Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘s’égarer’

Constatation (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



 

Cayetano de Arquer 29_n

Constatation

Je n’ai que moi
En chaque jour
Pour accueillir l’aube nouvelle
Mais dès qu’au songe je m’attèle
Je n’ai que toi

Je n’ai que moi
Pour encaisser
De toute la vie les escarres
Mais dès qu’en rêve je m’égare
Je n’ai que toi

Je n’ai que moi
Lorsque j’épie
De l’avenir l’heure qui chante
Mais dans mes prières ardentes
Je n’ai que toi

Je n’ai que toi
Pour m’éblouir
Et pour embellir les images
Mais dès que j’ai tourné les pages
Je n’ai que moi

(Esther Granek)

Illustration: Cayetano de Arquer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La bouée (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
La bouée

Je veux vous avouer ce soir, ma chère amie,
Que lorsque je m’ennuie et que j’ai peur de tout,
Lorsque je me sens seul, tout seul, je pense à vous ;
Car vous êtes, je crois, ma plus sincère amie.

Je pense à vous souvent, car souvent je m’ennuie ;
Et dès que je m’égare en un mauvais sentier,
Je fais appel à la merveilleuse amitié
Qui, depuis un grand jour, l’un à l’autre nous lie.

Si j’ai chanté pour vous ce soir ces quelques vers,
C’est que mon pauvre coeur malade s’est ouvert.
S’il vous parlait tout bas, voudriez-vous l’entendre ?

Si avec ses défauts, avec ses qualités,
Ses mauvais sentiments et sa naïveté,
Il se donnait à vous, voudriez-vous le prendre ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si peu semblable à moi-même (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Si peu semblable à moi-même
Quand je me vois à distance
Dans l’eau morte d’un poème
Qui fut beau fleuve vivant
Ou bien lorsque m’apparaît
Le jeune homme qui rêvait
Dans le soir triste des villes
D’appareillages et d’îles ;
Si peu semblable, ô destin,
Routes de songes, exils,
Ferveurs, tant de paysages,
Tant de ciels, tant de visages
Et le même voyageur
Mais qui ne reconnaît pas
Toujours le bruit de son pas
Et s’égare en trébuchant
Par les longs chemins du Temps
Eboulés dans sa mémoire,
Si peu semblable, ô miroir
Innombrable du poème !
Et pourtant cet homme-là,
C’est le même homme, le même.
Surtout, ne le cherchez pas.

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le portrait (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Léon Cogniet   michallon

Le portrait

Riant portrait, tourment de mon désir,
Muet amour, si loin de ton modèle !
Ombre imparfaite du plaisir,
Tu seras pourtant plus fidèle.
De ta gaîté je me plains aujourd’hui ;
Mais si jamais il cesse de m’entendre,
À toi je me plaindrai de lui,
Et tu me paraîtras plus tendre.

Si tu n’as pas, pour aller à mon coeur,
Son oeil brûlant et son parler de flamme,
Par un accent doux et trompeur
Tu n’égareras pas mon âme.
Sans trouble, à toi je livre mon secret.
S’il était là, je fuirais vite, vite.
Je suis seule… ah ! Riant portrait,
Que n’es-tu celui que j’évite !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Léon Cogniet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ecole buissonnière (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Ecole buissonnière

Ma pensée est une églantine
Eclose trop tôt en avril,
Moqueuse au moucheron subtil
Ma pensée est une églantine ;
Si parfois tremble son pistil
Sa corolle s’ouvre mutine.
Ma pensée est une églantine
Eclose trop tôt en avril.

Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes,
Un peu rude au doux abandon
Ma pensée est comme un chardon ;
Tu viens le visiter, bourdon ?
Ma fleur plaît à beaucoup de bêtes.
Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes.

Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux
Aux chants des eaux et des oiseaux,
Ma pensée est une insensée.
Les roseaux font de verts réseaux,
Lotus sans tige sur les eaux
Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux.

Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête
Couleur, parfum et trahison,
Ma pensée est l’âcre poison,
Fleur frêle, pourprée et coquette
Qu’on trouve à l’arrière-saison
Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête.

Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid
Sans souci d’heure ni d’endroit
Ma pensée est un perce-neige.
Si son terrain est bien étroit
La feuille morte le protège,
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid.

(Charles Cros)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE VOYAGE INTÉRIEUR (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration
    
LE VOYAGE INTÉRIEUR

Franchis la peau
la chair
longe le sang.

Ecarte le buisson de nerfs
les branches d’os
les assassins.

Force la nuit
ses pièges ses
tambours.

Garde-toi
si tu trébuches.
Si tu t’égares
interroge.

Un fil rêvé te guide dans l’obscur.

Rejoins, perdu, le centre du vertige,
le feu caché
l’irréductible point.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TERRE OU CIEL (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



 

Hartig Kopp Delaney

TERRE OU CIEL

A la nuit des folles lunes,
Sur le fleuve sans bords je m’étais égaré,
Oubliant d’emporter jusqu’au nom de ma mère.
Serait-ce enfin l’approche d’un monde sans miroirs ?

Jamais mes doigts n’oseront toucher tant de beauté ensemble !

Le ciel est trop haut, trop cruelle la marée ;
C’est ici, c’est ici qu’il nous faut tout reprendre.
Mais aux mots de chaque jour nos langues se sont usées,
A trop vivre s’est perdue l’eau douce de notre regard.

Pourtant, qu’avons-nous de plus proche que l’oiseau ;
Nous, que l’on dit voués à la sourde poussière ?

(Andrée Chedid)

Illustration: Hartig Kopp Delaney

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SONNET (Charles-Adolphe Cantacuzène)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



SONNET

Malgré les sifflements stridents et les bagarres,
Et les cris grimaçants des freins et des essieux,
Et cette vapeur qui pénètre dans les yeux, —
Il te plaît, ô mon cœur, d’aller parmi les gares.

C’est là, mon pauvre cœur, c’est là que tu t’égares
Et que tu surprends les troubles de tant d’adieux
Que l’on veut comprimer et qui montent aux cieux
Dans l’encens fumeux des convois et des cigares.

Il te plaît d’assister au départ d’inconnus
Que tu vois aujourd’hui, que tu ne verras plus,
Et dont plus d’un a l’air farouche et magnanime.

Et puis ces femmes dans leurs tristes manteaux gris,
— Beautés chez qui tu sens des cœurs qui sont amis
Et de qui tu retiens le parfum anonyme.

(Charles-Adolphe Cantacuzène)

Illustration: Claude Monet

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tes doigts (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Tes doigts

c’est sur les touches d’un clavier de bel ivoire
que je les ai frôlés croisés enlacés même
avant d’encercler l’un d’entre eux disant je t’aime
sachant qu’il aurait la sagesse de me croire

cinq branches cinq ramures cinq indissociables
qui se doublent à dix pour couvrir mon visage
cinq chemins qui me composent un paysage
et me guident au creux d’une paume ineffable

j’avoue une faiblesse pour l’auriculaire
si frêle que l’on ose à peine l’effleurer
voilà peut-être pourquoi c’est ce petit frère

que j’ai adopté le premier ; sur le clavier
s’il s’égare c’est en sachant que je préfère
à celui de notre partition son doigté

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La grande comédie du monde (Leopoldo María Panero)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



La grande comédie du monde
La grande tragédie de l’homme
Qui meurt à chaque heure, silencieux comme le vent
Qui se cherche dans les chats qui miaulent contre la fleur
Qui s’égare dans les fleurs obscures du mal
Qui se découvre dans la glace obscure du silence
Et s’égare dans le rêve fatal de chaque nuit.

***

La gran comedia del mundo.
La gran tragedia del hombre.
Que muere cada hora, silencioso como el viento.
Que se busca en los gatos que maúllan contra la flor.
Que se pierde en las flores oscuras del mal
Que se descubre en el espejo oscuro del silencio
Y se pierde en el sueño fatal de cada noche.

(Leopoldo María Panero)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Odilon Redon

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :