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Poésie

Posts Tagged ‘s’emporter’

La lampe luit (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




    
La lampe luit, la chambre est ouverte —
dehors j’entends courir le vent.
Les feuilles, les feuilles battantes,
les feuilles battantes du printemps — de la nuit
vertes et noires et molles —
leurs lèvres mouillées, faible battement de mains —
écoute leur envol, leur fuite,
les revoilà —
escarmouches d’armes douces dans le noir,
elles se heurtent,
entends-les s’emporter,
la nuit est grand-ouverte
comme l’écluse —
sur ma main baiser frais et caresse,
la lumière luit comme enfumée.
comme pour s’endormir,
dans la fausse lueur, se lover, se soulever, retomber.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Contre qui t’es-tu emporté ? (conte zen)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017


Un soir d’automne, le brouillard épais masque presque entièrement la rivière
Saïtama
Un moine et un jeune novice s’apprêtent à la traverser sur une barque
légère. Les flots sont jaunes et tumultueux, un vent violent s’est levé :
« Maître, je sais bien que l’on nous attend au monastère de Rishiko, mais ne
serait-il pas prudent de remettre notre visite à demain ? Nous pouvons manger
une boulette de riz, et dormir dans la hutte de branchages que j’aperçois
là-bas.

– « … »

Son maître gardant le silence, Kasuku se résigne à embarquer, et commence
à ramer.
On ne voit de l’autre rive qu’une ligne sombre perdue dans le
brouillard.

« Maître, la rivière est large et le vent qui souffle par le travers nous
empêche d’avancer à notre gré.

– » … »

Une dizaine de minutes s’écoulent qui semblent une heure à Kasuku.
Il rame en silence, le coeur inquiet.
Soudain, lâchant les rames, il se dresse, le bras levé :
« Maître, Maître ! Regardez cette barque qui émerge du brouillard, elle vient
droit sur nous !

– » … »

– Maître, elle va nous heurter, nous éventrer, nous allons chavirer.
Ohé, du pilote ! Oh, oh, du pilote ! Si je tenais celui qui gouverne cette embarcation,
je lui assénerais un bon coup de bâton qui lui ôterait l’envie de mettre en
danger de saints hommes comme nous…

– « … »

– Maître, voyez la barque approche, elle va nous éperonner de sa proue effilée.
J’aperçois maintenant le pilote, ce timonier assassin dort paisiblement !

– « … »

– Maître, la barque est tout près ! Par Brahma !
Que ce pilote criminel soit maudit,

que le cycle de ses renaissances s’étende sur un million d’années,

qu’il soit chacal, hyène, rat, punaise…

À l’instant du choc, un remous opportun, ou une manoeuvre habile du maître,
écarte le danger, et les deux barques indemnes poursuivent leur chemin.

– » Tu as observé l’intérieur de la barque, Kasuku ? demande le moine zen.

– Oui, Maître. La forme que je prenais pour un homme était un sac de grains.

– « Dis-moi, Kasuku, contre qui t’es-tu emporté ? »

(conte zen)

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Départ (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration
    
Départ

Et de sa main, au fil de l’eau,
S’échappe et tombe, feuille à feuille,
Moussure verte, chèvrefeuille.
L’automne tremble — pourtant chaud.

L’été desserre son étau,
L’automne rêve et se recueille ;
Une prière au fil de l’eau
S’échappe et tombe, feuille à feuille.

Ainsi s’emporte au fil de l’eau
Mon cœur qui tristement s’endeuille !
Partir, c’est laisser un lambeau :
L’âme s’échappe, feuille à feuille…

(Bernard de Louvencourt)

 

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