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Posts Tagged ‘s’éloigner’

LE CHEVALIER À L’ARMURE ÉTINCELANTE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019



Illustration: Jérôme Royer
    
LE CHEVALIER À L’ARMURE ÉTINCELANTE

Vieil homme vieil homme
arbre à la dure écorce
de quels bourgeons es-tu capable encore ?

Est-ce que soudain tu recommences ?
Est-ce bien toi qui regardes qui entends?
Où vas-tu, mon chemin ?
Je ne te voyais plus dans la forêt
Un éclair, mille éclairs
percent l’ombre et m’illuminent

Qui a vécu vivra
Un reflet perdu
Une voix chante et s’éloigne

Pour un rayon pour un regard pour un visage
j’adore ton retour sans fin
O vie interrompue
toujours reprise

De ce torrent source cachée
je détourne le cours
jusqu’à l’infinitude
au-delà de la mort.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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VERS LE PRINTEMPS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



VERS LE PRINTEMPS

Les gouttes tombent des auvents…
Rumeur de temps pleins de lumière…
Je veux sourire, oui, un instant.
Allons, tous debout, prolétaires !

De l’horizon ouvert, riant,
S’éloignent des monts glaciaires.
Sous le ciel, avec fleurs et chants,
Allons, tous debout, prolétaires !

(George Bacovia)

 

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Ce qui manque à la parole (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Karen LaMonte

    
Ce qui manque à la parole

Oublier, c’est aimer :
je t’oublie pour te retrouver
tu t’éloignes pour que revienne
le mystère de ta présence
je te parle et tu me parles
pour que s’échappe de nous
ce qui manque à la parole.

Oublier ? Le corps n’oublie pas
ses blessures, ses éveils, ses désirs
mais veut-il se souvenir
de leur secrète source ?
Oublier, c’est aimer :
c’est se fondre
au diapason des jours
à la mélodie des espaces

c’est accepter de ne plus savoir
pour connaître

et de ne plus connaître
pour exister.

Oublier, c’est aimer.

(Alain Suied)

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Appeler où il n’y a personne (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Appeler où il n’y a personne
c’est comme s’appeler soi-même
ou sa part la plus farouche :
l’ombre de son absence.

Et l’appeler là où elle rejoint
l’ombre de toutes les absences.
C’est pourquoi, il est probable
que frapper où il n’y a personne
se transforme en appeler une présence.

Et convoquer une présence
nous mène toujours à rencontrer une absence.

Alors, même si j’en souffre,
il vaut mieux que tu ne sois pas là quand je t’appelle.
Ou si tu l’es, que tu t’éloignes,
pour tenter la rencontre dans l’absence.

***

Llamar donde no hay nadie
es como llamarse a uno mismo
o a su parte más esquiva:
la sombra de su ausencia.

Y llamarla allí donde se junta
con la sombra de todas las ausencias.
Es probablemente por eso
que golpear donde no hay nadie
se convierte en llamar a una presencia.

Y convocar a una presencia
nos lleva siempre a encontrar una ausencia.

Así aunque me duela,
es mejor que no estés cuando te llamo.
O si estás, que te retires,
para ensayar el encuentro en la ausencia.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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QUAND M’ACCOMPAGNE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
QUAND M’ACCOMPAGNE

Quand m’accompagne la pensée
de toi dans cette nuit où je me réfugie,
parfois, loin des horreurs du jour — m’étreint
figé comme statue une telle douceur.

Puis je me lève et reprends mon chemin.
De moi se sont éloignées la jeunesse et la gloire.
Autre souci des autres me sépare.
Mais la pensée de toi, que tu vis, me console
de tout. Tendresse immense,
comme inhumaine…

***

QUANDO IL PENSIERO

Quando il pensiero di te mi accompagna
nel buffo, dove a volte dagli orrori
mi rifugio del giorno, per dolcezza
immobile mi tiene come statua.

Poi mi levo, riprendo la mia vita.
Tutto è lontano da me, giovanezza,
gloria; altra cura dagli altri mi strana.
Ma quel pensiero di te, che tu vivi,
mi consola di tutto. Oh tenerezza
immensa, quasi disumana!

