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Posts Tagged ‘s’enflammer’

Jehova ou l’idée de dieu (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



 

Jehova ou l’idée de dieu

[…]

Le nuage crève;
Son brûlant carreau
Jaillit comme un glaive
Qui sort du fourreau !
Les foudres portées
Sur ses plis mouvants,
Au hasard jetées
Par les quatre vents,
Entre elles heurtées,
Partent en tous sens,
Comme une volée
D’aiglons aguerris
Qu’un bruit de mêlée
A soudain surpris,
Qui, battant de l’aile,
Volent pêle-mêle
Autour de leurs nids,
Et loin de leur mère,
La mort dans leur serre,
S’élancent de l’aire
En poussant des cris !
Le cèdre s’embrase,
Crie, éclate, écrase
Sa brûlante base
Sous ses bras fumants !
La flamme en colonne
Monte, tourbillonne,
Retombe et bouillonne
En feux écumants;
La lave serpente,
Et de pente en pente
Etend son foyer;
La montagne ardente
Paraît ondoyer;
Le firmament double
Les feux dont il luit;
Tout regard se trouble,
Tout meurt ou tout fuit;
Et l’air qui s’enflamme,
Repliant la flamme
Autour du haut lieu,
Va de place en place
Où le vent le chasse,
Semer dans l’espace
Des lambeaux de feu !

[…]

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: William Blake

 

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Le Soir (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016




Le Soir

Le soir ramène le silence.
Assis sur ces rochers déserts,
Je suis dans le vague des airs,
Le char de la nuit qui s’avance.

Vénus se lève à l’horizon ;
A mes pieds l’étoile amoureuse
De sa lueur mystérieuse
Blanchit les tapis de gazon.

De ce hêtre au feuillage sombre
J’entends frissonner les rameaux :
On dirait autour des tombeaux
Qu’on entend voltiger une ombre.

Tout à coup, détaché des cieux,
Un rayon de l’astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne,
Vient mollement toucher mes yeux.

Doux reflet d’un globe de flamme,
Charmant rayon, que me veux-tu ?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon âme ?

Descends-tu pour me révéler
Des mondes le divin mystère,
Ces secrets cachés dans la sphère
Où le jour va te rappeler ?

Une secrète intelligence
T’adresse-t-elle aux malheureux ?
Viens-tu, la nuit, briller sur eux
Comme un rayon de l’espérance ?

Viens-tu dévoiler l’avenir
Au coeur fatigué qui l’implore ?
Rayon divin, es-tu l’aurore
Du jour qui ne doit pas venir ?

Mon coeur à ta clarté s’enflamme,
Je sens des transports inconnus,
Je songe à ceux qui ne sont plus,
Douce lumière, es-tu leur âme ?

Peut-être ces mânes heureux
Glissent ainsi sur le bocage.
Enveloppé de leur image,
Je crois me sentir plus près d’eux !

Ah ! si c’est vous, ombres chéries,
Loin de la foule et loin du bruit,
Revenez ainsi chaque nuit
Vous mêler à mes rêveries.

Ramenez la paix et l’amour
Au sein de mon âme épuisée,
Comme la nocturne rosée
Qui tombe après les feux du jour.

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

 

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La nuit est un ange (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2016



 

La nuit est un ange dont le visage s’enflamme quand on le regarde dans les yeux.
C’est vers deux heures du matin que j’entends s’avancer le grand bateau des âmes
dont ton visage est la radieuse figure de proue.

(Christian Bobin)

Illustration: Danièle Cottereau

 

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Alphabet (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Alphabet

La vie, l’air que nous respirons existent
une légèreté dans tout, une égalité dans tout,
une équation, un énoncé ouvert et mobile
dans tout, et pendant que s’enflamme dans l’été précoce
arbre après arbre, une passion, une passion
dans tout comme si pour le jeu de l’air avec
la manne tombant il existait un croquis simple,
simple comme quand le bonheur a beaucoup d’aliment
et le malheur aucun, simple comme quand la nostalgie
a beaucoup de chemins et la souffrance aucun,
simple comme le lotus sacré est simple
parce qu’il est comestible, un croquis aussi simple
que ton rire qui dessine ton visage dans l’air

