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Poésie

Posts Tagged ‘s’endormir’

VERS DE HAUTES PORTES (Marc Chagall)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall 
    
VERS DE HAUTES PORTES

Seul est mien ce pays
Qui se trouve en mon âme;
Comme un familier, sans papiers,
Je m’y rends.
Il voit ma tristesse et ma solitude,
Il me couche pour m’endormir,
Me recouvrant d’une pierre d’odeurs.

Un vert jardin fleurit en moi, des fleurs imaginées,
En moi mes propres rues s’étendent.
Les maisons manquent
Depuis le temps de mon enfance elles sont en ruines,
Leurs habitants s’égarent dans les airs,
Ils cherchent un logis, ils vivent dans mon âme.

Voici pourquoi quelquefois je souris
Quand le soleil scintille à peine,
Ou bien je pleure
Comme une pluie légère dans la nuit.

Je me souviens d’un temps
Où je portais deux têtes…
C’était un temps
Où les deux têtes
Se couvraient d’un voile d’amour,
Se dissipaient comme le parfum d’une rose.

Il me semble à présent
Que même en revenant sur mes pas
J’avance
En direction de hautes portes
Qui cachent un chaos de murs
Où les tonnerres abattus passent leurs nuits
Et les éclairs brisés.

(Marc Chagall)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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UNE COMPLAINTE JUIVE (David Einhorn)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019



Illustration: Rafal Olbinski
    
UNE COMPLAINTE JUIVE

Comme à leur arc rivées
Les cordes sont tendues,
Tirées à se briser
Par des mains inconnues,
Mais sans frémir, muettes,
Comme avant la tempête
Dans les yeux la tristesse
Se calcine, embrasée.

Terrifiant silence
Qu’on ne peut endurer,
Douleur à ne pas dire
Plaie à ne pas montrer,
Comme harpes qui pendent
Muettes sur les branches
Quand dans les doigts se fendent
Les sanglots étranglés.

Pourtant les heures restent
Quand l’océan s’endort,
Que du bleu sourd le presque
Imperceptible accord,
Vers nous, de chaque corde,
Un écho monte alors,
Comme prière il flotte
Comme une voix implore.

Tout s’allège et la peine
Peut alors déposer
Au coeur comme au désert
Un semblant de rosée.
Le réconfort nous berce
Comme longue langueur,
Une complainte juive
Se trempe dans les pleurs.

(David Einhorn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MON BATEAU ET MON QUAI (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



Rockwell Kent 22 [1280x768]

 

MON BATEAU ET MON QUAI

Mon bateau et mon quai
Mon havre ma tempête
Le jour est fatigué
De tourner dans ta tête

Ah ! Je m’en vais m’embarquer bientôt
Vent debout vent derrière
Hé ! Ho ! bientôt
Je m’en vais m’embarquer
Mon calme ma tempête
Mon havre mon bateau
Je m’en vais m’embarquer bientôt

Ma neige mon pommier
Mon oiseau et ma branche
Les draps sont bien pliés
Dans l’armoire à dimanche

Ah ! Je m’en vais m’envoler bientôt
Vent debout vent arrière
Hé ! Ho ! bientôt
Je m’en vais m’envoler
Mon coup d’aile et ma branche
Mon arbre mon oiseau
Je m’en vais m’envoler bientôt

Mon lit mon beau soulier
Mon château ma fileuse
Sous le mois de janvier
Il dort de l’herbe heureuse

Ah ! Je m’en vais m’enfermer bientôt
Vent debout vent arrière
Hé ! Ho ! bientôt
Je m’en vais m’enfermer
Ma laine ma frileuse
Mon hiver mon manteau
Je m’en vais m’endormir tantôt

(Gilles Vigneault)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Je reviendrai (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2019




Je reviendrai
quand je serai grand
quand je serai graine
quand je serai fou

Je reviendrai
je te le promets
quand je serai nu
quand je serai source

La cruche
débordera
dans la fontaine
quand je reviendrai

Ce sera un jour d’été vert

Je reviendrai
quand je serai boeuf
quand je serai pierre
quand je serai terre

Je reviendrai
quand je serai vent d’autan
quand je serai pluie
quand je serai tilleul

La fumée
montera droit
dans le ciel gris
quand je reviendrai

Ce sera un jour à escargots

Je reviendrai
quand je serai né
quand je serai vendange
quand je serai bon

Je reviendrai
quand je serai corbeau
dans les coquelicots
du crépuscule

Peut-être
découvrirai-je
le secret du monde
quand je reviendrai

Ce sera un jour à miracles

Je reviendrai
montagne bélier solaire
et je m’endormirai dans ta laine
je te le promets.

(Henri Gougaud)

Illustration: Stefan Caltia

 

 

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PETIT CHIEN SOMBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



Salvador Dali  [800x600]

PETIT CHIEN SOMBRE

Tu sais mes secrètes décombres,
Cette eau vaseuse et ces remous,
Mais tu t’endors sur mes genoux
Comme un petit chien sombre.

