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Poésie

Posts Tagged ‘secrètement’

La terre est un pacage des étoiles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
La terre est un pacage des étoiles
ou peut-être la zone d’opérations
d’un voleur invisible.
Quoi que nous fassions ou prenions,
c’est concurrence ou usurpation,
transgression d’un droit
qui nous surveille secrètement d’en haut,
violation d’un principe antérieur à nous.

Être est donc un vol.
Être, c’est être contre quelque chose,
contre une substance fuyante
qui occupe toujours les lieux où nous sommes
et filtre par le moindre interstice.
Être est quelque chose d’interdit
à quoi nous sommes néanmoins sinistrement obligés.
A moins qu’être ne consiste simplement
à aller dérober ailleurs,
là où le vol n’est pas un délit.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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LA PLUIE (Junzaburô Nishiwaki)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018


 


 

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LA PLUIE
AME

Dans le vent du Sud la tendre déesse est arrivée
Elle a mouillé le bronze mouillé la fontaine
Mouillé le ventre de l’hirondelle et le poil de l’or
Elle a pris la marée dans ses bras, léché le sable, gobé les poissons
Elle a secrètement mouillé les temples, les établissements de bain,
les salles de théâtre,
Harpe à cordes de platine
La langue de la déesse dévergondée secrètement
A mouillé ma langue

(Junzaburô Nishiwaki)

Illustration

 

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Sans se parler (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



 

Sans se parler, deux coeurs s’aiment secrètement.
Elle coud sous la lampe; sous la lune, il s’achemine.
Arrivé devant le perron, il sait qu’elle n’est pas encore couchée.
Dans la nuit profonde, on entend le bruit des ciseaux qui tombent…

(Anonyme)

 

 

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CONFESSION (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018




    
CONFESSION

Quelle chose est difficile à cacher ? Le feu !
Car le jour il se trahit par la fumée,
La nuit par la flamme, le monstre.
Difficile à cacher est aussi
L’amour : si secrètement qu’on le nourrisse,
Il jaillit pourtant aisément des yeux.
Mais ce qu’il y a de plus difficile à cacher c’est un poème,
On ne le met pas sous le boisseau.
Si le poète vient de le chanter,
Il en est tout pénétré ;
S’il l’a élégamment calligraphié,
Il veut que le monde entier l’aime.
Il le lit à chacun, joyeux et à voix haute,
Peu lui chaut qu’il tourmente ou édifie.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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Vivre, permanente surprise ! (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018




    
Vivre, permanente surprise !

Vivre, permanente surprise !
L’amour de soi, quoi que l’on dise !
L’effort d’être, toujours plus haut,
Le premier parmi les égaux.
La vanité pour le visage,
Pour la main, le sein, le genou,
Tout le tendre humain paysage !
L’orgueil que nous avons de nous,
Secrètement. L’honneur physique,
Cette intérieure musique
Par quoi nous nous guidons, et puis
Le sol creux, les cordes, le puits
où lourdement va disparaître
Le corps ivre d’éternité.

– Et l’injure de cesser d’être,
Pire que n’avoir pas été !

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: L’honneur de souffrir
Traduction:
Editions:

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L’attente (Jules Verne)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018



Illustration: Hugues Gillet
    
L’attente

Je suis dans la douce attente ;
Au nocturne rendez-vous,
Je guette ma belle amante ;

La lune amoureuse argenté
Le gazon flexible et doux ;
Je suis dans la douce attente ;

L’ombre tiède et frémissante
Se prépare à point pour nous ;
Je guette ma belle amante ;

De sa beauté ravissante
Déjà je me sens jaloux ;
Je suis dans la douce attente ;

Il lui faudra quitter tante,
Père, mère, sœur, époux !
Je guette ma belle amante ;

Bien couverte de sa mante,
Elle doit les tromper tous ;
Je suis dans la douce attente ;

Dans ce bosquet d’amarante,
Il ne faut pas de verrous !
Je guette ma belle amante ;

Elle arrive diligente !…
Je la contemple à genoux !
Dans une bien douce attente
J’ai guetté ma belle amante !

Ma douce amante, pourquoi,
Alors que je me réveille,
Ta bouche pure et vermeille
Que tu viens pencher vers moi,
Se clôt-elle à mon oreille ?

Serait-ce pas un baiser ?
Quelquefois je le suppose,
Que de tes lèvres de rose
Tu voudrais sur moi poser
Secrètement et pour cause ?

