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Poésie

Posts Tagged ‘séjourner’

Les empressés (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



 

Maggie Taylor - Garden

Les empressés nous sommes,
Mais la marche du temps,
tenez-là comme rien
au sein du permanent toujours.

tout ce qui est vitesse
ne sera que déjà passé ;
car c’est ce qui séjourne
qui seul nous initie.

Jeunesse, oh ! ne le jette pas
ton cœur dans la rapidité
pas aux tentatives du vol.

L’obscur et la clarté,
la fleur comme le livre :
tout est repos.

***

Wir sind die Treibenden.
Aber den Schritt der Zeit,
nehmt ihn als Kleinigkeit
im immer Bleibenden.

Alles das Eilende
wird schon vorüber sein ;
denn das Verweilende
erst weiht uns ein.

Knaben, o werft den Mut
nicht in die Schnelligkeit,
nicht in den Flugversuch.

Alles ist ausgeruht :
Dunkel und Helligkeit,
Blume und Buch.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Maggie Taylor

 

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LES ÎLES FORTUNÉES (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



LES ÎLES FORTUNÉES

Quelle voix se glisse dans le bruit des vagues
Qui n’est pas la voix de la mer ?
C’est la voix de quelqu’un qui nous parle,
Mais qui, si nous prêtons l’oreille, se tait,
Du seul fait que nous ayons prêté l’oreille.

Et c’est seulement si, dans un demi-sommeil,
Sans la moindre conscience d’entendre nous entendons,
Qu’elle nous vient alors murmurer l’espérance
À laquelle, tel un enfant
Qui dort, tout en dormant nous sourions.

Ce sont des îles fortunées,
Ce sont des terres de nulle part,
Où séjourne le Roi dans l’attente.
Mais, si nous commençons à nous réveiller,
La voix se tait, il n’y a que la mer.

***

AS ILHAS AFORTUNADAS

Que voz vem no som das ondas
Que não é a voz do mar?
É a voz de alguém que nos fala,
Mas que, se escutamos, cala,
Por ter havido escutar.

E só se, meio dormindo,
Sem saber de ouvir ouvimos,
Que ela nos diz a esperança
A que, como uma criança
Dormente, a dormir sorrimos.

São ilhas afortunadas,
São terras sem ter lugar,
Onde o Rei mora esperando.
Mas, se vamos despertando,
Cala a voz, e há só o mar.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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Autour (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
Autour, ce n’est que vaste plaine,
Cohue de souches calcinées.
Puis — la vallée chère à mon coeur,
Sous les nuages qui s’étirent.

Et rien ne me séduit là-bas,
Je touche le lointain du doigt.
C’est ici, qu’entre ciel et terre,
Morose, séjourne l’ennui.

Il creuse jour et nuit la terre,
Il creuse et retourne le sable.
Parfois il pousse un cri plaintif,
Et puis se tait — jusqu’au suivant.

Tout ce qui vient, tout ce qui fut —
Ce n’est que cendre froide et morte,
Comme ces pierres sur la tombe
De l’amour, dans les champs perdue.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Elle n’a pas encore pu dénombrer toutes ses terres (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



    

Elle n’a pas encore pu dénombrer toutes ses terres.
Actuellement elle séjourne à la hauteur des épaules. On
laisse entendre que très prochainement elle rejoindrait
ses domaines frontaux.

Elle travaille. À s’ouvrir les mains.

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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Mon âme est un noeud enchevêtré (James Clerk maxwell)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016



Mon âme est un noeud enchevêtré
Façonné sur un vortex liquide
Par une Intelligence séjournant dans l’Invisible
Ne cherche pas à démêler la tienne
De tes propres mains; tu serais comme le condamné
Qui reste assis à contempler la résistance de ses chaînes.
Car les outils pour la dénouer
Se trouvent dans l’espace à quatre dimensions.

(James Clerk maxwell)

 

 

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L’instant de poésie (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2015



L’instant de poésie:
fragile, à cause de nous
qui ne savons pas séjourner;
pas à cause d’elle,
poésie,
qui est égale
inlassablement.

(Andrée Chedid)

 

 

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N’attends pas de les voir (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2015


clairière

La clairière, la plage,
pour y séjourner
n’attends pas de les voir.

(Pierre Dhainaut)

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Terre et Poésie (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2015




Terre et Poésie

Vivre en poésie, ce n’est pas renoncer ;
c’est se garder à la lisière de l’apparent et du réel,
sachant qu’on ne pourra jamais réconcilier, ni circonscrire.

L’instant de poésie : fragile, à cause de nous qui ne savons pas séjourner ;
pas à cause d’elle, poésie, qui est égale inlassablement.

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts – ou cernés
jamais en leur étroite forme, ce qui est mourir d’une autre façon.

Le poème apparaît souvent comme un éboulis de mots,
dépourvus de sens pour l’oeil non exercé.

La poésie suggère.
En cela, elle est plus proche qu’on ne pense de la vie,
qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

Nous ne donnons rien au poème qu’il ne nous rende au centuple.
Nous croyons le faire ; c’est lui qui, secrètement, nous fait.

Quand on a pris goût à l’espace sans dimension de la poésie,
on n’accepte que par à-coups
– parfois aussi par égard pour les autres –
le quotidien et les ruelles exactes.

Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie
que cet homme qui – sans parole aucune –
se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre,
ou le coeur attentif à la voix d’un ami.

L’appel du poème est rarement contraignant.
Le plus souvent discret, ne dirait-on pas que son premier désir
est qu’on veuille bien, tout d’abord, écouter.

Si la poésie n’a pas bouleversé notre vie,
c’est qu’elle ne nous est rien.
Apaisante ou traumatisante, elle doit marquer de son signe ;
autrement, nous n’en avons connu que l’imposture.

Tant que nous n’aurons pas résolu le problème des origines
– et i1 semble que la clef translucide ne sera jamais à notre anneau -,
la poésie gardera sa raison d’être.
De la certitude de ne jamais savoir tout à fait,
elle seule et l’amour nous consolent.

Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain
aussi certainement que nous portons notre corps,
cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements ;
mouvements de cet être intérieur que certains appelleraient « âme ».
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

(Andrée Chedid)

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