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Posts Tagged ‘s’effeuiller’

L’HOMME NOIR (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
L’HOMME NOIR

Mon ami, mon ami,
je suis si malade, si malade !
D’où me vient ce mal, je ne sais.
Est-ce le sifflement du vent
sur les champs vides et désolés,
est-ce l’alcool qui de matière grise me dépouille
tel en septembre le petit bois s’effeuille ?

Comme l’oiseau, de l’aile
ma tête bat des pavillons,
les jambes l’importunent
bouger est au-dessus de ses forces.
Un homme noir
noir, noir,
un homme noir, sur le lit
près de moi s’est assis,
un homme noir, de la nuit
ne me laisse de répit.

Nasillant au-dessus de moi
comme un moine sur un défunt
l’homme noir
le doigt sur un livre abject
me narre la vie
d’un faquin de noceur,
soufflant sur mon âme alarmes et terreurs.
L’homme noir,
noir, noir…

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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PAIR ET IMPAIR (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



PAIR ET IMPAIR

Un mot de peu de poids
pour saluer le jour
un mot de vol à voile
Ah!

*

Grands cernes
sur ton visage
il fait encore nuit

*

Invisible collier de regards
à ta gorge enchaînés

*

Tandis que les journaux
s’effeuillent
tu te couvres d’oiseaux

*

Nous sommes comme l’eau dans l’eau
comme l’eau qui garde le secret

*

Un regard t’enlace
un autre te désenlace
La transparence te dissipe

*

Tes deux seins entre mes mains
eau de nouveau répandue

*

D’un balcon
(L’éventail)
à un autre balcon
(s’ouvre)
saute le soleil
(et se ferme)

(Octavio Paz)

Illustration

 

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Le soleil mollement surgit… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Le soleil mollement surgit…

Le soleil mollement surgit et se dilate
Comme une énorme fleur qui lentement s’étale
Et qui soudain parmi les prés mouillés éclate,
Eparpillant au loin ses rougeâtres pétales.

Le marais fume où l’eau mélancolique râle
Etendant sous les joues une moire écarlate,
Et la confuse vase intensément exhale
Dans le vent une odeur de baume et d’aromate

Puissante et qui vous met des baisers sur les lèvres.
Le paysage est plein de langueur et de fièvre
Ainsi que mon désir de troubles rêveries;

Et le songe est si doux dont la langueur m’obsède,
Que je me sens dans la nuit, avec leur parfum tiède,
S’effeuiller sur mon coeur des roses attendries.

(Marie Dauguet)

 

 

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Vois l’aurore… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Vois l’aurore…

Vois l’aurore tremper les feuilles des mélisses,
La libellule errer au bord frais des calices,
Mêlant aux iris d’or son vol phosphorescent.
La grive a retrouvé ses pipeaux idylliques,
L’écho confusément lui donne la réplique,
Le jour s’effeuille ainsi qu’un églantier naissant.

Comme il est éphémère et suave de vivre!
Est-ce ta bouche encor dont la langueur m’ennivre,
Est-ce ton regard vert aux moires de l’étang?
Mais rien ne peut mourir des baisers que l’on donne
Et quand le temps cruel et faux nous abandonne,
Ils fleurissent en nous comme un divin printemps.

(Marie Dauguet)

 

 

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Nous sommes ces amants (Ebou Hamid)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017



Illustration
    
Nous sommes ces amants sans peur,
Raison, pensée ne sont pas nos amies.
Du vin d’amour nous sommes ivres,
Jamais il ne nous étourdit.

Toujours vivants nous ne mourons pas,
Nous ne restons pas dans les ténèbres,
Ni pourriture ni poussière,
Pour nous il n’y a jour ni nuit.

Dans nos contrées lune et soleil
Se tiennent à jamais, fidèles.
Nul changement ne les atteint,
Il n’est croissant ni pleine lune.

Les roses de notre roseraie
Restent fraîches et ne se fanent pas;
A l’automne elles ne s’effeuillent pas
Il n’y a ni hiver ni printemps.

Pour avoir bu le vin d’amour,
Nous sommes partis au pays de renoncement;
Tout brûlants, à ton amour enflammés,
Il ne nous faut point d’ailes pour voler.

De tout temps à la clarté du soleil
Mon corps est une goutte d’atome
Cette goutte n’est pas comme la mer
Elle n’a ni fond ni rivage.

