Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘s’endormir’

FILLE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2022




    
FILLE

Tes chaudes mains, souples brandons,
Frôlent en vain ma solitude;
Ton plaisir ne m’est qu’une étude;
Le dédain préside à mes dons.

Le fruit banal où nous mordons
Pend triste au clos de l’habitude;
Je farde mal mon hébétude
Du frais carmin des abandons.

Sans que ta force ne le sente,
Ton désir n’étreint qu’une absente;
Le coeur distrait rêve ou s’endort.

Comme une fille ses piastres,
Au bord du ciel, alcôve d’or,
Mes yeux pensifs comptent les astres.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

BERCEUSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
BERCEUSE

Endormons-nous, petit chat noir.
Voici que j’ai mis l’éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous bois, à de félins museaux…
Moi rêver d’Elle.

Nous n’avons pas pris de café,
Et, dans notre lit bien chauffé
(Qui veille pleure.)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J’oublierai l’heure.

Sous tes yeux fins, appesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttière.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a déchiré
Ma vie entière.

Et ton cauchemar sur les toits
Te dira l’horreur d’être trois
Dans une idylle.
Je subirai les yeux railleurs
De son faux cousin, et ses pleurs
De crocodile.

Si tu t’éveilles en sursaut
Griffé, mordu, tombant du haut
Du toit, moi-même
Je mourrai sous le coup félon
D’une épée au bout du bras long
Du fat qu’elle aime.

Puis, hors du lit, au matin gris,
Nous chercherons, toi, des souris
Moi, des liquides
Qui nous fassent oublier tout,
Car, au fond, l’homme et le matou
Sont bien stupides.

(Charles Cros)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fourrure (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Fourrure

Même un fantôme invisible reste un lieu
Où le regard se heurte et revient en écho.
Mais dans cette fourrure noire, le regard
Le plus fort se dissout,

Comme un fou que rien ne soulage
Fonce et hurle dans sa nuit noire
En cognant les murs mous de sa cellule
Et soudain s’apaise.

Elle garde et cache tous les regards
Tombés sur elle, et les surveille,
Public indifférent ou menaçant,
Puis s’endort avec eux.

Réveillée, elle montre sa face enfin,
Et soudain tu te vois minuscule,
Prisonnier de l’ambre de ses yeux,
Comme un insecte.

(Rainer Maria Rilke)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOIRÉE D’HIVER (Juhan Liiv)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2022




Photo Germain Droogenbroodt
    
Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Armenian, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil

Poem of the Week Ithaca 714, “WINTER EVENING”
JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

SOIRÉE D’HIVER

Tendre soirée d’hiver,
habillée de soie sombre.
A travers la brume brille
une étoile, puis elle s’endort.

Le cœur soudain s’inquiète,
puis à son tour s’apaise,
se fond et s’unit
à ce soir d’hiver.

(Juhan Liiv)

, Estonia (1864–1913)
Adaptation Francis Combes

***

WINTER EVENING

A mild winter evening
dressed in dark silk,
through the mist a star
glimmers, then sleeps.

The heart stirs briefly,
then it, too, grows calm:
It has become one
with the winter evening.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Translation by H.L. HIX

***

NOCHE INVERNAL

Noche tierna invernal,
vestida de seda.
Una estrella en la bruma
brilla, luego se duerme.

El corazón se agita,
se serena después
y se funde, se hace uno
con la noche invernal.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Traducción Ángela Artero Navarro

***

WINTERSE AVOND

Een milde winterse avond
gekleed in donkere zijde.
In de nevel licht een ster op,
en valt daarna ook in slaap.

Roerig beweegt het hart
wordt dan ook rustig:
en versmelt, eengeworden
met de winterse avond.

JUHAN LIIV, Estland
Vertaling Germain Droogenbroodt

***

أُمْسِيَةٌ شَتَويَّة

أُمْسِيَةٌ شَتَويَّة هَاِدَئٌة.
تَرْتَدِي الحَرِيرَ الأَسودَ.
تَشْتَعِلُ نَجْمَةٌ عَبْرَ الضَّبَابِ ، ُثمَّ تَنْطَفِيءْ.

فَجْأَةً يَهْتَزُ الَقْلبُ قَلِقًا، ثُمَّ يَهْدَأُ بِبُطْءٍ
يَذُوبُ…
وَيَتَّحِدُ مَعَ تِلَكَ الأُمْسِيَةِ الشَّتْوِيَة.

جوهان لييف، استونيا (1864-1913)
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

ՁՄՌԱՆ ԵՐԵԿՈ

Մուգ մետաքս հագած
ձմեռային մեղմ երեկո,
մշուշի միջից
փայլում է աստղը, ապա քնում:

Սիրտն աշխուժանում է,
ապա նույնպես խաղաղվում,
նա նույնացել է
ձմռան երեկոյի հետ:

Ջուհան Լիիվ, Էստոնիա (1864–1913)
Թարգմանությունը Հ. Լ. Հիքսի
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan

***

শীতের সন্ধ্যা

একটি মৃদু শীতের সন্ধ্যা
সেজে আছে গাঢ় শীতের রেশম পোশাকে,
কুয়াশার মাঝে একটি নক্ষত্র
মিটমিট করে জ্বলে, তারপর ঘুমিয়ে যায় ।

হৃদয় নরে ক্ষণিকের তরে,
তারপর এটি, ও হয়ে যায় শান্ত:
এটি পরিণত হয়েছে একটি
শীতের সন্ধ্যার মত ।

জুহান লিভ, এস্তোনিয়া (১৮৬৪-১৯১৩)
অনুবাদ H. L. Hix
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

NIT HIVERNAL

Nit tendra hivernal,
vestida de seda.
Una estrella en la boira
brilla, després s’adorm.

El cor s’agita,
se serena després
i es fon, se’n fa un
amb la nit hivernal.

JUHAN LIIV, Estònia (1864–1913)
Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

冬 夜

一个温和的冬夜
身穿深色丝绸衣衫,
一颗星透过薄雾
闪烁,然后入眠。

这心啊一阵悸动,
然后它,也,变得平静:
心啊已成为伴随
冬夜的一颗星。

原作:爱沙尼亚 诸翰·利夫(1864-1913)
英译:H.L 黑克斯
汉译:中 国 周道模 2022-1-7
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

عصر زمستانی

عصر زمستانی ملایم
در. لباس ابریشمی تیره،
از میان مه یک ستاره
می‌درخشد، و‌سپس می‌خوابد.

دل برای مدتی کوتاه مضطرب می‌شود،
و سپس، هم‌چنان آرام می‌شود:
و یکی می‌شود
با عصر زمستانی.

خوان لیو، استونی، ( ۱۹۱۳-۱۸۶۴)
ترجمه: سپیده زمانی
Translated into Farsi by Sepideh Zamani

***

WINTERABEND

Sanfter und dunkler Winterabend,
als wäre er in Seide gekleidet.
Ein Stern funkelt im Nebel
und schläft dann auch ein.

Unruhig ist das Herz,
dann beruhigt es sich friedlich
verschmiltz und vereint sich
mit dem Winterabend.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Übersetzung Germain Droogenbroodt

***

ΧΕΙΜΩΝΙΑΤΙΚΗ ΕΣΠΕΡΑ

Ήρεμη χειμωνιάτικη εσπέρα
ντυμένη στα μεταξωτά
στη μέση λάμπει
ένα αστέρι προτού
πέσει για ύπνο.

Τρέμει η καρδιά για λίγο
μετά ηρεμεί κι αυτή
σαν τη χειμωνιάτικη
εσπέρα

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

ערב חורפי / יוהן ליב, אסטוניה
JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)

עֶרֶב חָרְפִּי מָתוּן
לָבוּשׁ מֶשִׁי כֵּהֶה,
מִבַּעַד לַעֲרָפֶל כּוֹכָב
מְנַצְנֵץ, וְאָז יָשֵׁן.

הַלֵּב נָע קַלּוֹת,
וְאָז גַּם הוּא נִרְגָּע:
מִתְמַזֵּג
עִם הָעֶרֶב הַחָרְפִּי.

תרגום לאנגלית: H. L. Hix
מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
הצילום של ג’רמיין דרוגנברודט
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

सर्दियों की शाम

हल्की सर्दी की शाम
गहरे रेशमी कपड़े पहने,
धुंध के माध्यम से एक सितारा
झिलमिलाता है, फिर सो जाता है।

कुछ देर के लिए दिल धड़कता है,
तब वह भी शांत हो जाता है:
यह एक हो गया है
सर्दियों की शाम के साथ।

जुहान लिव, एस्टोनिया (1864-1913)
ज्योतिर्मय ठाकुर द्वारा हिंदी में अनुवाद l
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

VETRARKVÖLD

Milt vetrarkvöld
klætt dökku silki,
í gegnum mistrið ljómar
stjarna og sofnar svo.

