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Poésie

Posts Tagged ‘s’en aller’

LE PETIT GARÇON PERDU (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017




    
LE PETIT GARÇON PERDU

Père, père, où vas-tu ?
Pas si vite, pas si vite.
Parle, père, à ton petit garçon,
Ou bien je me perdrai.

La nuit était noire et le père absent
Le petit garçon était trempé de rosée
La lune était épaisse et l’enfant pleurait.
Alors le brouillard s’en alla.

***

THE LITTLE BOY LOST

`Father, father, where are you going?
O do not walk so fast.
Speak, father, speak to your little boy,
Or else I shall be lost.’

The night was dark, no father was there;
The ohild was wet with dew;
The mire was deep, & the child did weep,
And away the vapour flew.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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Au grenadier (T. Carmi)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration
    
Au grenadier

Va, va-t’en d’ici.
Va-t’en vers d’autres yeux.
J’ai déjà écrit sur toi hier.

J’ai dit vert
à tes branches qui se prosternent au vent
et rouge rouge rouge
aux gouttelettes de tes fruits.
J’ai crié clarté à ta racine
humide, obscure et tenace.

A présent tu n’es plus.
A présent tu me caches le jour
et la lune pas encore levée.

Mais toi, viens,
(j’ai écrit sur toi avant-hier
et ton jeune souvenir
brûle mes mains comme le chardon),
viens et tu verras cet étrange grenadier :
son sang est dans mon âme, mon coeur, mes mains,
et lui, il est toujours encore planté à son poste.

(T. Carmi)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: M. Lazar
Editions: Gallimard

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Entretemps le bras se lève (Silvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017




    
entretemps le bras se lève
sur le quai indépendant
de la vue les cris la foule
les paquets les espaces
abandonnés entre les bateaux
la secousse le glissement
de la quille qui se détache
et la fumée en débâcle
dans les ombres égarées
me disent que c’est moi
celle qui reste et non
celle qui s’en va

(Silvia Baron Supervielle)

 

Recueil: Sur le fleuve
Editions: Arfuyen

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D’un infini secret à l’autre (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



D’un infini secret à l’autre
Écoute, comme une ombre
s’avancerait, la mer, l’inlassable
vol des vagues qui claquent
contre la terre, écoute
ce monde devenu monde, à force
de résonner parmi les ans. Ton enfance
est cette matière fossile, un vœu
du temps qui brûle à mesure.
Écoute, et l’oiseau fuira encore
brisant tes châteaux sur le sable
de cette côte de l’Atlantique
où tu vis s’en aller l’aube
et revenir par tant de marées.

(Hélène Dorion)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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Appel (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




Illustration: Alexandre de Riquer
    
Appel

En proie à l’existence, à ce mal très cruel,
Je lance à l’infini mon douloureux appel…

A cette heure terrible et trouble de silence
Je ressens tout le mal aigu… Le soir encense…

Que dans ce crépuscule où s’enlise l’effroi
Quelqu’une vienne enfin pour me sauver… A moi !…

Lasse des faux baisers et des paroles creuses,
Que surviennent pour moi des heures moins fiévreuses !

Lasse de tous ces jours qui ne sont pas meilleurs,
Que je m’en aille enfin n’importe où, mais ailleurs !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Ce quelque chose (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017



Illustration: Razvan Ciocanel
    
Ce quelque chose — ou quelqu’un —
Venu de loin
Qui nous effleure avec douceur,
Dans la velléité de l’aube,
Pour nous annoncer que toujours
Le monde recommence.

Il nous entoure d’une tunique d’herbe
Et de rosée,
Puis s’en va à pas d’écureuil,
Nous laissant inter-dits,
Dans le jour iné-dit
Qui déjà commence.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Que la vie en vaut la peine (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



 

Que la vie en vaut la peine

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix.

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages.

II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
II y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant.

C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement.

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre.

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font.

Malgré l’âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri.

Cet enfer. Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur.

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

(Louis Aragon)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Tentation (Yvonne Le Meur-Rollet)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



 

Zabh (21)

Tentation

Très souvent,
J’ai eu
Envie de m’en aller,
Envie de te quitter.
Je ne supportais plus d’attendre
Qu’enfin tu rentres,
Qu’enfin tu changes,
Qu’enfin tu penses un peu à moi
Et que tu sois moins infidèle,
Que tu devines le danger
Auquel je m’étais exposée
Depuis que j’avais découvert
D’autres regards
Aussi luisants que la cascade au déversoir,
Une autre bouche au goût de saule,
Un autre cou pour y plonger
Et d’autres paumes
Venues puiser
Au creux bleuté de mon désir.

Je suis toujours restée,
Barque trop sûre
Pour chavirer
Aux crues des rêves dévalés…
Tu n’as même pas soupçonné
Que le danger
Était passé tout près
Et qu’aujourd’hui encore,
J’ai parfois comme un regret
D’y avoir échappé.

(Yvonne Le Meur-Rollet)

Illustration: Zabh

 

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LA VIE, COMME UN GLAÇON AMER (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



LA VIE, COMME UN GLAÇON AMER
A Louis Guillaume.

La vie, comme un glaçon amer
Qui n’en finit pas de fondre,
Se promène dans la bouche
La gorge et autres lieux d’ombre.

Impossible de savoir
Où s’en va cet équipage
Dont on se croyait le maître
Par la balle ou le couteau.

Impossible de savoir
Avant la grande embolie
Sur quelles plages de peau fine
Se lèvera l’embellie.

Mais tout de même on s’acharne
Dans les zones, les voiries
Et parfois, l’oreille au ventre
D’une femme, on croit entendre
Les phares tourner dans la nuit.

(Jean Rousselot)

Illustration

 

 

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La rose penche la tête (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



la rose penche la tête
comme si elle avait des bras

elle résiste au vent
et le vent s’en va seul

sans dire un mot
sans dire un mot

plus la rose meurt
plus il est difficile d’en parler

(Zbigniew Herbert)

Illustration: Vladimir Kush

 

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