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Poésie

Posts Tagged ‘s’égarer’

Dans la nuit du coeur (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




Dans la nuit du coeur
la lente goutte de ton nom
glisse et tombe et brise et déploie
en silence son eau.

Légère sa blessure exige quelque chose
et sa déférence courte et infinie,
comme le pas d’un être qui s’égare
soudain entendu.

Soudain, soudain perçu
et dans le coeur répandu
avec l’insistance triste et le déploiement
d’un rêve froid d’automne.

La roue épaisse de la terre
fait rouler sa jante humide d’oubli
coupant le temps
en d’inaccessibles moitiés.

Ses dures voûtes couvrent ton âme
répandue dans la terre froide
avec ses pauvres étincelles bleues
volant dans la voix de la pluie.

(Pablo Neruda)

 

 

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LES DIMENSIONS DU REGARD (I) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
LES DIMENSIONS DU REGARD (I)

Chaque regard est le point final
que l’homme met à sa solitude
et il est impossible d’aller au-delà sans rencontrer
l’épaisseur de mille vies dont une est à peine vécue.

Le ciel est un peu de buée sur la fenêtre
au milieu de laquelle on s’égare comme en pleine mer.
Adossé à l’ombre comme à un contrefort,
on voit les maisons couler de toutes leurs voilures.

Il suffit qu’on reconnaisse son visage dans les vitres
pour que le monde redevienne la place
où le couchant se lisse comme un grand oiseau
et où les femmes sont les seules choses qu’on peut tenir contre soi.

Mais la plupart des jours sont des jours perdus
qui portent une date comme un soldat son matricule
et ils font du passé où ils reculent
la foule anonyme qui accompagne l’homme à sa mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Extrême-Orient (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




    
Extrême-Orient

I

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m’en suis allé. – J’ai dénoué l’amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l’eau,
Sans savoir où, très lentement. – O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l’on s’égare !…
Par instants, j’arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d’indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence…
Car j’ai l’amour subtil du crépuscule fin ;

L’eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.

II

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J’ignore l’heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans 1’Ile d’Émail ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n’y touche jamais qu’avec un soin profond ;
Et l’azur fin, qu’exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J’habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J’y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d’or parmi les paysages bleus ;

Et, poète royal en robe vermillon,
Autour de l’éventail fleuri qui l’a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.

(Albert Samain)

 

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METRO (Henri Lacheze)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



 

METRO

Ne vous séparez pas de vos personnes âgées
Assurez-vous qu’aucun enfant n’a été oublié sous un siège
Signalez-nous toute femme abandonnée

Si vous parlez à un inconnu
Prenez des gants
Les mots laissent des traces

Elle vous a fait de l’oeil
Vous croyez avoir un ticket
Attention il n’est peut-être pas valable

Ne laissez pas vos mains sans surveillance
Elles pourraient s’égarer
Ne laissez pas traîner vos regards
Ils risquent de se perdre

Madame assurez-vous
Que c’est bien la main de votre voisin qui s’est fourvoyée
Avant de lui donner un aller et retour

Aidez-nous
Contrôlez-vous
Avant que ne le fassent nos agents

Veillez soigneusement à vos objets personnels
Surveillez votre tension,
Et votre taux de cholestérol

Et profitez de nos promotions
Achetez un billet sans retour
Vous verrez, vous n’en reviendrez pas

(Henri Lacheze)

Illustration

 

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Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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J’ai toujours avancé sur le fil (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
j’ai toujours avancé sur le fil
mon fil d’Ariane
pour m’égarer toujours plus
dans le labyrinthe
noyé au fil de l’eau
au fil des heures
remontant sans relâche
le fil de mes rivières internes
me passant moi-même
au fil de l’épée
funambule sur le fil du rasoir
aveuglé par la neige de tes yeux

(Zéno Bianu)

Recueil: Chet Baker (Déploration)
Editions: Le Castor Astral

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Impressions (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Impressions

Des soleils naufragés
S’égarent sur la terre
Une robe de mousse s’ouvre
Sur la plaie de l’écorce
Blessure de lumière charnelle
Qui fait les silences rugueux.

Le vent pousse les nuages
Mais les cailloux se désespèrent
De troubler les reflets de l’eau
Les cloches de la soif tintent
Dans une église d’arbres
Les papillons de la pluie
Accourent vers ma fenêtre

(Jean-Baptiste Besnard)

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La fuite (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Vladimir Kush
    
La fuite

Mon désir tout puissant, tendu comme une voile,
Entraînera la nef aux lointains archipels,
Je bercerai mon rêve à l’océan du ciel
Effleurant les soleils, abordant aux étoiles.

J’oublierai pour jamais les sentiers tortueux
De l’abrupte falaise où s’égarait mon âme,
Que sournoise fleurit dans l’ombre la jusquiame
Répandant jusqu’au flot son parfum vénéneux.

Je serai dédaigneux du port et de la rade
Dont la sécurité pèse comme un fardeau,
De la ville brutale alignée au cordeau,
Où l’humanité passe en mornes cascades.

J’oublierai le chardon, la ronce, les gramens,
Les sous-bois sans clarté et les chaumes arides;
Je cueillerai le soir au creux des flots humides
Des bouquets languissants de mauves cyclamens.

Mon amour chantera, debout dans quelque hune,
Savourant à plein coeur l’odeur de l’inconnu,
Grisé de l’idéal baiser des clairs de lune,
Au frisson de l’azur ouvrant ses deux bras nus.

(Marie Dauguet)

 

 

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Levez-vous vite, orages désirés (René de Chateaubriand)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Le jour je m’égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts.
Qu’il fallait peu de chose à ma rêverie:
un feuille séchée que le vent chassait devant moi,
une cabane dont la fumée s’élevait de la cime dépouillée des arbres,
la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d’un chêne,
une roche écartée, un étang désert ou le jonc flétri murmurait!
Le clocher du hameau, s’élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards;
souvent j’ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête.
Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent;
j’aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait;
je sentais que je n’étais moi-même qu’un voyageur;
mais une voix du ciel semblait me dire:

« Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue;
attends que le vent de la mort se lève,
alors tu déploieras ton vol
vers ces régions inconnues que ton coeur demande. »

Levez-vous vite,
orages désirés
qui devez emporter René
dans les espaces d’une autre vie!

Ainsi disant, je marchais à grands pas,
le visage enflammé,
le vent sifflant dans ma chevelure,
ne sentant ni pluie ni frimas,
enchanté, tourmenté, et comme possédé
par le démon de mon coeur.

(René de Chateaubriand)

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Il disait (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



Je m’égare et vis à tue-tête.
J’oublie la clef de mon destin.
Il disait: j’annonce la fête
Des bras nus, des fruits et du vin
Et le grand règne des tempêtes.

J’ai le Mot, l’Astre, la promesse.
A la cassure bleue du temps
Ma bouche jamais ne se blesse.
J’approfondis au creux du vent
L’éternité d’une caresse.

(Jean Joubert)


Illustration:
Suzana Skalnikova

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