Ô Hamid ! Laisse ce qui est
Si tu veux voir cet amant,
Tu auras la vision sacrée
Il n’est pas de perfection au delà.

(Ebou Hamid)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Je suis ce nu minéral (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



Je suis ce nu
minéral :
écho du souterrain :
je suis joyeux
de venir de si loin,
du fond de tant de terre :
je suis dernier, à peine
viscères, corps et mains,
qui sans savoir pourquoi ont déserté
la roche maternelle,
sans espoir de trouver ici la permanence,
décidé à l’humain, au transitoire,
destiné à vivre et à s’effeuiller.

Ah! ce destin
de la perpétuité enténébrée,
de l’être en soi — granite sans statue,
matière pure, irréductible, froide :
j’ai été pierre : pierre obscure
et violente fut la séparation,
une blessure dans ma naissance étrangère :
je veux revenir
à cette certitude,
à ce repos central, à la matrice
de la pierre mère
d’où je ne sais comment et d’où je ne sais quand
on m’a détaché pour que je me désagrège.

(Pablo Neruda)


Illustration: Lehmbruck

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LE JET D’EAU (Henri Malteste)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



LE JET D’EAU

Le jet d’eau s’élève, et semble
Une svelte fleur
Dont le calice qui tremble
Se fond en maint pleur,

Lis de rêve, iris limpide,
Si frêle et si fin,
Que sa corolle liquide
S’effeuille sans fin.
Il jaillit, joyeux et leste,
S’épanouit pour
Embrasser le bleu céleste
Dont il veut l’amour ;
Il monte, et monte moins vite,
Et son mince flot
Se brise, dès qu’il hésite,
Avec un sanglot.
« Hélas ! gémit le fluide
Amant des cieux sourds,
Toujours s’élancer candide,
Retomber toujours ! »

(Henri Malteste)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Le Lys noir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
Le Lys noir

L’inquiétant Lys noir, large ouvert, semble offrir
Dans sa coupe de deuil une ivresse infernale.
Il a le fier mépris de la beauté banale
Qu’un rayon de soleil trop fervent peut flétrir.

Et la sinistre fleur du vice sans désir
Se fane dans l’ardeur de l’âpre bacchanale
S’effeuillant aux cheveux d’une femme vénale
Dont le coeur ennuyé dédaigne de choisir.

Sachant combien le rire est énervant et triste
Elle exhale en mourant son parfum où persiste
Un relent affadi de festins et d’amour

Et l’aube vient brûler la paupière rougie
De la Douleur souillée essuyant au grand jour
Parmi les pleurs sacrés les sueurs de l’orgie.

(Renée Vivien)

 

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L’OEillet mauve (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
L’OEillet mauve

Fleur qui décores le printemps,
Fleur qui t’effeuilles dans l’automne,
Tu répands les parfums flottants
Où l’âme des jardins frissonne.

Et tu fanes lentement
Dans ta mauve mélancolie,
Triste fragance d’un moment,
Pourpre délavée et pâlie.

Enfant d’un maladif soleil,
Tu réjouis de ta présence
Les vergers d’ombre et de sommeil
Où l’été verse le silence.

Le désir te cueille, le soir,
Pour parer le sein de l’aimée
Qui reflète dans le miroir
Le pli de sa lèvre embaumée.

O charme triste d’un moment !
Penche ta corolle pâlie
Avant de mourir doucement
Dans ta mauve mélancolie.

(Renée Vivien)

 

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Pavot noir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Pavot noir

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil,
Les servantes de l’Ombre et les Magiciennes,
Dont les nocturnes yeux redoutent le soleil,
Respirent âprement tes langueurs léthéennes.

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil.

Tu te fanes parmi les âcres chevelures,
Et tu connais le rêve ardent des fronts maudits
Que jamais n’effleura, dans un bruit de ramures,
Le souffle des matins et des simples midis :

Tu te fanes parmi les âcres chevelures.

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir
Dont les prunelles sont froidement endormies,
Dont le coeur ennuyé dédaigne de choisir,
Et dont l’âme est pareille à l’âme des momies :

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir.

Ennui de l’aconit et de la belladone
Dans le soir où la voix des vieilles trahisons
Fait traîner, à l’égal d’un refrain monotone,
La fadeur et la fragilité des poisons !

Ennui de l’aconit et de la belladone !

(Renée Vivien)

 

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