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Poésie

Posts Tagged ‘s’émouvoir’

L’été nocturne (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
L’été nocturne

Dans les herbages jaunes de cet été
Te souviens-tu, nocturne était notre tristesse
Cet été-là, au baiser de la boue
Au chant furieux mêlé au rien
A ces palais de feuilles tombées irrévélées

Et c’est là que ta voix se posait, tremblant
Sous mille fleurs conquises des arbres éternels

S’émeuvent autour de toi ces fleurs qu’on dit sans nom
Mais les fleurs ont un nom mais ta voix s’y absente
Ces fleuves labourés de barques qui s’achèvent
Perdues merveilleusement sur l’écume étagée

Des accords se poursuivent en leur exil noir
Sur ces eaux si amères où je parle en ton nom.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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L’aube heureuse (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



L’aube heureuse rit clair au sommet des maisons
Et les passants ont ce matin mille visages neufs
Et dans le vent j’aspire la senteur de ta robe frôlée.

Je sais ton âme claire comme une ville en fête
Et l’allégresse chante dans l’effort de ta marche
Et la lumière émue baise ta nuque blanche.

Une clarté profuse inonde ton visage
Et je découvre dans l’essor d’une joie imprévue
Comme une vie renouvelée parmi les choses familières.

Mes doigts s’émeuvent
à l’os sublime de ta hanche
où gît le sens véridique de la vie !

Une joie émerge de ton corps nu
neuve comme un flot de lumière,

jeune comme une voix d’enfant.
Et je presse entre mes mains heureuses,
Comme on fait d’un fruit pesant de soleil,
la plénitude d’or de ta chair irradiée.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Anne-Marie Zylberman

 

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LE BATEAU DES FLEURS DU FAUBOURG DE L’OUEST (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018




Illustration
    
LE BATEAU DES FLEURS DU FAUBOURG DE L’OUEST
Thou-Fou

Sur ce bateau, est la plus belle des femmes ;
ses sourcils ressemblent aux cornes des papillons.

Elle improvise des vers, en s’accompagnant tristement de sa flûte ;
et les Sages s’émeuvent, dans les hautes nuées.

Comme une fleur tombée dans la boue,
les passants cruels m’abandonnent.

Les blés de riz, que le vent balance, sont plus heureux que moi ;
lorsqu’ils entr’ouvrent leurs épis,
on croirait voir mon sourire :

Mais moi, depuis longtemps, je ne souris jamais plus.

Et bientôt, un homme, tirant par-dessus son épaule le cordon de soie,
qui attache le Bateau des Fleurs à la rive,
conduira ma douleur vers un autre pays !

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Ombre simple (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



ombre simple

la fin de la parade
transforme le moi d’un passant
en tache blanche
il a du mal à reprendre sa marche
s’émeut d’une ombre simple
qui tient son rang près d’un arbre

(Hédi Kaddour)

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Spector (Luís Antonio Cajazeira Ramos)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Illustration
    
Spector

Si tu étais toi, comment serais-tu et que ferais-tu?
Clarice Lispector

Clarice, « si j’étais moi » n’a pas de sens.
C’est comme si je pouvais être quelqu’un.
Si être moi-même je ne sais l’être, comment
être quelqu’un qui aurait été un autre que vous ?

Mieux vaut être ici l’être en soi
et ne pas être un autre au-delà de tout.
Il y a longtemps que cette vie n’est pas bonne
pour celui qui pense ou qui s’émeut.

Mieux vaut n’être ni Clarice ni moi,
Clarice, ni que ce soit moi qui vous dise
ce qu’il vaut mieux – pour vous, déjà morte

en moi ce que je voulais connaître ce
ce que je sentais, ce que je voulais pour moi
une façon, cette façon gauche de vivre.

***

Se você fosse você, como seria e o que faria?
Clarice Lispector

Clarice, “se eu fosse eu” não faz sentido.
É como se eu pudesse ser alguém.
Pois nem ser eu sei ser, quanto mais quem
houvesse além de si haver havido.

Melhor deixar aquém o ser contido
e se deixar além de todo além.
Hà muito que essa vida não faz bem
a quem vive pensando ou comovido.