(Inger Christensen)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

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PRÉLUDE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



PRÉLUDE

L’éveil est un saut en parachute hors du rêve.
Libéré du tourbillon qui l’étouffe, le voyageur
tombe dans les zones vertes du matin.
Les objets s’enflamment. Il distingue – dans la position palpitante
du pinson – les phares puissants d’un système radiculaire
qui tournoie dans les bas-fonds. Mais au-dessus de la terre
il y a – en un flux tropical – cette verdure aux
bras dressés, à l’écoute
des rythmes d’une pompe invisible. Et il
descend vers l’été, se laisse chuter
dans son cratère éblouissant, glisse
le long du puits d’ères vertes et humides
vibrant sous la turbine du soleil. Ainsi s’arrête
dans l’instant sa course verticale et les ailes se déploient
pour le repos d’un aigle pêcheur au-dessus des eaux qui filent.
Le son banni
d’une trompe de l’âge de bronze
reste accroché au-dessus de l’abîme.
Aux premières heures du jour, la conscience peut étreindre le monde
comme une main saisit une pierre chauffée par le soleil.
Le voyageur est sous l’arbre. Après
sa chute dans le tourbillon de la mort,
une grande lueur : va-t-elle s’étendre sur sa tête ?

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Lorsque vous êtes nue et docile au plaisir (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2016



Lorsque vous êtes nue et docile au plaisir
De tout votre long corps qui s’apprête à l’étreinte
Et que votre visage avec ardeur se teinte
Des chaleurs de l’attente et des feux du désir,

J’aime, voluptueuse et tendre, à vous saisir
En mes bras, consentante et cependant contrainte,
Afin d’entendre s’exhaler de vous la plainte
Dont le cri s’alanguit et s’achève en soupir.

Les lourds rideaux tirés rendent sombre la chambre ;
Sur la commode peinte une Nymphe se cambre
Sous le Faune cornu qui pénètre sa chair ;

Et l’Amour, invisible au couple qu’il enflamme,
Compare, double hommage à son autel offert,
Le plaisir de la Nymphe au plaisir de la Femme.

(Henri de Régnier)

Illustration: Alexandre Cabanel

 

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DIONÉE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015




DIONÉE

Chromide t’aime, il est jeune, et souvent
On vous a vus, tous deux, secrètement.
Tu l’écoutais, sans un mot, empourprée.
Tes yeux baissés s’enflammaient de désir.
Et longtemps après, Dionée,
On pouvait voir ton sourire fleurir.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: John William Waterhouse

 

 

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Et moi maintenant (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2015



Carry Akroyd_pink_river

Et moi maintenant tout entier dans la cascade céleste,
de haut en bas couché dans la chevelure de l’air
ici, l’égal des feuilles les plus lumineuses,
suspendu à peine moins haut que la buse,
regardant,
écoutant
(et les papillons sont autant de flammes perdues,
les montagnes autant de fumées) —
un instant, d’embrasser le cercle entier du ciel
autour de moi, j’y crois la mort comprise.

Je ne vois presque plus rien que la lumière,
les cris d’oiseaux lointains en sont les noeuds,

toute la montagne du jour est allumée,

elle ne me surplombe plus,

elle m’enflamme.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Carry Akroyd

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Elle parle dans la forêt (Eric Brogniet)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2015



Elle sort sous un ciel blanc
Pour ramasser, dit-elle
Des feuilles dans le jardin

On entend le vent traverser la forêt
Et son étoile y élut domicile
Elle parle dans la forêt

Elle passe avec ses lèvres
Dans les bois profonds
Et la forêt s’enflamme

(Eric Brogniet)

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LE FEU (Gilberte Garrigue)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2015



LE FEU

Feu de papier
Je jette l’encrier.
Feu de paille
Plus de semailles.
Feu de sarments
Passe mon tourment.
Voici mes mains
Beau feu gourmand,
Emmène-moi dans ton jardin
Je cueillerai la rose et le jasmin
Près de l’eau claire de ta fontaine,
Et doucement sur mon rêve serein
Tu jetteras tes pétales de satin
Et tu m’enflammeras jusqu’au matin.

(Gilberte Garrigue)

 

 

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