Hjartanu er órótt andartak,
svo róast það líka:
Það hefur sameinast
vetrarkvöldinu.

Juhan Liiv, Eistlandi (1864–1913)
Þór Stefánsson þýddi samkvæmt enskri þýðingu H. L. Hix
Translated into Icelandic by Thor Stefansson

***

MALAM MUSIM DINGIN

Malam musim dingin yang sejuk
berpakaian sutra gelap,
melalui kabut bintang
berkedip lalu tidur.

Jantung berdebar sebentar,
kemudian itu, juga, menjadi tenang:
Hal itu telah menyatu
dengan malam musim dingin.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

***

TRÁTHNÓNA GEIMHRIDH

Tráthnóna séimh geimhridh
faoi chlúdach shíoda dubh,
tríd an gceo dríthlíonn
réalta fánach.

Corraíonn an croí bomaite,
ansin ciúnaíonn sé:
é féin agus an tráthnóna
mar aon.

JUHAN LIIV, an Eastóin (1864–1913)
Leagan Gaeilge le Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

SERA INVERNALE

Sera invernale tenera e scura,
come vestita di seta.
Una stella nella bruma
risplende e poi anche dorme.

Inquieto è il cuore,
poi si calma
e si unisce tutt’uno
alla sera invernale.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Traduzione di Pietro U. Dini

***

冬の夜

静かな冬の夜は
黒い絹に包まれ
霞の向こうに星は輝き
そして眠る

こころは束の間ざわめき
それもまた静まる
そして冬の夜と一つになった

ユハン・リーヴ(エストニア, 1864-1913)
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

MAJIRA YA BARIDI YA JIONI

Jioni baridi ya wastani,
imevaa hariri nyeusi, kupitia ukungu nyota inang’aa, kisha inalala.

Moyo unasisimka kwa muda mfupi,
halafu, pia, unakuwa mtulivu:
umekuwa mmoja
na jioni ya baridi.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Utafsiri H. L. Hix na Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

***

ÊVARA ZIVISTANÊ

Êvara zivistanê nerm û tarî ye
tibê wê hevrişim lixwerkirî.
Stêrek çîkdide di mijê de
û paşê jî dixewê.

Dil hizan e
paşê aştiyane hêmin dibe
ditewê û bi êvara
zivistanî re dibeyek.

JUHAN LIIV, 1864 – 1913, Êstoniya
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

ЗИМСКА ВЕЧЕР

Блага зимска вечер
облечена во темна свила,
низ маглата ѕвезда
светка, а потоа заспива.

Срцето е во возбуда кратко,
а потоа и тоа исто, расте смирено:
станува едно
со зимската вечер.

Juhan Liiv, Estonia (1864–1913)
Јухан Лив, Естонија (1864–1913)
Translation H. L. Hix
Translation into Macedonian: Daniela Andonovska-Trajkovska
Превод на македонски: Даниела Андоновска-Трајковска

***

PETANG MUSIM SEJUK

Petang musim sejuk yang ringan
diselubungi sutera gelap,
melalui kabus sebiji bintang
berkilau, kemudian lelap.

Hati berputar sebentar
kemudian, ia juga menjadi tenang:

Bersatu ia
dengan petang musim sejuk itu.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Terjemahan H. L. Hix
Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

***

[ZIMOWY] WIECZÓR
Łagodny zmierzch ciemnieje,
jak spowity w jedwab.
Przez lekką mgłę gwiazda
migoce nim zaśnie.

Serce niespokojne
także się wycisza
staje sie jednością
z zimowym wieczorem.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Przekład na włoski: Pietro U. Dini
Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień
Translated to Polish: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***

NOITE

Terna noite invernal,
vestida de seda.
Na bruma, brilha uma estrella
que depois adormece.

O coração agita-se,
logo então se acalma
e se funde, torna-se una
com a noite invernal.

JUHAN LIIV, Estónia (1864–1913)
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

SEARĂ DE IARNĂ

Blândă și întunecată seară de iarnă
te înfășori în straie mătăsoase.
O stea scapără în neguri
și adoarme apoi și ea.

Inima frământată
de pace alinată mai apoi
topită se împreună
cu înserarea iernii.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

ЗИМНИЙ ВЕЧЕР

Теплый зимний вечер
одет в ночную ткань.
В облаках просыпается звезда
и снова идет спать.

Беспокойно бьется сердце,
потом снова затихает,
сливаясь
с зимним вечером.