Melhor não ser Clarice nem ser eu,
Clarice, nem ser eu a te dizer
o que é melhor – a ti, que jà morreu

em mim o que queria conhecer
o que sentia, o que queria meu
um jeito, no sem jeito de viver.

(Luís Antonio Cajazeira Ramos)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Tu demandes (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



 Illustration
    
— Tu demandes pourquoi on peut jouer
le théâtre de Sophocle et d’Aristophane,
s’émouvoir du chant de Virgile et d’Empédocle,
des discours de Démosthène et de Cicéron,

On t’a souvent dit que le Progrès fait l’Histoire,
sauf en Art où le temps commence et pour toujours
au moment précis où l’expression le révèle,
et où siècle après siècle nous nous nourrissons,

Si Passé et Futur accompagnent les hommes,
l’Art est seul à connaître un éternel Présent ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Je t’aime (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



Illustration: Edward John Poynter
    
Je t’aime

Je te tiens à mon poing comme un oiseau
Je te promène dans la rue avec les femmes
Je puis te rouer de coups et t’embrasser
Ô poésie
En même temps
T’épouser à chaque heure du jour
Tu es une belle figure épouvantable
Une grande flamme véhémente
Comme un pays d’automne démâté
Tu es ceinte de fouets sanglants et de fumées
Je ne sais pas si tu t’émeus
Je te possède
Je te salis de mon amour et de mes larmes
Je te grandis je te vénère je t’abîme
Comme un fruit patiemment recouvert par la neige.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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TOMBEAU DU NÉANT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Alexandre Folliot
    
TOMBEAU DU NÉANT

Ci-gît la vie,
ci-gît le rire,
ci-gît tout ce qui planait sur la montagne,
tout ce qui dansait au son de la résine ;
ci-gît un homme qui n’eut que le tort d’exister,
ci-gît un enfant qui crut saisir un peu d’espace.

Mort l’arc-en-ciel, vieux châle décrépi ;
morte la comète, d’avoir voulu se reposer ;
et l’arbre s’est pendu du haut de sa propre cime,
et le vautour s’est étranglé de son aile puissante,
et le poisson explosa en découvrant la brise pure.

« Désolées », disent les roches, et les voilà qui se réduisent en amadou ;
« Peinées », disent les vagues, et les voilà qui se transforment en écailles.
Où est celui qui s’obstinait à devenir lui-même ? on l’a tué ;
où est celui qui cherchait à savoir pourquoi l’on parle
pourquoi l’on pleure ? nulle part, il fut écorché vif.

Ci-gît quoi donc ? personne n’ose en discuter.
Ci-gît, pourquoi le dire ? quelqu’un sur qui déjà galope la bourrasque;
ci-gît ce qui est trop éphémère pour qu’on l’appelle mort ;

ci-gît…
qui donc encore comprend l’épitaphe ?
qui donc encore conçoit le deuil ?
qui donc encore s’émeut de voir
les gens tomber, les choses disparaître ?

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ÉCOUTE (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2017



Illustration   
    
L’ÉCOUTE

que sommes nous
absorbés par nos doutes
une somme des rêves
des âmes éphémères
des vies passagères
des envies légères

la tentative de traduire
notre moi profond
restant vaine

seul notre coeur
est cette part
de nous même
qui s’émeut vibre
et se donne

oser sans fioriture
offrir à l’autre
cette parure

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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Tambour d’étonnements (Mario Quintana)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



 

Julia Perret    -tenir-la-lumiere

Tambour d’étonnements

Tes poèmes, ne les date jamais…
un poème n’appartient au temps…
Puisque dans son pays étrange,
s’il y a une heure, c’est toujours l’heure extrême
Quand l’ange Azraël nous étale à la soiffarde
lèvre le calice inextinguible…

Un poème cela existe pour toujours, poète:
Ce que tu écris aujourd’hui c’est bien le même poème
Que celui que tu as écrit dans ta jeunesse,
Et c’est aussi le même que
bien après ton dernier départ,
Quelqu’un lira à voix basse en s’émouvant
À le faire vivre à nouveau…

(Mario Quintana)

Illustration: Julia Perret

 

 

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