Ciel un peu trouble entre les feuilles,
Sous tes boucles ton front est blanc.
Mon oreille avide recueille
Le bruit que fait ton sang.

J’écoute ce battement grave
Du petit chien sombre endormi,
L’invisible courant du gave
Qui dans ton corps frémit.

Mais notre pensive alliance
N’est faite de sang ni de chair.
Tu ne crains pas les brefs éclairs
Brûlant dans mon silence.

Tu n’entends rien en moi qui gronde,
Ce vieux coeur hurlant à la mort.
Je suis ta douceur en ce monde,
Le havre où tu t’endors.

Du fond des songes où tu fus,
Se lèvent tes prunelles pures
Sur ma misérable figure
Où le masque n’est plus.

(François Mauriac)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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Un mystère plus fort (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



 

Franz von Stuck  52 [1280x768]

Un mystère plus fort
que leur malédiction innocentant leur coeur,
ils plantèrent un arbre dans le Temps,
s’endormirent au pied,
et le Temps se fit aimant.

(René Char)

Illustration: Franz von Stuck

 

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Berceuse pour chaque jour (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



 

Berceuse pour chaque jour
jusqu’au dernier

Nombreuses fois, nombre de fois,
L’homme s’endort, son corps l’éveille ;
Puis une fois, rien qu’une fois,
L’homme s’endort et perd son corps.

(René Char)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

Illustration: William Bouguereau

 

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LE BASSIN ROSE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2019



 

fontaine rose

LE BASSIN ROSE

Si le jet d’eau s’est tu dans la vasque, si l’or
De la statue en pleurs au centre du bassin
S’écaille sur la hanche et rougit sur le sein,
Si le porphyre rose en l’onde saigne encor;

C’est que tout, alentour, s’engourdit et s’endort
D’avoir été charmant, mystérieux et vain,
Et que l’Écho muet dans l’ombre tend la main
Au Silence à genoux auprès de l’Amour mort.

L’allée est inquiète où l’on ne passe plus;
La terre peu à peu s’éboule du talus;
La porte attend la clef, le portique attend l’hôte,

Et le Temps, qui survit à ce qu’il a été
Et se retrouve toujours tel qu’il s’est quitté,
Fait l’eau trop anxieuse et les roses trop hautes.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Mon chien me revigore toute (Clarice Lispector)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



Illustration: Mary Cassatt
    
Mon chien me revigore toute.
Sans parler qu’il dort parfois à mes pieds
en emplissant la chambre
de sa chaude vie humide.

Mon chien m’apprend à vivre.
Il est seulement « étant ».
« Être » est son activité.
Et être est ma plus profonde intimité.

Quand il s’endort sur mes genoux,
je veille sur lui et sa respiration bien rythmée.
Et – lui immobile sur mes genoux –
nous formons un seul tout organique,
une vivante statue muette.

(Clarice Lispector)

 

Recueil: Un souffle de vie
Traduction: Jacques Thiériot & Teresa Thiériot
Editions: Des femmes

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Qu’il neige sur la Ville (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



 

Qu’il neige sur la Ville

Qu’il neige sur la Ville et neige dans le coeur,
qu’il neige, ô lente neige, à travers notre songe,
qu’il neige sur l’oiseau, dans la main du veilleur
où l’ombre et la durée à l’infini s’allongent ;
qu’il neige sur le temps, sur la feuille et l’écorce,
qu’il neige sur la vie aux visages sans nom,
avec le chant du soir, l’oubli des jours à naître,
que sur les morts debout neigent tous les hivers.
Plus pauvre que le pauvre, ô neige pardonneuse,
qu’il neige du silence et neige sur l’esprit ;
ne sommes-nous ce peu qu’un peu de neige efface
et pourquoi tant de bruit pour un peuple qui passe ?
Pour reculer en nous les révélations,
qu’il neige avec le spleen, qu’il neige avec l’angoisse,
neige de l’absolu, qu’il neige sur la race,
qu’il neige sur moi-même ainsi que sur l’ami,
est-il un souvenir qui n’ait sa neige aussi ?
Qu’il neige sur les Rois, qu’il neige sur Marie,
douce neige, qu’il neige, ô bénédiction,
et que l’aurore soit, qu’il neige et qu’on oublie.
La pâle odeur des lys épanche le sommeil,
ô neige patiente où s’endort le soleil,
pour le pardon de l’homme et le pardon du crime,
qu’il neige, neige étrange, au creux de nos chagrins,
sur toute vanité, sur la vigne et la tombe,
je veux rester ici parmi les pèlerins
à contempler la neige avec le ciel qui tombe.

(Géo Libbrecht)

Illustration: ArbreaPhotos

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