ЮХАН ЛИЙВ, Эстония (1864–1913)
Перевод Гермайна Дрогенбродта
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

ZIMSKO VEČE

Blago zimsko veče
odeveno u tamnu svilu,
kroz maglu zvezda
zasvetluca i onda zaspi.

Srce zakuclo jako,
onda se i ono smirilo:
postalo je jedno
sa zimskim večem.

JUHAN LIIV, Estonia (1864-1913)
Prevod H.L. HIKS
Sa engleskog prevela S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

NA SIRATA D’INVERNU

Na sirata piacevuli d’invernu
Vistuta di sita,
na stidda brilla ntra la fuschia
e poi s’addurmisci.

Lu cori si scoti,
e poi si carma puru iddu.
Diventa tutt’unu
Cu la la sirata d’invernu.

JUHAN LIIV, Estonia (1864–1913)
Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

குளிர்கால மாலைநேரம்
ஒரு மிதமான பனிக்கால மாலை
கருமையான பட்டில் உடையணிந்து
பனியின் விண்மீன் வழியே
பளபளத்து, உறங்குகிறது.

இதயம் சற்றே சுழல்கிறது
பிறகு அதுவும் அமைதி அடைகிறது
தானும் குளிர்கால மாலையுடன்
ஒன்றாகிவிடுகிறது!

ஆக்கம்
ஜுஹான்

ஜுஹான் லீவ் எஸ்டோனியா (1894-1913)
மொழி மாற்றம்
எச். எல். ஹிக்ஸ்
Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

Recueil: ITHACA 714
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
Romania: http://www.logossiagape.ro; http://la-gamba.net/ro; http://climate.literare.ro; http://www.curteadelaarges.ro.; https://cetatealuibucur.wordpress.com
Spain: https://www.point-editions.com; https://www.luzcultural.com
India: https://nvsr.wordpress.com; https://ourpoetryarchive.blogspot.com>
USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

SOIRÉE D’HIVER (Juhan Liiv)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2022



Illustration: Jan Balet
    
SOIRÉE D’HIVER

Tendre soirée d’hiver,
habillée de soie sombre.
A travers la brume brille
une étoile, puis elle s’endort.

Le cœur soudain s’inquiète,
puis à son tour s’apaise,
se fond et s’unit
à ce soir d’hiver.

(Juhan Liiv)

, Estonia (1864–1913)
Adaptation Francis Combes

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE MÊME ARC (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2021



Illustration
    
LE MÊME ARC

Je dirais que je ne vois rien et que je ne sais pas.
Quelque chose est en suspens. L’heure en repos.
Je veux être vivant comme une blessure, comme un signe,
pas davantage que la rumeur d’une chose nue.
En ce moment rien n’est confus ni opaque.
Les labyrinthes sont tremblants, transparents.
On dirait que je traverse un jardin et que la vie entière
repose parmi les forces de la cendre
et l’éclat des flammes. Et je m’endors
en sentant la beauté et le temps, le même arc de lumière.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jeux (Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2021



Dena Cardwell the-empty-chair-dena-cardwell

Jeux

Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise
Et mon pire malaise est un fauteuil où l’on reste
Immanquablement je m’endors et j’y meurs.

Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches
Par bonds quitter cette chose pour celle-là
Je trouve l’équilibre impondérable entre les deux

C’est là sans appui que je me repose.

(Saint-Denys Garneau)

Illustration: Dena Cardwell

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’Arbre (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2021



L’Arbre

L’horizon à peine visible
Tremble de chaleur
Et s’habille de clarté
Les oiseaux s’ébouriffent
Dans la volupté des feuilles
Dont l’arbre se prosterne
Devant un toit hautain

Sous un ciel qui gesticule
Les herbes chantent
J’écoute le rire de la source
Qui coule avec un bruit de cailloux
Et je m’approprie l’espace
Qui m’est offert

Au fond du jardin
Un arbre solitaire frissonne sous la lune
Qui l’éclabousse
Et s’endort dans le froid
D’une nuit féminine.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LE BERCEAU DE LA MUSE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2021



LE BERCEAU DE LA MUSE

De mon berceau d’enfant j’ai fait l’autre berceau
Où ma Muse s’endort dans des trilles d’oiseau,
Ma Muse en robe blanche, ô ma toute Maîtresse!

Oyez nos baisers d’or aux grands soirs familiers…
Mais chut ! j’entends la mégère Détresse
À notre seuil faisant craquer ses noirs souliers !

(Emile Nelligan)


Illustration: Henri Martin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :