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Poésie

Posts Tagged ‘s’écrier’

La mémoire (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019


 


 

Gene Pressler

La mémoire

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,
Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,
Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?
Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ?
Peut-on comparer même au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli ?
Est-il une grenade entr’ouverte qui rende
L’incarnat de sa bouche adorablement grande ?
Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,
Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;
Et l’antilope errant sous le taillis humide
N’a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent,
Le poète qui veut décrire est impuissant ;
Mais l’amant peut du moins s’écrier : « Sois bénie,
O faculté sublime à l’égal du génie,
Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,
Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois ! »

(François Coppée)

Illustration: Gene Pressler  

 

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L’homme se penche vers l’enfant (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2018




    
l’homme se penche vers l’enfant
cela se passe en un miroir
d’une chambre il y a longtemps
entre un vieux fauteuil et l’armoire

l’homme se voit comme l’enfant
ou l’inverse, entre deux regards
il pourrait s’écouler mille ans

l’enfant s’écrie c’est un miracle
l’homme répond c’est un mirage

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Revermont
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

    

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Anagramme (Pierre Coran)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018




    
Anagramme

Par le jeu des anagrammes,
Sans une lettre de trop,
Tu découvres le sésame
Des mots qui font d’autres mots.

Me croiras-tu si je m’écrie
Que toute neige a du génie ?

Vas-tu prétendre que je triche
Si je change ton chien en niche ?

Me traiteras-tu de vantard
Si une harpe devient un phare ?

Tout est permis en poésie.
Grâce aux mots , l’image est magie.

(Pierre Coran)

 

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LE RÉVOLTÉ (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




LE RÉVOLTÉ

Un abricot
qui était sur un arbre
tout à coup dit
Je ne suis pas de marbre
et il s’écrie
Cocorico cocorico
l’abricot
qui était sur un arbre

(Raymond Queneau)

Illustration

 

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MES CONTRADICTIONS (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2017




    
MES CONTRADICTIONS

J’habite une maison froide
J’ai froid au dos des mains
Pourtant je persiste à écrire

Quand je sors dans la ville
Mon sang bouillonne
Et je m’écrie : au diable l’écriture

Mais au même moment, voyez
Me voilà planté dans la rue
Et reprenant froid — à écrire

***

LIVING MY CONTRADICTIONS

I live in a cold house
the backs of my hands are cold
but I keep writing

when I go out in the streets
my blood is in spate
and I say : to hell with writing

but just at that moment
look : I’m standing at the corner
getting cold again — writing

(Kenneth White)

 

Recueil: En toute candeur
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Némée (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Depuis que le Dompteur entra dans la forêt
En suivant sur le sol la formidable empreinte,
Seul, un rugissement a trahi leur étreinte.
Tout s’est tu. Le soleil s’abîme et disparaît.

A travers le hallier, la ronce et le guéret,
Le pâtre épouvanté qui s’enfuit vers Tirynthe
Se tourne, et voit d’un oeil élargi par la crainte
Surgir au bord des bois le grand fauve en arrêt.

Il s’écrie. Il a vu la terreur de Némée
Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armée,
Et la crinière éparse et les sinistres crocs ;

Car l’ombre grandissante avec le crépuscule
Fait, sous l’horrible peau qui flotte autour d’Hercule,
Mêlant l’homme à la bête, un monstrueux héros.

(José-Maria de Hérédia)

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Alors mon âme s’écria (Zelda)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



Illustration: Ron Mueck
    
Alors mon âme s’écria :
Lèvres calcinées —
Vous êtes d’un côté,
Et l’univers de l’autre,
L’univers entier de l’autre côté.
Car dans cette chambre
inondée de soleil,
Je me tenais si près d’elle
que ma bouche touchait son visage
transfiguré par les affres de la mort.
Elle prononça mon nom
d’une voix
gisant au fond de l’océan,
d’une voix lointaine, assourdie
qui fit voler en éclats
les miroirs d’argent,
lèvres fumantes
qui épelèrent mon nom.

(Zelda)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: L. Schechtman
Editions: Gallimard

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Nous avons longtemps suivi (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017




    

Nous avons longtemps suivi un sentier tortueux,
Et nous arrivons au sommet de cette colline.
Nous nous donnons au vaste pays qui s’offre.
Très loin, sur l’autre colline, perche un village
Brillant à travers fumées, subite apparition…
Soudain, nous nous écrions : «Mais c’est le nôtre ! »

familière, inconnue : toute présence aimée.

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Celui qui enfonce son visage en la source (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Celui qui enfonce son visage en la source et s’écrie
« La joie est pour l’homme ». Et celui dont le coeur
S’emplit de bonté et qui dit du bien de toutes choses

Mirage comme un vent qui apporte un parfum. Je n’ai été nulle part
Mais je suis dans tout. Et ce jour qui remue
Comme une boue en moi. Et ce mot comme le talon du nageur

Où s’enroulent des algues. Non pas l’éclat
Mais la clarté cheminante de l’aurore.
« Vous êtes vivants en moi ». Et je sais le lieu et le temps
De chaque parole comme une orbe
Au milieu de laquelle l’objet qu’elle désigne rayonne comme un astre.
Plus pur en ma demeure qu’en sa mer une écume,
« Où est ma vie? » Chaque chose m’enlise et me rend à moi-même.

(Ilarie Voronca)

Illustration

 

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SOMMATION IRRESPECTUEUSE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2015



Danielle Duer

SOMMATION IRRESPECTUEUSE

Rire étant si jolie,
C’est mal. O trahison
D’inspirer la folie,
En gardant la raison !

Rire étant si charmante !
C’est coupable, à côté
Des rêves qu’on augmente
Par son trop de beauté.

Une chose peut-être
Qui va vous étonner,
C’est qu’à votre fenêtre
Le vent vient frissonner,

Qu’avril commence à luire,
Que la mer s’aplanit,
Et que cela veut dire :
Fauvette, fais ton nid.

Belle aux chansons naïves,
J’admets peu qu’on ait droit
Aux prunelles très vives,
Ayant le coeur très froid.

Vous saurez, attendrie,
Le charme de l’instant
Terrible, où l’on s’écrie :
Ah ! vous m’en direz tant !

Vous saurez, vous qu’on gâte,
Le destin tel qu’il est,
Les pleurs, l’ombre, et la hâte
De cacher un billet.

Oui, — pourquoi tant remettre ? —
Vous sentirez, qui sait ?
La douceur d’une lettre
Que tiédit le corset.

Vous riez ! votre joie
A Tout préfère Rien.
En vain l’aube rougeoie,
En vain l’air chante. Eh bien,

Je ris aussi ! Tout passe.
O muse, allons-nous-en.
J’aperçois l’humble grâce
D’un toit de paysan ;

L’arbre, libre volière,
Est plein d’heureuses voix ;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix ;

Et, jouant sous les treilles,
Un petit villageois
A pour pendants d’oreilles
Deux cerises des bois.

(Victor Hugo)

Illustration: Danielle Duer

 

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