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Poésie

Posts Tagged ‘s’égarer’

Quand le rideau se lèvera (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
Les uns s’enorgueillissent d’une vaine sagesse,
les autres croient au paradis et aux houris.
Quand le rideau se lèvera, on verra
que les uns et les autres se sont égarés loin, bien loin!

(Omar Khayam)

 

 

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RUE VOLTA (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



Alessandro Volta

    
RUE VOLTA

La petite échoppe ancienne
au cinq de la rue Volta
rareté électricienne
dont le nom s’égara là
garala garala
garala pile à Volta

(Raymond Queneau)

 

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PRISE DE TERRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



PRISE DE TERRE

La nuit s’en mêle
Arrache ces étoiles piquées à tes semelles
Tu t’égares
Tu portes à ton doigt la bague d’un cigare
Et glisses vers ton front des mains artificielles.

Regarde
Les oiseaux font déborder le ciel

Rien n’avance
Je roule dans le bleu les yeux de mon enfance
Et c’est toi que j’attends
Pas un mot de l’amour
Nous n’aurions plus le temps.

(René Guy Cadou)

 

 

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La bouée (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2017




    
La bouée

Je veux vous avouer ce soir, ma chère amie,
Que lorsque je m’ennuie et que j’ai peur de tout,
Lorsque je me sens seul, tout seul, je pense à vous ;
Car vous êtes, je crois, ma plus sincère amie.

Je pense à vous souvent, car souvent je m’ennuie ;
Et dès que je m’égare en un mauvais sentier,
Je fais appel à la merveilleuse amitié
Qui, depuis un grand jour, l’un à l’autre nous lie.

Si j’ai chanté pour vous ce soir ces quelques vers,
C’est que mon pauvre coeur malade s’est ouvert.
S’il vous parlait tout bas, voudriez-vous l’entendre ?

Si avec ses défauts, avec ses qualités,
Ses mauvais sentiments et sa naïveté,
Il se donnait à vous, voudriez-vous le prendre ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Est-il vrai que je suis réel (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Qu’est-ce qui fait l’âme si mélodieuse
Et qu’il y a si peu de noms chéris,
Et que le rythme fugitif n’est qu’un hasard,
Qu’un souffle inattendu de l’Aquilon ?

Il soulève la poussière en nuage,
Fait frissonner les feuilles de papier
Et ne reviendra plus jamais, ou bien
Il reviendra tout à fait différent.

Ô toi, le large vent d’Orphée,
Tu t’en iras vers les contrées marines !
Chérissant le monde incréé,
J’oubliai l’inutile « moi ».

Je m’égarai dans un bois miniature
Et découvris une grotte azurée…
Est-il vrai que je suis réel
Et que la mort réellement viendra ?

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Sabin Balasa

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Dans la nuit du coeur (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




Dans la nuit du coeur
la lente goutte de ton nom
glisse et tombe et brise et déploie
en silence son eau.

Légère sa blessure exige quelque chose
et sa déférence courte et infinie,
comme le pas d’un être qui s’égare
soudain entendu.

Soudain, soudain perçu
et dans le coeur répandu
avec l’insistance triste et le déploiement
d’un rêve froid d’automne.

La roue épaisse de la terre
fait rouler sa jante humide d’oubli
coupant le temps
en d’inaccessibles moitiés.

Ses dures voûtes couvrent ton âme
répandue dans la terre froide
avec ses pauvres étincelles bleues
volant dans la voix de la pluie.

(Pablo Neruda)

 

 

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LES DIMENSIONS DU REGARD (I) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
LES DIMENSIONS DU REGARD (I)

Chaque regard est le point final
que l’homme met à sa solitude
et il est impossible d’aller au-delà sans rencontrer
l’épaisseur de mille vies dont une est à peine vécue.

Le ciel est un peu de buée sur la fenêtre
au milieu de laquelle on s’égare comme en pleine mer.
Adossé à l’ombre comme à un contrefort,
on voit les maisons couler de toutes leurs voilures.

Il suffit qu’on reconnaisse son visage dans les vitres
pour que le monde redevienne la place
où le couchant se lisse comme un grand oiseau
et où les femmes sont les seules choses qu’on peut tenir contre soi.

Mais la plupart des jours sont des jours perdus
qui portent une date comme un soldat son matricule
et ils font du passé où ils reculent
la foule anonyme qui accompagne l’homme à sa mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Extrême-Orient (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




    
Extrême-Orient

I

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m’en suis allé. – J’ai dénoué l’amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l’eau,
Sans savoir où, très lentement. – O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l’on s’égare !…
Par instants, j’arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d’indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence…
Car j’ai l’amour subtil du crépuscule fin ;

L’eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.

II

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J’ignore l’heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans 1’Ile d’Émail ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n’y touche jamais qu’avec un soin profond ;
Et l’azur fin, qu’exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J’habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J’y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d’or parmi les paysages bleus ;

Et, poète royal en robe vermillon,
Autour de l’éventail fleuri qui l’a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.

(Albert Samain)

 

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METRO (Henri Lacheze)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



 

METRO

Ne vous séparez pas de vos personnes âgées
Assurez-vous qu’aucun enfant n’a été oublié sous un siège
Signalez-nous toute femme abandonnée

Si vous parlez à un inconnu
Prenez des gants
Les mots laissent des traces

Elle vous a fait de l’oeil
Vous croyez avoir un ticket
Attention il n’est peut-être pas valable

Ne laissez pas vos mains sans surveillance
Elles pourraient s’égarer
Ne laissez pas traîner vos regards
Ils risquent de se perdre

Madame assurez-vous
Que c’est bien la main de votre voisin qui s’est fourvoyée
Avant de lui donner un aller et retour

Aidez-nous
Contrôlez-vous
Avant que ne le fassent nos agents

Veillez soigneusement à vos objets personnels
Surveillez votre tension,
Et votre taux de cholestérol

Et profitez de nos promotions
Achetez un billet sans retour
Vous verrez, vous n’en reviendrez pas

(Henri Lacheze)

Illustration

 

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Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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