Ou plutôt à mon chevet,
Retenant ta fraîche haleine,
Crains-tu que je ne surprenne
Dans ton coeur quelque secret
Qu’il me dérobe avec peine ?

Mais pour guérir ta douleur,
Car ta souffrance me touche
Quand l’ombre ceint ma couche,
Dépose l’un dans mon cœur,
Pose l’autre sur ma bouche !

(Jules Verne)

 

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LE JOUET ABANDONNÉ D’UN ENFANT (Santiago Montobbio)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



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LE JOUET ABANDONNÉ D’UN ENFANT

près d’un manège triste, dans le ravin de l’oubli.
Des oiseaux sombres et sans nom
dessinent dans leur vol
un cercle étrange auquel personne
ne donne de sens. Bien que peut-être il en ait.
Dans cette scène, image ou désert
dans le rêve dessiné des mots
est enfermée quelque musique, un certain destin.
Mais cela reste clos et s’ouvre seulement
pour celui vers lequel secrètement c’est dirigé.
Les voies de Dieu nous sont cachées.

***

EL ABANDONADO JUGUETE DE UN NIÑO

cerca de un tiovivo triste, en el barranco del olvido.
Pájaros oscuros y sin nombre
dibujan en su vuelo
un extraño círculo al que nadie
da sentido. Pero acaso lo tiene.
En esta escena, imagen o desierto
en el sueño de las palabras dibujado
se encierra alguna música, algún destino.
Pero permanece cerrado y sólo se abre
a aquél a quien va secretamente dirigido.
Dios esconde sus caminos.

(Santiago Montobbio)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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ART POÉTIQUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
ART POÉTIQUE

Quand ce sera la nuit
Et toi tout seul dans une limousine
Quelque part sur une route de forêt
Quand ce sera nuit noire
Ô mon poète aie garde d’allumer tes phares
Appuie de toutes tes forces sur le champignon de la beauté
Sans rien savoir
Et sans souci du flot battant ton pare-brise
Enfonce-toi comme un noyé dans la nuit rageuse qui grise

Tu as perdu la direction
Le Nord l’étoile les feux de position
Et tu sens soudain un grand choc
Tu es couché tout près de toi dans la verdure
Tu es comme mille petits trous de serrure
Qui regardent dans ta tête éclatée
Les éléments épars de la beauté

Et qui viendrait te chercher là
Quand tu disposes de toi-même
Secrètement pour un destin
Qui ne peut plus te laisser seul
N’appelle pas
Mais entends ce cortège innombrable de pas.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Remords en costume de nuit (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



Illustration
    
Remords en costume de nuit

Un homme gris marche dans la rue de brouillard ;
Personne ne le devine. C’est un corps vide ;
Vide comme pampa, comme mer, comme vent,
Déserts d’amertume sous un ciel implacable.

C’est le temps passé, et ses ailes maintenant
trouvent parmi les ombres une force pâle ;
C’est le remords, qui de nuit, hésitant,
Secrètement approche une ombre insouciante.

Ne serrez pas cette main. Plein d’orgueil le lierre
S’élèvera recouvrant les troncs de l’hiver.
Invisible dans le calme l’homme gris marche.
N’entendez-vous pas les morts ? Mais la terre est sourde.

***

Remordimiento en traje de noche

Un hombre gris avanza por la calle de niebla;
No lo sospecha nadie. Es un cuerpo vacío;
Vacío como pampa, como mar, como viento,
Desiertos tan amargos bajo un cielo implacable.

Es el tiempo pasado, y sus alas ahora
Entre la sombra encuentran una pálida fuerza;
Es el remordimiento, que de noche, dudando,
En secreto aproxima su sombra descuidada.

No estrechéis esa mano. La yedra altivamente
Ascenderá cubriendo los troncos del invierno.
Invisible en la calma el hombre gris camina.
¿ No sentís a los muertos? Mas la tierra está sorda.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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La vallée blanche (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



La vallée blanche

Peu de chose à voir dans cette vallée
quelques lignes, beaucoup de blanc
c’est une fin de monde, ou bien un commencement
peut-être le retrait des glaces du quaternaire
jusqu’à présent
nulle vie, nul bruit de vie
pas même un oiseau, pas même un lièvre
rien
que le vagissement du vent
pourtant l’esprit se meut ici à l’aise
avance dans le vide
respire
et ligne après ligne
quelque chose comme un univers
se dessine
sans trop vouloir nommer
sans briser l’immensité du silence
discrètement, secrètement
quelqu’un dit
je suis ici
ici, je commence

(Kenneth White)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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