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Un arbre sans une branche (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



 

Alphonse Mucha Dance 1898 38x60cm

Un arbre sans une branche
Un oiseau criant dimanche
L’herbe rase par ici

Des godasses pas étanches
Très peu d’atouts dans la manche
Une sauce à l’oignon frit

Un phono sur une planche
Un accordéon qui flanche
Des chats des rats des souris

Un vélo coupé en tranches
Un coup dur qui se déclenche
Des voyous des malappris

Un vague vive la
Franche par un
Auvergnat d’Avranche
Les Kabyles les Sidia

La putain qui se déhancha
Un passant séduit se penche
C’est cent sous pour le chéri

Des cheveux en avalanche
Des yeux non c’est des pervenches
Belles filles de Paris

Ma tristesse qui s’épanche
La fleur bleue ou bien la blanche
Et mon cœur qu’en a tant pris

Et mon cœur qu’en a tant pris
A Saint-Ouen près de Paris

(Raymond Queneau)

Illustration: Alphonse Mucha

 

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Mensonge (Michèle Voltaire Marcelin)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



 

Mensonge

Ils m’ont menti,
ceux qui m’ont dit un jour
je serais plus tranquille.

Ils m’ont trompée.
Rien ne meurt avec l’âge.
Ni l’envie d’amour,
ni celle des baisers.

Et mon coeur fou me fait parfois oublier
ce corps encombrant alourdi par les ans.
Si facilement séduit pourtant,
si passe de trop près,
un homme aux yeux trop doux.

Et je tressaille du même désir,
cent fois retrouvé,
quand un danseur me chavire,
ses doigts agrafés à mon cou.

Quelle chaleur soudain
m’envahit à un éclat de rire?
Me donne envie
de mordre à pleines dents
ces lèvres heureuses?

Ils m’ont menti.
Je ne fais deuil de rien.

J’ai dans mes jambes
des envies de courses à perdre haleine
dans les broussailles inondées de soleil,
vert et ciel mélangés,
cheveux défaits,
épaules nues au vent.

Des envies de culbutes
aux membres emmêlés.
De baisers dont la saveur
serait celle de la pulpe des mangues,
et m’empliraient la bouche
de leur sirop de miel.
D’une langue qui aurait la fraîcheur
de l’eau d’une fontaine.

J’ai des envies
de sexes durs comme du verre.
Des envies de peau chaude et d’aisselles
dont je lécherais le sel,
et plus bas encore
dans l’odeur de fougère.

Je rêve à la brûlure si douce
du sable à la plante des pieds.
Du cri arraché au plaisir
comme celui de l’oiseau soudain désencagé.

J’ai dans mes mains des envies de caresses,
dans mes oreilles le doux gémir
qui suit une nuque frôlée.

Et vous passez sans me voir,
laissant flotter autour de moi
votre parfum de bête libre.
Sans savoir que mes yeux
vous ont déjà appuyé contre ce mur,
et mes bras cadenassé votre corps.
Que je vous ai de la tête aux pieds,
comme une menthe, sucé.

N’avez-vous pas senti mes doigts
dans vos cheveux?
Et du plus loin que je me garde,
très loin de vous,
lorsque je vous regarde,
ne sentez-vous pas cette jouissance
qui roule en moi?

Vous ne savez donc pas
qu’ils m’ont menti,
ceux qui m’ont dit un jour,
je serais plus tranquille?

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration: Bill Viola

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LE PRINTEMPS DE ROSE (Yves Lisy)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




LE PRINTEMPS DE ROSE

La grâce d’une fleur et la saveur d’un fruit,
Cupidon modela l’amphore de ses hanches
Et lui peignit des yeux plus bleus que des pervenches.
Achevé son ouvrage, il se sauva sans bruit.

— Le petit dieu malin fit toujours bien les choses.
Depuis mille printemps il en rit, voyez-vous,
Il n’a pas oublié que les hommes sont fous
De se croire artisans de la beauté des roses —

Elle avait la peau blanche et sur son cou nacré,
Un veiné transparent de porcelaine fine.
Le temps qui hait la chair, qu’il griffe et qu’il ravine,
Pour épargner la sienne en fit un lieu sacré.

Ses cheveux déversaient les eaux de leur cascade,
Noyant sa fraîche joue et son joli sein rond.
Une mèche rebelle en travers de son front,
Aux caresses du vent tendait une embuscade.

Voilà comme était Rose au lit de ses amours !
Au gré de son humeur provocante ou pudique,
Nue elle s’étirait sur un tapis antique
Dont ses tendres amants torturaient le velours.

Combien furent séduits par la belle en son antre,
Grisés par ses parfums d’ambre et de patchouli ?
La paupière cernée et le corps amolli,
Tous ont pris du plaisir aux mousses de son ventre.

(Yves Lisy)

Illustration: Elina Brotherus

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