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Posts Tagged ‘s’embuer’

J’ai tant de choses à te dire (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017




J’ai tant de choses à te dire
Que je n’aurai jamais fini
De te parler, de te sourire
Pour essayer, d’être compris.

Mais elles s’embuent de mystère
Comme ta voix et ton sourire,
Comme tes mains dans la lumière,
Les choses que je veux te dire.

Hélas! J’ai beau faire, beau dire,
Il ne me reste qu’à me taire
Et à laisser parler mon coeur

Avec cette voix familière
Qu’il a pour parler du bonheur
Dès que je cherche à te les dire.

(Maurice Carême)

Illustration: Jean-Louis Guianvarch

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Le prompteur (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2016



Le prompteur

Tout est écrit.
Il n’y a qu’à lire en feignant d’inventer.
Mais le prompteur parfois s’embue
parce que la lumière s’est mise à douter d’elle-même
ou parce qu’une larme est tombée d’une étoile non encore promulguée.
Ou bien c’est le texte qui, soudain, sort de ses rails en couinant comme un goret.
Alors on met en marche dans sa poitrine le générateur de secours,
on peint n’importe quels sons sur la taie qui a recouvert la parole,
on redresse à la main les aiguillages de la phrase
Et peu à peu le discours usurpateur recouvre les pleins pouvoirs
dont, tout un instant, l’a dépossédé
l’inintelligible mais authentique charabia de l’homme.

(Jean Rousselot)

 

 

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La rue sous ma fenêtre (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



La rue sous ma fenêtre

La rue sous ma fenêtre comme les autres jours,
Et les vitres sont pleines des images quelles ont ramenées
De leur vol au-dessus de la ville. On voit le ciel
Avec les nuages et les fumées des usines. On voit
Des femmes si semblables aux écumes sur les plages,
Et des enfants avec des beaux jouets dans un jardin riche,
Et d’autres enfants avec des jouets pauvres dans une cour
Et tant d’images que mes yeux survolent comme des vitres.

Le jour s’embue sous mon souffle, comme un miroir. Est-ce vous
Hommes, ces doux brouillards qui inondent ma chambre ?
Venez, approchez-vous, penchez-vous
Sur mon épaule, assistez à la naissance du poème.
Est-ce vous que j’entends marcher dans l’escalier ? C’est au
Troisième étage de cette maison ouvrière, au douze
De la rue Jonquoy. Est-ce vous dans ce halètement
D’un suave départ vers les ténèbres ? Puisque les choses
Vont faire bientôt un grand voyage à travers la nuit.
Quelles sont donc les richesses du jour quelles doivent emporter ?
Quels éclats du matin, du midi, du crépuscule
Seront chargés sur les choses, comme sur des navires
Pour cette secrète traversée ? En silence
Chaque objet prend le strict nécessaire
De la lumière du jour. Et c’est vous
Hommes, mes semblables, mes frères, que je reconnais
Innombrables autour de moi. Je sais bien,
C’est vous qui faites craquer le plancher
Et le vieux bahut ; asseyez-vous partout
Sans crainte, j’aime tant votre souffle de foule
Qui caresse ma face. Écoutez,
Nous chanterons ensemble la louange du jour,
Nous accueillerons le soir et les feux allumés,
Au-delà des vieux murs pour saluer la bonté,
Ensemble, nous serons à espérer la gloire
De l’homme. Et nous dirons ensemble
Ce soir et tous les soirs qui vont encore suivre
Cette prière aux hommes, aux frères innombrables

Nos frères, hommes, qui êtes sur la terre
Que vos noms soient sanctifiés
Que votre règne arrive
Que votre volonté soit faite
Sur la terre comme au ciel
Partageons désormais notre pain quotidien
Partageons désormais notre joie quotidienne
N’acceptons plus les offenses
Car nous n’avons jamais offensé personne,
Ne nous laissons plus succomber à l’angoisse, à la misère,
Délivrons-nous, nous-mêmes, du mal,
Ainsi soit-il

(Ilarie Voronca)

Illustration: James Zwadlo

 

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Paysage féminin (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2015



Je suis devant ce paysage féminin
Comme un enfant devant le feu
Souriant vaguement et les larmes aux yeux
Devant ce paysage où tout remue en moi
Où des miroirs s’embuent où des miroirs s’éclairent
Reflétant deux corps nus saison contre saison
J’ai tant de raisons de me perdre
Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon
Belles raisons que j’ignorais hier
Et que je n’oublierai jamais
Belles clés des regards clés filles d’elles-mêmes
Devant ce paysage où la nature est mienne
Devant le feu le premier feu
Bonne raison maîtresse
Etoile identifiée
Et sur la terre et sous le ciel hors de mon coeur et dans mon coeur
Second bourgeon première feuille verte
Que la mer couvre de ses ailes
Et le soleil au bout de tout venant de nous
Je suis devant ce paysage féminin
Comme une branche dans le feu.

(Paul Eluard)


Illustration: Alexandre Cabanel

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T’aimer (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2015



 

Liz McKay  -ImpressioniArtistiche-1 [1280x768]

T’aimer c’est creuser son trésor
te voir le découvrir à deux

C’est même trouvaille réelle c’est même désir lumineux
qui s’embue et s’achève en perle
quand on se cherche au fond des yeux

(Ernest Delève)

Illustration: Liz McKay

 

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