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Poésie

Posts Tagged ‘s’embrasser’

Cygnes (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020




    
Cygnes

Quand Un fit l’amour avec Zéro
Les sphères embrassèrent les tores
Et les nombres premiers s’avancèrent
Tendant leurs mains vers les frais sycomores
Et les fractions continues blessées à mort
Dans le torrent des décimales muettes se couchèrent

Quand B fit l’amour avec A
Les paragraphes s’embrassèrent
Les virgules s’avancèrent
Tendant leur cou par-dessus les ponts de fer
Et l’alphabet blessé za mort
S’évanouit dans les bras d’une interrogation muette

(Raymond Queneau)

 

Recueil: L’instant fatal
Traduction:
Editions: Gallimard

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Lâchez les réseaux sociaux (Achbé)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2020



Illustration: Achbé
    
Lâchez les
réseaux sociaux
embrassez-vous.

(Achbé)

 

Recueil: Ma rue par Achbé
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand un gros nuage (Fred Astaire)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Quand un gros nuage maladroit
d’ici
rencontre une petite nuée duveteuse
de là-bas,
il ondule vers elle.

Elle s’enfuit
mais il file droit sur elle.
Elle pleure un peu et là,
vous avez
une petite douche.

Il la console.
Ils s’allument l’un l’autre,
ce sont les éclairs.
Ils s’embrassent,
c’est le tonnerre !

(Fred Astaire)

 Illustration

 

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Nous jouons tous les deux (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

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Nous jouons tous les deux
Et l´amour est un jeu
Dangereux
On joue à se frôler
On joue à s´embrasser
On joue sans s´avouer
Que l´on ne fait que jouer
On triche quelques fois
On se ment à mi-voix
C´est la Loi

On cherche la couleur
Qui nous rendra vainqueur
Mais à la moindre erreur
On y laisse son cœur

Nous jouons tous les deux
Et l´amour est un jeu
Dangereux
On joue à s´embrasser
On joue à se blesser
On joue sans s´avouer
Que l´on ne sait pas jouer
Quand tu joues avec moi

Moi je suis contre toi
Dans tes bras

Heureux d´être imprudent
Heureux d´être perdant
Car si j´y perds mon cœur
L´amour est le vainqueur

(Georges Moustaki)

Illustration: Abdalieva Akzhan

 

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Sur le banc devant la maison (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
Sur le banc devant la maison

Viens t’asseoir à côté de moi sur le banc devant la maison,
femme, tu en as bien le droit,
voici quarante ans que nous sommes ensemble.

Cette fin d’après-midi, alors qu’il fait si beau,
c’est aussi le soir de notre vie.
Tu as bien mérité, vois-tu, un peu de repos.

Maintenant, les enfants sont placés.
Ils sont allés chacun de son côté et nous sommes de nouveau rien que les deux,
comme quand nous avons commencé.

Femme, te souviens-tu?
Nous n’avions rien pour commencer, tout était à faire.
Et nous nous sommes mis à l’ouvrage.

Ça n’allait pas tout seul, il nous en a fallu du courage !
Il nous en a fallu de l’amour,
et l’amour n’est pas ce qu’on croit au commencement.

Se serrer l’un contre l’autre, s’embrasser, se parler tout doux à l’oreille.
Ça, c’est bon pour le jour de la noce !
Le temps de la vie est grand, mais le jour de la noce ne dure qu’un jour.

C’est seulement après, qu’a commencé la vie.
Les enfants viennent; il leur faut quelque chose à manger,
des vêtements et des souliers, ça n’a pas de fin.

Il est aussi arrivé qu’ils étaient malades, alors tu devais passer toute la nuit à veiller
et moi, j’étais à l’ouvrage d’avant le jour jusqu’à la nuit tombée.
Nous croyions être arrivés à quelque chose, puis après, tout était en bas et à recommencer.

Des fois, nous étions tout dépités de voir que nous avions beau faire,
nous piétinions sur place et même, nous repartions en arrière.
Te souviens-tu, femme, de tous ces soucis ?

Mais nous sommes restés fidèles l’un à l’autre,
et ainsi, j’ai pu m’appuyer sur toi, et toi la même chose sur moi.
Nous avons eu de la chance d’être ensemble, les deux.

On s’est mis à l’ouvrage, nous avons duré et tenu le coup.
Le véritable amour n’est pas pour un jour.
C’est toute la vie que nous devons nous aimer, s’aider et se comprendre.

Puis, les affaires sont allées du bon côté, les enfants ont tous bien tourné.
Mais aussi, on leur avait appris à partir sur le bon chemin.
Nous avons un petit quelque chose au soleil et dans le bas de laine.

C’est pourquoi, cette fin d’après-midi, alors qu’il fait si beau,
assieds-toi à côté de moi.
On veut pas parler, nous n’avons plus rien à nous dire.

Nous n’avons besoin que d’être les deux
et laisser venir la nuit,
bienheureux d’avoir bien rempli notre vie.