(Umberto Saba)

 

Recueil: Comme on cherche un trésor
Traduction: Franc Ducros
Editions: La Dogana

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Sur le tard, je n’aime que la quiétude (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



Sur le tard, je n’aime que la quiétude.
Loin de mon esprit la vanité des choses.
Dénué de ressources, il me reste la joie
De hanter encore ma forêt ancienne.

La brise des pins me dénoue la ceinture;
La lune caresse les sons de ma cithare.
Quelle est, demandez-vous, l’ultime vérité?
Chant de pêcheur, dans les roseaux, qui s’éloigne…

(Wang Wei)

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Allô allô (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




    
Allô allô
c’est un poème

L’appel doit venir de très loin
la sonnerie est différente

C’est un poème qui appelle
mais j’entends mal ce qu’il me dit

Nous ne sommes pas seuls sur la ligne
la voix du poème est lointaine

Raccrochez je vous rappelle
donnez-moi votre numéro

Je vous appelle d’une cabine
dit le poème qui s’éloigne

Allô allô ne coupez pas
Mais je n’entends plus le poème

Il y a d’autres voix à sa place
qui parlent traites et factures

Il y a d’autres voix sur la ligne
On parle russe et allemand

Puis la voix d’une opératrice
Parlez Vous avez Bangkok en ligne

C’est une erreur Raccrochez
Ce n’est pas moi qui demande

On m’appelle de plus loin
Ne me coupez pas du poème

Le poème voulait me dire
quelque chose que j’ignorais

Il l’avait sur le bout des lèvres
Je l’avais tout près de l’oreille

Mais ce qu’a dû dire le poème
s’est perdu dans le brouhaha

Il y a quelque part un poème
qui demandait à me parler

J’ignore ce qu’il voulait me dire
et ne saurai plus rien de lui

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sous les pierres (Michel Passelergue)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2019



Sous les pierres,
à l’écoute des cassures du Temps.
Des eaux ou des braises…
Souterraines nourriront les excroissances de ton sommeil.
Et ta fenêtre leur devra ces pluies de silence,
ces images filtrées par l’oubli quand,
buveur de mots perdus,
tu t’éloigneras de la rive brasillante.

(Michel Passelergue)


Illustration

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TROUBLE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



TROUBLE

1
Il faisait lourd: la lumière brûlait,
Mais ses regards étaient comme des rayons.
J’ai tressailli: celui-là
Est capable de me dompter.
II s’est incliné. Que va-t-il dire?
Le sang a quitté mon visage.
Que cet amour soit sur ma vie
Comme une dalle funéraire.

2
Tu n’aimes pas, tu ne veux pas me regarder?
Ô, que tu es beau, maudit!
Je ne peux pas m’envoler;
Moi qui dès l’enfance ai eu des ailes.
Un brouillard me couvre les yeux,
Objets et visages se brouillent,
Il n’y a plus que cette fleur,
Cette fleur à ta boutonnière.

3
Comme le veut la simple politesse,
Il s’est approché de moi. Il a souri.
À moitié tendre, à moitié nonchalant,
Il a effleuré ma main de ses lèvres —
Sur moi se sont posés des yeux
De mystérieuse image antique.
Dix ans de spasmes et de cris,
Toutes mes nuits insomnieuses,
J’ai tout mis dans un mot discret,
Que j’ai eu tort de prononcer.
Tu t’es éloigné; à nouveau
J’avais l’âme vide et claire.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Julie Grugeaux

 

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Ces pauvres choses (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019




    
Ces pauvres choses qui nous étaient
si proches, cartes et plumiers,
règles, compas, la nuit dispersée,
la confiance ancienne.

Aux quatre coins du monde,
les clameurs, les phares,
écoliers et chevaux, l’incroyable
beauté des rires et des voix.

Tout cela qui s’éloigne comme
un ballet d’éphémères, une feuille
au fil de l’eau flottant.

On ne voit plus devant soi
qu’abîme, une ombre, une autre,
des murs froids, des effondrements.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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