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Poésie

Posts Tagged ‘s’enfermer’

Nuits sans sourire (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019



Le plus profond sommeil animal végétal
Me fait naître et survivre dans la nuit sans bornes.

Dans les yeux assez d’ombre pour y voir la nuit
Pour voir la plus ancienne image de la nuit

Prolongée jusqu’à moi bonne nuit sur ce lit.

De grandes femmes nues annulent le désert
Ce monde est sous l’empire de la chair glorieuse.

Tout est en un instant réduit à l’abandon
Du reflet d’une robe dans un miroir vide.

Pour connaître la forme et le poids de ses seins
La plus belle au matin s’enferme dans ses bras.

Le coeur dissimulé dans ce blanc coquillage
Elle échappe à la crue sanglante des aurores.

Des corps filigranés de leur squelette pâle
Confirment le fossile éclaircissent la gangue.

Les voûtes de la nuit caresses idéales
Herbes jamais nouées vont plus haut que le temps.

L’espace de la terre ainsi s’entrouvre et vit.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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MON BATEAU ET MON QUAI (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



Rockwell Kent 22 [1280x768]

 

MON BATEAU ET MON QUAI

Mon bateau et mon quai
Mon havre ma tempête
Le jour est fatigué
De tourner dans ta tête

Ah ! Je m’en vais m’embarquer bientôt
Vent debout vent derrière
Hé ! Ho ! bientôt
Je m’en vais m’embarquer
Mon calme ma tempête
Mon havre mon bateau
Je m’en vais m’embarquer bientôt

Ma neige mon pommier
Mon oiseau et ma branche
Les draps sont bien pliés
Dans l’armoire à dimanche

Ah ! Je m’en vais m’envoler bientôt
Vent debout vent arrière
Hé ! Ho ! bientôt
Je m’en vais m’envoler
Mon coup d’aile et ma branche
Mon arbre mon oiseau
Je m’en vais m’envoler bientôt

Mon lit mon beau soulier
Mon château ma fileuse
Sous le mois de janvier
Il dort de l’herbe heureuse

Ah ! Je m’en vais m’enfermer bientôt
Vent debout vent arrière
Hé ! Ho ! bientôt
Je m’en vais m’enfermer
Ma laine ma frileuse
Mon hiver mon manteau
Je m’en vais m’endormir tantôt

(Gilles Vigneault)

Illustration: Rockwell Kent

 

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RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



    

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER

Combien de temps, tête sempiternelle,
Te faudra-t-il penser et repenser,
Tel l’aiguilleur reclus dans sa tourelle,
Guetteur raidi du train qui va passer ?
Au roulement des rapides idées
Ouvrant ou non les disques lumineux,
Combien de temps, leviers vertigineux,
Dois-je mouvoir vos tiges recoudées?
Combien de temps?

Combien de temps, radoteuse cervelle,
Dois-je sentir ta roue en moi tourner,
Virer au vent et voleter ton aile,
Et sous ta meule un grain dur s’enfourner?
Combien de temps, machine tyrannique,
De ton tiquant, de ton taquant moulin,
Où toujours entre et d’où sort un sac plein,
Me faudra-t-il servir la mécanique?
Combien de temps?

Combien de temps,
Dans la guérite où je
Me faudra-t-il garder
Tenace Esprit qui ne
nocturne sentinelle,
dois m’enfermer,
ta citadelle,
veux désarmer?
Le poing toujours sur le pommeau du glaive,
Prêt à jeter l’anxieux Qui va là,
Combien de temps, dans le trou que voilà,
Me faudra-t-il attendre la relève?
Combien de temps?

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Redonnez-leur ce qui n’est plus présent en eux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



 

Redonnez-leur ce qui n’est plus présent en eux,
Ils reverront le grain de la moisson s’enfermer dans l’épi et s’agiter sur l’herbe.
Apprenez-leur, de la chute à l’essor, les douze mois de leur visage,
Ils chériront le vide de leur coeur jusqu’au désir suivant ;
Car rien ne fait naufrage ou ne se plaît aux cendres ;
Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits,
Point ne l’émeut l’échec quoiqu’il ait tout perdu.

***

Restore to them what they have no longer.
They will see again the harvest grain enclosed in the stalk and swaying on the
grass.
Teach them, from the fall to the soaring, the twelve months of their face,
They will cherish their emptiness until their heart’s next desire;
For nothing is shipwrecked or delights in ashes;
And for the one who can see the earth’s fruitful end,
Failure is of no moment, even if all is lost.

