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Poésie

Posts Tagged ‘s’égarer’

Il arrive (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

Arthur Hughes 45

Il arrive

Il arrive
qu’on ne possède plus
qu’une force enlisée
qu’on ne discerne que le passage
vide déserté..

Alors on cherche
les mots humains
à dire…
Mais, rien.

On s’égare on se défait
on se dilue.
Rien ne reste
qu’une buée un étouffement.
On n’atteint plus
on n’entend plus
sinon le bruit des mains affolées
le froid d’une déchirure.
Sinon, rien.

On sait que tout sera
à reprendre
qu’il faudra porter
notre inertie ou l’ignorer.
On sait l’à peine frémissant
de notre existence.
On sait. On ne répond plus.

On sait l’appel
lointain inaccessible
infiniment résonnant
infiniment blessant.
On sait l’irréalité
l’absence insupportable
où une prière seule pourrait…
Mais, rien.

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

Illustration: Arthur Hughes

 

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Quand trouverai-je la réponse (Sylvie Fagre G.)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018




    
Quand trouverai-je la réponse,
l’intimité d’une réponse au vide torturant qui m’entoure ?
Et comment survivre aux défaillances et aux peurs,
replis et troubles, ciels et pentes où l’esprit s’égare ?

Sans suite et sans retour, pourtant j’avance,
je ne peux m’arrêter sur ce chemin
où le mal me ressemble aussi,
où la vie perd sa substance,
où je deviens cet effacement progressif d’un moi
qui est figure dérisoire de souffrance.

Et c’est à la lisière des nuits que m’arrive le brin de connaissance,
le plus fragile des biens que mon coeur ait conquis par tant de peine.
Fermée aux larmes, lèvres serrées, et soulevant la tête,
j’entends ce cri semé de météores,
ce cri fort d’espérance qui lapide l’obscur.

Je me penche et reçois le reflet de sa lumière.

(Sylvie Fagre G.)

 

Recueil: Frère humain
Traduction:
Editions: L’AMOURIER

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LE MESSAGE (John Donne)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



 

Illustration: Achille Devéria
    
LE MESSAGE

Rends-moi mes yeux, qui s’égarèrent
Trop longtemps, quand sur toi restèrent :
Mais y eurent telles leçons
De tromperie
Et félonie
Qu’en est leur vue
Toute perdue
Par ta faute : garde-les donc.

Et rends-moi mon coeur sans malice,
Que méchants pensers ne ternissent;
Mais si lui enseigna le tien
A faire liesse
De la tendresse
Et simagrée
De foi jurée
Garde-le, car il n’est point mien.

Rends-moi pourtant mon coeur, ma vue,
Que tes ruses me soient connues,
Et que je rie, et sois comblé
Si, languissante,
Tu te tourmentes
Pour créature
Qui n’en a cure,
Ou perfide autant que tu l’es.

***

THE MESSAGE

Send home my long strayd eyes to mee,
Which (Oh) too long have dwelt on thee;
Yet since there they have learn’d such ill,
Such forc’dfashions,
And false passions,
That they be
Made by thee
Fit for no good sight, keep them still.

Send home my harmlesse heart againe,
Which no unworthy thought could stain;
But if it be taught by thine
To make jestings
Of protestings,
And crosse both
Word and oath,
Keepe it, for then ’tis none of mine.

Yet send me back my heart and eyes,
That I may know, and see thy lyes,
And may laugh and jay, when thou
Art in anguish
And dont languish
For some one
That will none,
Or prove as false as thou art now.

