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Posts Tagged ‘s’enfermer’

Il en fut comme d’un crépuscule (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Christophe Hohler

Il en fut comme
d’un crépuscule immense d’or allègre,
qui se serait, soudain, éteint tout entier
en un nuage de cendre.

— Il m’en resta cette tristesse
des désirs brûlants, quand ils doivent
s’enfermer dans la geôle
de la vérité quotidienne ; ce chagrin
des jardins aux couleurs idéales
qu’efface une lumière sale de pétrole —.

Et je ne m’y résignais pas.
Je le pleurai ; je l’obligeai. Je vis la ridicule
injustice de cette candide fraternité
de l’homme et de la vie,
de la mort et de l’homme.

Et me voici, vivant ridicule, attendant,
mort ridicule, la mort!

***

Fue lo mismo
que un crepúsculo inmenso de oro alegre,
que, de repente, se apagara todo,
en un nublado de ceniza.

—Me dejó esa tristeza
de los afanes grandes, cuando tienen
que encerrarse en la jaula
de la verdad diara; ese pesar
de los jardines de colores ideales,
que borra una luz sucia de petróleo—.

Yo no me resignaba.
Le lloré; le obligué. Vi la ridícula
sinrazón de esta cándida hermandad
de hombre y vida,
de muerte y hombre.

¡Yaqui estoy, vivo ridículo, esperando,
muerto ridículo, a la muerte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Christophe Hohler

 

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L’éternité (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


L’éternité
Est un espace ouvert,
Un point
Où s’enfermer.

(Guillevic)

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WOHIN (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018




    
WOHIN

Le vent secoue les ronciers sur le mur,
secoue sur le coteau les pins hurleurs.
Où va le vent ? Оù va le temps ? Où vais-je ?
La clarté même a changé de nature.

Les yeux fermés j’entends battre mon sang,
faiblir le jour, se retirer les heures.
La nuit du ciel m’enferme dans ma nuit.

Soudain la voix, l’ombre et la voix du garde,
la lueur d’acier, l’instant, le vent qui passe,
la lueur des yeux, la paix du coeur et rire.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mon propre nom est une prison (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Mon propre nom est une prison, où celui que j’enferme pleure.
Sans cesse je m’occupe à en élever tout autour de moi la paroi ;
et tandis que, de jour en jour, cette paroi grandit vers le ciel,
dans l’obscurité de son ombre je perds de vue mon être véritable.
Je m’enorgueillis de cette haute paroi ;
par crainte du moindre trou, je la replâtre avec de la poudre et du sable ;
et pour tout le soin que je prends du nom, je perds de vue mon être véritable.

(Rabindranath Tagore)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: L’offrande lyrique
Editions: Gallimard

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Retouche à l’absence (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2017




    
retouche à l’absence

l’escalier ressemble aux vieux qui se redressent
pour accueillir la lumière adolescente
la fenêtre a tout vu mais l’efface
la porte oublie son bruit de lèvres
celui qui parle seul jette du sel sur sa plaie
l’ombre s’enferme à double tour

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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Par délicatesse (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Par délicatesse

Ballerine j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Devant les grilles
N’ai fait que trois pas

Si bref le début
Si tôt nié
J’ai dansé sur l’envers
Du temps cadencé

Danseuse j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Me suis enfermée
Dans la prison du roi

Où, la mer ouverte
Et le temps blanchi ?
Me suis perdue si près
Du jardin recherché

Ballerine j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Ma vie entière j’ai été
Comme aveugle à errer

Ma vie attachée
Jamais ne l’ai détachée
Comme Rimbaud
Moi aussi je dirai :

« Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie. »

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Pierre Corratgé

 

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L’OUTRAGE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



oeillet rouge4

L’OUTRAGE

Un soir de lune,
j’avais suspendu à sa porte une guirlande de fleurs de pommier,
puis j’avais fait exhaler à mon luth un chant d’amour.

Le lendemain, je l’ai rencontrée.
Des oeillets rouges, qui poussent dans le jardin de mon voisin,
paraient sa robe.

Je me suis enfermé dans ma demeure;
j’ai brisé mon luth, et j’ai pleuré

(La Flûte de Jade)

 

 

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Mai (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Auguste Renoir la femme aux lilas

 

Mai

Depuis un mois, chère exilée,
Loin de mes yeux tu t’en allas,
Et j’ai vu fleurir les lilas
Avec ma peine inconsolée.

Seul, je fuis ce ciel clair et beau
Dont l’ardente effluve me trouble,
Car l’horreur de l’exil se double
De la splendeur du renouveau.

En vain j’entends contre les vitres,
Dans la chambre où je m’enfermai,
Les premiers insectes de Mai
Heurter leurs maladroits élytres ;

En vain le soleil a souri ;
Au printemps je ferme ma porte
Et veux seulement qu’on m’apporte
Un rameau de lilas fleuri ;

Car l’amour dont mon âme est pleine
Retrouve, parmi ses douleurs,
Ton regard dans ces chères fleurs
Et dans leur parfum ton haleine.

(François Coppée)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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La fête des lampes (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



La fête des lampes

Or je suis boue et ténèbres, je marche
Comme un aveugle au-devant de ma nuit.
Je veux danser car je suis pomme rouge
Au verger blanc que miracle accomplit.

Un arbre mort devient barque pour vivre.
Que vous donner ? Je suis ma propre aumône.

Je suis silence et parole sans voix.
Tous mes appels s’en vont comme des bulles
Et je m’enferme en ces légers miroirs.

Je suis un corps et rien qu’un corps mortel.
Prenez mes os, c’est mon seul héritage.
Je suis un fleuve où des laves s’enroulent.
Me voici terre et phosphore en ma nuit.

Je vous appelle et je pleure en moi-même
Car je suis faible et pauvre bâtisseur
De cette tombe et d’un pays solaire
Où vous passez, princes parmi les princes,
Du bel éclair de votre vie parés.

(Robert Sabatier)

Illustration: Alberto Giacometti

 

 

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Les fins dernières (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



Les fins dernières

Depuis la guerre et depuis la mort tendre,
On voit l’enfant s’enfermer dans ses cris.
Ô les barreaux des prisons musicales !
Je me reprends, j’hésite entre deux roses
Et je me cueille à défaut de choisir.
Assassinat dans la nuit, dans les vagues,
Partout ma mort pour me regarder vivre.
Qu’un mot s’entrouvre et que mon corps y dorme
Contre une lettre accueillante et fatale !

(Robert Sabatier)

Illustration: Mai Thu

 

 

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