(René Char)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 Illustration: Peyton Sawyer

 

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LE VILLAGE (Roland Brachetto)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



LE VILLAGE

Le village quadrille le soleil
damier de soufre et de salpêtre
pêcherie des souffrances tues

Le long apprentissage à n’être rien
en nos veines descend monacale brûlure
et l’orgueil se consume
et chaque ombre ferme son poing
sur un vacillement de vie
telle une lampe à jamais sous le vent
s’enferme en sa fragilité

Ô ces longs regards sous la pierre
qu’ouvre tout grand la lourde obscurité
toujours prompte à peser dans les choses
L’absence d’espérer alourdit les paupières
jusqu’au nocturne poids du végétal

Amère finitude
qui restreint l’âme à la chair
la chair à la faim la faim à la nuit

(Roland Brachetto)

Illustration

 

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Ghetto (Guy Tirolien)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Ghetto

pourquoi m’enfermerais-je
Dans cette image de moi
Qu’ils voudraient pétrifier?
Pitié je dis pitié!
J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme

Non je ne suis pas cette idole
D’ébène
Humant l’encens profane
Qu’on brûle
Dans les musées de l’exotisme

Je ne suis pas ce cannibale
De foire
Roulant des prunelles d’ivoire
Pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri
Qui me brûle la gorge
C’est que mon ventre bout
De la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance
C’est que j’ai l’orteil pris
Sous la botte des autres

Je ne suis pas non plus
Statue figée du révolté
Ou de la damnation
Je suis bête vivante
Bête de proie
Toujours prête à bondir

À bondir sur la vie
Qui se moque des morts
À bondir sur la joie
Qui n’a pas de passeport
A bondir sur l’amour
Qui passe devant ma porte

Je dirai Beethoven
Sourd
Au milieu des tumultes
Car c’est pour moi
Pour moi qui peux mieux le comprendre
Qu’il déchaîne ses orages

Je chanterai Rimbaud
Qui voulut se faire nègre
Pour mieux parler aux hommes
Le langage des genèses

Et je louerai Matisse
Et Braque et Picasso
D’avoir su retrouver sous la rigidité
Des formes élémentales
Le vieux secret des rythmes
Qui font chanter la vie

Oui j’exalterai l’homme
Tous les hommes
J’irai à eux
Le coeur plein de chansons
Les mains lourdes
D’amitié
Car ils sont faits à mon image

(Guy Tirolien)

 

 

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COMMENT PEUX-TU (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

Adam Tan

COMMENT PEUX-TU

Comment peux-tu t’enfermer
Dans l’insignifiance
A étendre la solitude infinie
Dans une poitrine
Un coeur qui lance des étincelles

Tu as soif, tu as froid
Tu as une faim de souffrance
Qui nourrisse la tienne

Je ne puis porter aucune, ombre
Marcher nu
Parmi les fantômes

Image confuse — vaisseau perdu
Qui surprend les vents
Je cherche un soleil
Un visage effacé
Dans toutes les nuits

Je ne puis me rappeler
En portant top terrible amour
Comment un ciel antérieur
S’ouvre sur l’abîme
Des oiseaux et de la mer

Comment les anges se brisent
Au contact de l’immense liberté

(Georges Themelis)

Illustration: Adam Tan

 

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Il en fut comme d’un crépuscule (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Christophe Hohler

Il en fut comme
d’un crépuscule immense d’or allègre,
qui se serait, soudain, éteint tout entier
en un nuage de cendre.

— Il m’en resta cette tristesse
des désirs brûlants, quand ils doivent
s’enfermer dans la geôle
de la vérité quotidienne ; ce chagrin
des jardins aux couleurs idéales
qu’efface une lumière sale de pétrole —.

Et je ne m’y résignais pas.
Je le pleurai ; je l’obligeai. Je vis la ridicule
injustice de cette candide fraternité
de l’homme et de la vie,
de la mort et de l’homme.

Et me voici, vivant ridicule, attendant,
mort ridicule, la mort!

***

Fue lo mismo
que un crepúsculo inmenso de oro alegre,
que, de repente, se apagara todo,
en un nublado de ceniza.

—Me dejó esa tristeza
de los afanes grandes, cuando tienen
que encerrarse en la jaula
de la verdad diara; ese pesar
de los jardines de colores ideales,
que borra una luz sucia de petróleo—.

Yo no me resignaba.
Le lloré; le obligué. Vi la ridícula
sinrazón de esta cándida hermandad
de hombre y vida,
de muerte y hombre.

¡Yaqui estoy, vivo ridículo, esperando,
muerto ridículo, a la muerte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Christophe Hohler

 

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L’éternité (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


L’éternité
Est un espace ouvert,
Un point
Où s’enfermer.

(Guillevic)

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WOHIN (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018




    
WOHIN

Le vent secoue les ronciers sur le mur,
secoue sur le coteau les pins hurleurs.
Où va le vent ? Оù va le temps ? Où vais-je ?
La clarté même a changé de nature.

Les yeux fermés j’entends battre mon sang,
faiblir le jour, se retirer les heures.
La nuit du ciel m’enferme dans ma nuit.

Soudain la voix, l’ombre et la voix du garde,
la lueur d’acier, l’instant, le vent qui passe,
la lueur des yeux, la paix du coeur et rire.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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