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Posts Tagged ‘s’écraser’

L’irréparable (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

– J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Salvador Dali

 

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LUNE AILE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



LUNE AILE

A force d’y rêver, Thomas reçut une aile,
une aile lui poussa sous l’omoplate gauche.
Thomas, comme un oiseau, courut dans la gouttière,
aspira fortement l’espace bien à lui ;
se lança, l’ouvrant toute, cette aile de miracle.
Et s’écrasa par terre, faute d’en avoir deux.
Qu’importe, il eut une aile et ça, c’est quelque chose.

(Norge)


Illustration: Toni Blay

 

 

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Leucanthemum (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



 

Leucanthemum

Lorsqu’une caravane de fourmis passe sous les touffes des marguerites,
les architectes s’arrêtent et laissent aller devant eux les ouvriers.
Ils les laissent monter sur des échelles de poils jusqu’à la moulure du calice,
empoigner les pucerons gorgés et les charger comme des sacs de farine sur leur dos.
Parfois, un bourdon s’écrase sur la plate-forme de la fleur
et déverse entre les pétales une tonne de pollen :
les ouvriers reviennent tout jaunes et retrouvent au sol les architectes
qui contemplent encore ces colonnes charnues portant les chapiteaux où s’appuie la voûte des nuages.

(Luc Dietrich)

Illustration

 

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CIELS TRISTESSES DU MATIN (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
CIELS TRISTESSES DU MATIN
A Claude Arrieu,

Les dimanches matins
Les cloches cathédrales
Étonnent et labourent
La mer fraîche du ciel.

Altérées, de guingois,
Plus basses que l’aurore
S’effacent les étoiles,
Solitudes sans fond.

Et sur les villes grises
S’écrasent les fumées;
Les ennuis nous assiègent
Comme pluies de fourmis.

Tous les cris de la vie
Coulent dans les fontaines;
Les bocages de pierre
Ne cachent point d’oiseaux.

Mais l’agile lumière
Qui tremble sur les eaux,
A la pointe des aigles,
Rit à notre destin.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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La nuit me rêve (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Patricia Blondel
    
La nuit me rêve

La nuit me rêve. Une goutte d’or pur
sous le lilas s’écrase comme un pleur.
J’offre à l’obscur un éclair de ma vie,
le souvenir d’avoir été soleil.

Dans quel espoir as-tu trempé ta plume,
dans quel voyage as-tu trouvé le lieu
où l’univers se moulait dans ta cire ?

Le vent me parle. Au coeur de ces vallées,
ce sont les voix qui montent du passé.
Pour quel message ? Une ronde s’arrête
et chaque enfant c’est une heure figée.

Je tourne et tourne, aiguille solitaire
car m’arrêter serait fusiller l’heure
inscrite au front de ces enfants précaires.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Comme les larmes montent aux yeux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    

Comme les larmes montent aux yeux puis naissent
et se pressent, les mots font de même.
Nous devons seulement les empêcher
de s’écraser comme les larmes,
ou de refouler au plus profond.

Un lit en premier les accueille :
les mots rayonnent.
Un poème va bientôt se former,
il pourra, par les nuits étoilées,
courir le monde,
ou consoler les yeux rougis.

Mais pas renoncer.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Printemps (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Abel-Dominique Boyé
    
Printemps

Dieu récrit la nature encore une fois
aussi douce d’amour et rêveuse de mort
voici ma vie encore dans ce songe de sang
— que la campagne est pâle sous son odeur de vent.

Pourtant, c’en est fini du chemin tiède
des mains de mousseline et de l’air des colombes
ailes de lilas blanc des printemps d’autrefois
c’en est fini
les marronniers en sang ne se faneront pas.

Ne regarde plus derrière toi vers le sable chanteur
tu appris là le pas de soie des danses
c’en est fini des fêtes du silence
et la musique morte s’écrase dans le bruit.

C’en est fini du vent léger
qui laisse aux fleurs leur pollen
le vent de sang qui vient des plaines
plombe nos vies de son danger.

L’amour n’est plus sous l’or de mai
l’eau seule y tresse, si douce aux paumes
le piège où se prendront les fées.

Le tonnerre glisse des mains de Dieu
des astres filent de nos doigts
tiges de lumière en quête d’un fruit
d’un fruit de sang au creux des hommes
à longs tâtons à travers la nuit

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Pluie du soir (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




    
pluie du soir
un gros oreiller de plumes
sous le crâne
vent rageur dans les chênes

forêt lointaine qui s’approche
océan mugissant
la fenêtre ouverte

les grosses gouttes
d’une nouvelle averse
s’écrasent
sur les tuiles

(Alain Jean-André)

 

Recueil: Chemins profonds
Editions: Jacques Brémond

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (V) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (V)

L’espace est pris entre nos regards
et nous n’avons que quelques gestes à ébaucher
pour qu’il tombe à nos pieds sans faire plus de bruit
que la dernière goutte d’eau d’un orage sur la forêt.

Tu es plus nue sous mes mains
que la pluie sur les tuiles,
qu’un feuillage dans le matin,
que les dents ensoleillant la bouche.

Des insectes s’écrasent en plein vol sous notre peau,
mes doigts ne cherchent pas à se protéger de la lumière
qui s’élève du fond de tes yeux
pour faire se lever dans les miens un jour insoutenable.

Le reste de notre vie se fige autour de nous
en hautes statues qui ne peuvent entrer
dans le cercle de silence et de joie
qui nous serre aux reins.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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MARINE (Henri Belliot)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



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MARINE

Comme des loups à jeun qui viennent s’écraser
Contre la porte d’une étable,
Sur la digue les flots commencent à briser
Avec un bruit épouvantable.

Ils arrivent, cambrés et cabrés sous le vent,
Déchirés aux roches cornues.
La mer, à l’horizon, semble, en se soulevant,
Monter se perdre dans les nues.

On voit blanchir la houle aux sursauts réguliers
Le long de la côte orageuse,
Et ses moutons d’écume accourir par milliers,
Secouant leur toison neigeuse.

On entend comme un coup de canon, par moments,
L’écho mugit. C’est, à la base
D’un vieux cap éventré, plein d’aigres sifflements,
Un paquet de mer qui s’écrase.

Rencogné dans son trou, le goéland criard
Regarde tristement descendre
La nuit qui marche à pas légers sur le brouillard;
Et le jour, d’un morne gris-cendre,

Le jour, décoloré comme un oeil mort, s’enfuit
Pour ne pas voir, dans l’étendue,
Le dieu-requin nommé Naufrage, qui poursuit
Une pauvre barque éperdue.

(Henri Belliot)

 Illustration

 

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