renoux

 

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