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Poésie

Posts Tagged ‘s’en aller’

Vert exclusif (Madeleine Le Floch)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



Vert exclusif

La mer
en s’en allant
écrivait sur le sable
un poème

que le vent
jaloux
effaçait.

(Madeleine Le Floch)

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Devant la forêt des hêtres (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




Illustration: Gustav Klimt
    
Devant la forêt des hêtres

La première fois que je le rencontrai

devant la forêt des hêtres
Ton visage me dit qu’amour n’était
Ni impatience ni force
Mais je ne te crus pas et je m’en allai

par toutes sortes de routes
Dans les nuées

Puis vint le jour où mon fantôme

Avec plaisir te reconnut à l’orée de la même forêt

Toi aussi tu le retrouvas et la voix parla dans l’air

«Amour, dis-tu, n’est ni impatience ni hâte!»

Alors seulement je te crus

Maintenant la neige put s’étendre

Sur toute parole inutile et silencieuse

(Jacques Chessex)

 

 

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Le baiser du soir (Leopoldo Maria Panero)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration
    
Le baiser du soir

Père, je m’en vais :
je vais jouer dans la mort,
père, je m’en vais.
Dis adieu à ma mère,
éteins la lumière de ma chambre :
père, je m’en vais.

Dis à l’enfant qui rit là-bas,
je ne sais de quoi, peut-être de la vie,
mon nom, rien que mon nom
range bien mes jouets
l’ours avec l’ours, et range le chien
près de l’oiseau, quant au canard
laisse-le seul, le canard :
père, je m’en vais : je vais jouer avec la mort.
Il y avait une flamme, oui dans mes yeux,
d’avoir tant de nuits veillé,
et que personne n’avait su fermer
sinon moi ; pardonne-moi, père, s’il n’y avait
personne, à part moi : je m’en vais,
je m’en vais seul jouer avec la mort.

Père, je suis mort, déjà, et quelle obscurité
tout cela :
pas de lune, pas de soleil, pas de terre ici,
père, je suis mort.
Nous sommes les morts comme des malades
et le cimetière est l’hôpital
on y joue au docteur
drap blanc et bistouri
et des tombes comme autant de lits
pour rƒver : ils sont si blancs ces os
père si blancs : comme rêver.

Les autres disent, les plus morts d’entre nous,
ceux qui passent un temps fou
à se venger ici de Dieu,
que le Diable viendra, le bon Diable,
qu’il viendra le Diable avec plus de fleurs
que personne n’en peut porter.
Père, je suis mort, je ne suis pas seul
père, je suis mort, j’ai des amis
avec qui jouer.

Mère, ces baisers que tu reviens
me donner dans la tombe
me réveillent, me donnent froid
j’ai été vivant, je l’ai su
maintenant
laisse-moi oublier.

Père, je suis mort, et la tombe
est un berceau bien meilleur
père, il n’y a personne, je suis seul
père, si un jour à nouveau
je retourne parmi vous, père si à nouveau je vis
j’ignore de quoi je pourrais rêver.

(Leopoldo Maria Panero)

 

Recueil: Bonne nouvelle du désastre et autres poèmes
Traduction: Victor Martinezet Cédric Démangeot
Editions: Fissile

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QUATRE CANARDS (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2018



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QUATRE CANARDS

Quatre canards fort affairés
s’en allaient à la file indienne
le bec au vent, l’oeil affamé
sur le lac du bois de Vincennes.

Le premier vit un poisson vert
mais l’ayant couvert de son ombre
le second n’aperçut qu’un ver
qu’il négligea dans la pénombre.

Le troisième n’eut qu’un pli d’eau
jugez ce qu’eut le quatrième !
Autant voguer sur un ruisseau
avec la cane que l’on aime.