(Traduction du texte patois)

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

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Bleuet et Coquelicot (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Bleuet et Coquelicot

—Encore une journée de bonheur qui vient de s’écouler
ma chère Bleuette.
—Et qui recommencera demain, ma chère Coquelicot.
—Regrettes-tu ton ancienne forme?
—Non.
—Ni moi, non plus.
—Nous avons bien fait de choisir ce modeste village
pour y vivre tranquillement.
Le bonheur n’est qu’aux champs.
—Avec Lucas qui est si bon.
—Et avec Blaise, qui joue si bien de la musette.
—Rien n’est doux au monde comme d’être femme.
—Pour être heureuse, il faut avoir un coeur.
Puis les deux jeunes filles se mettaient devant leur miroir.
—Ne suis-je pas plus jolie que lorsque j’étais simple bleuet?
demandait l’une.
—Qui ne me préférerait à tous les coquelicots de la terre?
répondait l’autre.

Voilà ce que la bergère Brune et la bergère Blonde
se disaient chaque soir, après quoi elles s’embrassaient,
et s’endormaient jusqu’aux premiers roucoulements de leurs tourterelles.

(J.J. Grandville)

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Le chemin du jardin (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Le chemin du jardin maritime s’assombrit,
La lumière jaune des réverbères fraîchit.
Je suis très calme. Seulement il ne faut pas
Me parler de lui.
Tu es gentil, fidèle, et nous serons amis…
Se promener, s’embrasser, vieillir…
Au-dessus de nous, les mois légers
Voleront comme étoiles de neige.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Emil Nolde

 

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LA GARE (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

LA GARE

GARE de la douleur j’ai fait toutes tes routes.
Je ne peux pîus aîler, je ne peux plus partir.
J’ai traîné sous tes ciels, j’ai crié sous tes voûtes.
Je me tends vers îe jour où j’en verrai sortir
Le masque sans regard qui roule á ma rencontre
Sur le crassier livide où je rampe vers lui,
Quand le convoi des jours qui brûle ses décombres
Crachera son repas d’ombres pour d’autres ombres
Dans l’étable de fer où rumine la nuit.

Ville de fiel, orgues brumeuses sous l’abside
Où les jouets divins s’entr’ouvrent pour nous voir,
Je n’entend plus gronder dans ton gouffre l’espoir
Que me soufflaient tes choeurs, que me traçaient tes signes,
A l’heure où les maisons s’allument pour le soir.

Ruche du miel amer où les hommes essaiment,
Port crevé de strideurs, noir de remorqueurs,
Dont la huée enfonce sa clef dans le coeur
Haïssable et hagard des ludions qui s’aiment,
Torpilleur de la chair contre les vieux mirages
Dont la salve défait et refait les visages,
Sombre écofe du soir où la classe rapporte
L’erreur de s’embrasser, l’erreur de se quitter,
Il y a bien longtemps que je sais écouter
Ton écluse qui souffre à deux pas de ma porte.

Gare de ma jeunesse et de ma solitude
Que l’orage parfois saluait longuement,
J’aurai longtemps connu tes regards et tes rampes,
Tes bâillements trempés, tes cris froids, tes attentes,
J’ai suivi tes passants, j’ai doublé tes départs,
Debout contre un pilier j’en aurai pris ma part
Au moment de buter au heurtoir de l’impasse,
A l’heure qu’iî faudra renverser la vapeur
Et que j’embrasserai sur sa bouche carrée
Le masque ardent et dur qui prendra mon empreinte
Dans le long cri d’adieu de tes portes fermées.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Edvard Munch

 

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PRIÈRE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2018



PRIÈRE

Ne me fais pas mourir sous les glaces de l’âge,
Toi qui formas mon coeur du feu pur de l’amour ;
Rappelle ton enfant du milieu de l’orage.
Dieu! j’ai peur de la nuit. Que je m’envole au jour !

Après ce que j’aimai je ne veux pas m’éteindre ;
Je ne veux pas mourir dans le deuil de sa mort :
Que son souffle me cherche, attaché sur mon sort,
Et défende au froid de m’atteindre.

Laisse alors s’embrasser dans leur étonnement,
Et pour l’éternité, deux innocentes flammes.
Hélas ! n’en mis-tu pas le doux pressentiment
Dans le fond d’un baiser où s’attendaient nos âmes.

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

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BATTANTS DE PORTE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (57)

BATTANTS DE PORTE

Nous sommes différents, tellement différents
Dans le rapprochement, comme
Des battants de porte, qui tendent l’un vers l’autre,
S’unissent, s’embrassent mutuellement, se ferment,
Se partagent le sommeil, le baiser en deux,
Séparant leurs os,
Dans un grincement déchirant, dans le silence.

Nous sommes tellement divers dans le rapprochement

Deux tâches noires unies dans la lumière.
Deux points, deux battants, deux corps.

(Au-dehors dans les couloirs hurle la solitude.)

(Georges Themelis)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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