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Poésie

Posts Tagged ‘s’emparer’

Dans le soleil de midi (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration
    
— Dans le soleil de midi où s’endort la ville
tu es là;

Te voir
libère le monde que ta beauté exalte,
dissout les brumes,
les ombres,
les bruits,

Impose ce silence qu’enfante la mer,
accentue le dessin des toits et des rues,
donne à l’air une saveur d’ivresse,
qu’on inhale bouche ouverte et yeux clos ;

Tu es là,
et ton corps absorbe la lumière,
estompe les autres corps
qui sans hésitation,
se mettent à l’écart
du corps qui les ranime,

Qui donne à leurs mouvements banals
une légèreté nubile,
à leurs inquiétudes
une couleur pastel ;

Tu es là
et ton corps,
à jamais,
s’empare de ma mémoire ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Regarde l’oiseau voler (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
— Regarde l’oiseau voler,
tes yeux s’emparent de son vol,
plus sûrement que ta main,
si elle tenait l’oiseau ;

Regarde la mer étale,
tes yeux s’emparent de sa couleur,
plus sûrement qu’un seau d’enfant,
s’il le remplissait d’eau ;

Regarde la rose s’ouvrir,
tes narines s’emparent de son parfum
plus sûrement que la serre
où la fleur se cultive ;

Qui détient ne tient rien,
qui libère s’empare,
le vent est plus dans les cheveux qu’il mêle
que dans le ballon qu’il gonfle ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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LE POSEUR DE QUESTIONS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

Arnold Böcklin La Guerre

LE POSEUR DE QUESTIONS

Très loin, dans le dedans de mon écorce chaude,
dans le noir embrouillé des veines et du sang,
le poseur de questions tourne en rond, tourne et rôde
il veut savoir pourquoi tous ces gens ces passants ?

Le mort que je serai s’étonne d’être en vie,
du chat sur ses genoux qui ronronne pour rien,
du grand ciel sans raison, du gros vent malappris
qui bouscule l’ormeau et se calme pour rien.

Un cheval roux pourquoi ? Pourquoi un sapin vert ?
Et pourquoi ce monsieur qui fait une addition,
qui compte : un soleil, deux chiens, trois piverts,
qui compte sur ses doigts pleins de suppositions ?

Il compte sur ses doigts, mais perd dans ses calculs
sa raison de compter, sa raison de rêver,
sa raison d’être là, tout pesant de scrupules,
et d’être homme vivant sans qu’on l’ait invité.

Ainsi que le soleil ou sa flamme caresse
et blesse ou bien guérit le nageur incertain
ainsi de notre mort qui ralentit ou presse
le pas de nos destins

Il ne faut pas tromper les cavaliers du sort
et leurs chevaux légers comme l’écume au vent
Ne passez pas le temps à mentir à la mort
c’est un jeu décevant

Ne passez pas vos jours à vous passer de vie
Ne passez pas l’amour à vous passer de temps
Ne passez pas le temps à attendre la nuit
ni les neiges d’antan

Car votre mort en vous se moque de vos pièges
et se glisse au serré du plus tendre baiser
remonte à la surface et plus vive que liège
plus souple que l’osier

s’empare de ce coeur qui se croyait léger
l’alourdit le surprend le presse et le défait
et fait de ce vivant de vivre soulagé
un mort très stupéfait.

(Claude Roy)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Quels sentiments s’emparent de toi (Carl Gustav Carus)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration: David Caspar Friedrich
    
Quels sentiments s’emparent de toi
lorsque gravissant le sommet des montagnes,
tu contemples de là-haut la longue suite des collines,
le cours des fleuves et le spectacle glorieux qui s’ouvre devant toi ?

— tu te recueilles dans le silence,
tu te perds toi-même dans l’infinité de l’espace,
tu sens le calme limpide et la pureté envahir ton être,
tu oublies ton moi.

Tu n’es rien,
Dieu est tout.

(Carl Gustav Carus)

 

Recueil: Neuf Lettres sur la peinture de paysage
Traduction:
Editions:

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NOCTURNE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration
    
NOCTURNE

le vent plus sûr de nous que nous ne sommes
s’empara du trône de minuit

déjà l’écume avait franchi d’attendre
ébouriffés ses cheveux jubilaient

sachant souffrir le cri des grands lointains
même un brin d’herbe avait sa tâche

entre nous deux s’éboulaient tous les mots
si vif est le silence des yeux clairs qui nous lavent

tu rêvais de marcher sur les eaux
elles s’étaient portées garantes

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Lumière (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018




    
— Lumière,

Saisis-moi,
empare-toi de moi,
ne m’emporte pas hors du Temps,
hors de ce monde,
n’anéantis pas l’ombre d’où tu es née,
où je me repose,
immortalise ce dont mortel mon corps se nourrit,
les formes, les couleurs,
les sons, les souvenirs, les odeurs,
la solitude,
le silence,

Lumière,

Prends ce qui m’appartient,
mais qu’ai-je à te donner que tu n’aies déjà ?
possède-moi,
transfuse-moi,
transfigure-moi,
Lumière !

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Peur du déluge de chants et d’images (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Illustration: Marie-Christine Thiercelin
    
— Peur du déluge de chants et d’images,
peur du torrent de mots et de cris,
peur du tourbillon de rêves et de désirs,
peur du vertige où mon corps se disloque,

Ô bien-aimé silence,
empare-toi de moi,
protège-moi des assauts incessants
des maîtres invisibles qui cherchent à soumettre
ceux qui osent résister aux défaites du temps,
aux paresses, aux lâchetés du monde,

Ô silence bien aimé,
envahis-moi de toi ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Du silence naît la parole (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



    

— Du silence naît la parole,
de lui elle se nourrit,
de lui elle reçoit ce qui la rend utile,
au silence elle confie ses déchets,
pour qu’il les recycle ;

Du silence naît le rêve,
de lui il se nourrit,
de lui il reçoit ce qui le réalise,
au silence il confie ses scories,
pour qu’il les régénère,

Du silence naît la vie,
de lui elle se nourrit,
de lui elle reçoit ce qui la sacralise,
au silence elle confie ses restes,
dont la mort s’empare ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Prends le temps de savourer (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




    
— Prends le temps de savourer un matin d’été,
de goûter le silence de la nuit qui fuit,
de suivre l’envol des hirondelles graciles
qui jouent avec le vide et réchauffent leurs ailes,

Prends le temps d’écouter le bruissement des feuilles
dont le vent sec de l’aube efface la rosée,
de sentir sur tes lèvres que ta langue effleure
la chaleur du soleil que l’horizon libère,

Prends le temps de laisser la beauté du matin
s’emparer de ton corps et ranimer le monde ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Chaque matin d’un bond (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2017



 

Chaque matin d’un bond
Le soleil prend pied dans mon visage.
Je m’empare de cette brûlure comme d’un gouvernail.

(Lorand Gaspar)

 

 

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