(Pierre Béarn)

 

 

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SOLEIL DES TRISTESSES (Jean-Baptiste Para)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



Illustration: Edvard Munch
SOLEIL DES TRISTESSES
    
Celui qui chante son chemin
s’en va du même pas que le jour
un sac de ciment sur l’épaule

La chaleur est si forte
et tous nos gestes sans défense
comme un oiseau sorti des laîches

Des portes closes la clé brille
à quel rebord d’une fontaine
perdant toujours son eau rouillée

Enfant qui tousse au ciel de mai
amour trop seul en son langage
un peu de vent sur les fougères

Amour jamais ô neige sale
couleur d’étain qui monte en vrille
et le protège de sa faute

Au thé lampé dans les soucoupes
aux pas qui mâchent le gravier
la vie se froisse dans l’obscur

(Jean-Baptiste Para)

 

Recueil: La faim des ombres
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Et quand tout retombe (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2018



Illustration: Stéphane Pencréac’h
    

et quand tout retombe
on regarde en l’air
qui peut bien pleurer

puis le vent se lève
on pense au poète
on pense aux colombes

on s’en va sur l’eau
d’un pas décidé
mais plus rien ne porte

alors le noyé
se souvient du temps
qu’il était vivant

son coeur désormais
garde le silence
il a sa retraite

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Quelqu’un s’en va vers l’orage (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



Illustration: Philip Mckay

    

quelqu’un s’en va vers l’orage
sa tête a faim de la foudre
ses yeux mangent les nuages
il veut boire la lumière

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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CORPS ABSOLU (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2018



 

CORPS ABSOLU

Le corps absolu s’éveille
enfile chemise et pantalon

et s’en va par les rues

*

THE ABSOLUTE BODY

The absolute body wakens
puts on pants and shirt

and goes out into the streets

(Kenneth White)

Illustration

 

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SUR LES QUAIS (Roselyne Parisot)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2018



 

Wilhelm Hammershoi 3_3 [1280x768]

SUR LES QUAIS

J’ai tant vu des bateaux au ventre plein de rêves
Qui décrochaient la grève et l’emmenaient radeau
J’ai tant vu des bateaux qui faisaient tour du monde
Qui faisaient mappemonde et se noyaient dans l’eau

Mais moi je suis resté sur les quais en partance
Entre foule qui danse
Et voyageurs pressés
Et moi je suis resté sur les quais sur les quais

J’ai tant vu de ces trains aux fumées qui s’échappent
Accrochées en écharpe pour tenir chaud au loin
J’ai tant vu de ces trains qui faisaient tour de gare
Qui faisaient pas d’histoires mais se perdaient lointains

Mais moi je suis resté sur les quais en partance
Entre foule qui danse
Et voyageurs pressés
Et moi je suis resté sur les quais sur les quais

J’ai tant vu des avions aux ailes de promesses
Qui s’envolaient sans cesse vers des pays vision
J’ai tant vu des avions qui crevaient les nuages
Qui faisaient des orages et tombaient sans raison

Mais moi je suis resté à rêver de partance
Entre foule qui danse
Et voyageurs pressés
Et moi je suis resté
Et moi je suis resté
Et moi je suis resté
A rêver de m’en aller, de m’en aller.

(Roselyne Parisot)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

 

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SI TU T´EN VAS (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2018



 

Akzhana Abdalieva -  -  (14) [1280x768]

SI TU T´EN VAS

Si tu t´en vas
Si tu t´en vas un jour
Tu m´oublieras
Les paroles d´amour
Ça voyage pas

Si tu t´en vas
La mer viendra toujours
Vers le rivage
Les fleurs sauvages
Dans les blés lourds
Viendront toujours

Si tu t´en vas
Si tu t´en vas un jour
Tu m´oublieras
Les blessures d´amour
Ne s´ouvrent pas

Si tu t´en vas
La source ira toujours
Grossir le fleuve
Les amours neuves
Vers les beaux jours
Iront toujours

Si tu t´en vas
Si tu t´en vas un jour
Tout finira
Les choses de l´amour
Ne vivent pas

Si tu t´en vas
La mort vaincra toujours
La fleur de l´âge
C´est son ouvrage
Malgré l´amour
Qui meurt toujours

Si tu t´en vas
Si tu t´en vas un jour
Rappelle-toi
Les paroles d´amour
Ne s´envolent pas

Si tu t´en vas
Au-delà de la vie
Vers la lumière
Où les prières
N´arrivent plus
Elles sont perdues

Si tu t´en vas
Si t´en vas un jour
Dans ces coins-là
Nous parlerons d´amour
Comme autrefois

Si c´est possible…

(Léo Ferré)

Illustration: Akzhana Abdalieva

 

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