(John Donne)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: J.Fuzier et Y. Denis
Editions: Gallimard

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QUELQUE CHOSE IMPERCEPTIBLE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Vincent Lafargue
    
QUELQUE CHOSE IMPERCEPTIBLE

Le froissement du vent dans les arbres peut-être.
Ou le cri dans la nuit de la chouette chassant,
Ou que sais-je ? Un volet. Il grince à la lisière
De la fenêtre. Éveillant à peine le dormeur.
Non, tu ne comprends pas, répète infiniment
Le tilleul qui s’étire sous l’odeur de ses feuilles.
Le chat de la source dort sous le bronze de la fontaine
De ses yeux d’aveugle sourit aux choses familières,
Comme au secret de l’ombre, une passée de vent,
Un savoir près de se révéler, s’égarent, dont l’ermite,
Au milieu de la nuit, ravive sa prière.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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La mémoire se fixe sur la douceur des peaux (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 

Illustration: Adèle Verger
    
— Fourbe est l’oubli des morts
qu’on a aimés vivants,
cruelle, l’illusion qu’aimer
se passerait des corps,

Montre-toi dans la lumière crue,
laisse-toi toucher, caresser, lécher,
laisse-moi t’enlacer à te couper le souffle,
laisse-toi envahir, conquérir, détenir,
laisse-moi m’égarer, me perdre
en cette invasion lente,

La mémoire se fixe sur la douceur des peaux,
la force des silences, les seuls mots incarnés,
alimente l’image des moments finis,
de l’humide fusion de nos corps épuisés ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Quand le rideau se lèvera (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
Les uns s’enorgueillissent d’une vaine sagesse,
les autres croient au paradis et aux houris.
Quand le rideau se lèvera, on verra
que les uns et les autres se sont égarés loin, bien loin!

(Omar Khayam)

 

 

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RUE VOLTA (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



Alessandro Volta

    
RUE VOLTA

La petite échoppe ancienne
au cinq de la rue Volta
rareté électricienne
dont le nom s’égara là
garala garala
garala pile à Volta

(Raymond Queneau)

 

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PRISE DE TERRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



PRISE DE TERRE

La nuit s’en mêle
Arrache ces étoiles piquées à tes semelles
Tu t’égares
Tu portes à ton doigt la bague d’un cigare
Et glisses vers ton front des mains artificielles.

Regarde
Les oiseaux font déborder le ciel

Rien n’avance
Je roule dans le bleu les yeux de mon enfance
Et c’est toi que j’attends
Pas un mot de l’amour
Nous n’aurions plus le temps.

(René Guy Cadou)

 

 

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La bouée (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2017




    
La bouée

Je veux vous avouer ce soir, ma chère amie,
Que lorsque je m’ennuie et que j’ai peur de tout,
Lorsque je me sens seul, tout seul, je pense à vous ;
Car vous êtes, je crois, ma plus sincère amie.

Je pense à vous souvent, car souvent je m’ennuie ;
Et dès que je m’égare en un mauvais sentier,
Je fais appel à la merveilleuse amitié
Qui, depuis un grand jour, l’un à l’autre nous lie.

Si j’ai chanté pour vous ce soir ces quelques vers,
C’est que mon pauvre coeur malade s’est ouvert.
S’il vous parlait tout bas, voudriez-vous l’entendre ?

Si avec ses défauts, avec ses qualités,
Ses mauvais sentiments et sa naïveté,
Il se donnait à vous, voudriez-vous le prendre ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Est-il vrai que je suis réel (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Qu’est-ce qui fait l’âme si mélodieuse
Et qu’il y a si peu de noms chéris,
Et que le rythme fugitif n’est qu’un hasard,
Qu’un souffle inattendu de l’Aquilon ?

Il soulève la poussière en nuage,
Fait frissonner les feuilles de papier
Et ne reviendra plus jamais, ou bien
Il reviendra tout à fait différent.

Ô toi, le large vent d’Orphée,
Tu t’en iras vers les contrées marines !
Chérissant le monde incréé,
J’oubliai l’inutile « moi ».

Je m’égarai dans un bois miniature
Et découvris une grotte azurée…
Est-il vrai que je suis réel
Et que la mort réellement viendra ?

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Sabin Balasa

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