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Poésie

Posts Tagged ‘s’enflammer’

Terrain poussiéreux à droite des morts (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020




    
1
Terrain poussiéreux à droite des morts,
Et au loin bleuissaient les eaux.
« Va-t’en au couvent, me dis-tu alors,
Ou bien va épouser un sot… »

C’est là d’un prince le banal refrain
Mais je n’oublie pas ces paroles –
Qu’elles ruissellent cent siècles au moins,
Cape d’hermine à mes épaules.

2
Et comme sans vouloir le dire,
Je lui dis : « Tu… »
Sur ses traits l’ombre d’un sourire
Est apparue.

À ces lapsus, l’oeil le moins tendre
S’enflamme presque.
Oui, je t’aime comme quarante
Soeurs de tendresse !

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Notturno (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Notturno

En cette heure-là
tu étais devant ma bouche
comme une comète.
Je saisis tes mains
comme pour une prière.
Là où notre haleine se rejoignit
se trouvaient les incendies,
qui vifs s’enflammèrent
et sans égard me soulevèrent
en une vague.

Dans le désert aucun puits
jamais encore ne me fit
courber de soif
comme le tendon de tes blanches épaules.
Ton habit ajusté
ma main a toléré
plus qu’en hôte.

Tu étais mien.
Dans aucun mot, dans ton silence uniquement
je lisais ton bonheur.
Puis tu repris pourtant
le chemin du matin gris.

Combien de fois encore immobile, le regard fixe
et rêvant, je t’exige et t’attends et t’espère
et me tourmente en pensant de nouveau à toi.
Mais comme les présents trop rares
que l’on perd, aucun jour ne te ramène.
Combien de fois aussi je t’appelle
dans les plaintes et les prières.

Ton ombre est également une lumière
qui s’étend infiniment
Un son venu des profondeurs de la mer
Sur la corde de silence un chant.

Elle est la douleur à vif, étrangère
Et angoisse dans les rêves
Elle pousse un cri en se déchaînant
Dans un lâcher d’écume bouillonnant.

Dans la plus belle des nuits étoilées
La fraîcheur tout autour s’épanouit
Et sur le monde transfiguré
Une incandescence élevée jaillit.

***

Notturno

In jener Stunde
warst du vor meinem Munde
wie ein Komet.
Ich fasste deine Hände
wie zum Gebet.
Wo unser Hauch sich traf
standen die Brände,
die hell entfacht
mich ohne Bedacht
hoben zur Welle.

Wie deiner weissen Schultern Band
so hiess noch keine Quelle
in einem Wüstenland
mich dürstend neigen.
Dein schmiegendes Gewand
duldete meine Hand
mehr, denn als Gast.

Du warst mein Eigen.
In keinem Wort, nur deinem Schweigen
las ich dein Glück.
Dann gingst du doch zurück
den morgengrauen Weg.

Wieviele Male steh ich noch und starre
und träum, verlange dein und barre
und schmerze mich in neuem Dein-Gedenken.
Doch gleich den seltenen Geschenken,
Die man verliert, bringt dich kein Tag.
Wieviele Male ich auch klag
und betend nach dir rufe.

Dein Schatten ist ein Licht zugleich
Von ungemessner Weite
Ein Klang aus einem tiefen Meer
Ein Sang auf stiller Saite.

Und ist der wunde fremde Schmerz
Und Bangigkeit in Träumen
Und jauchzt entfesselt einen Ruf
In freiem Überschäumen.

Und in der schönsten Sternennacht
Ist Kühle rings im Blühen
Und über der verklärten Welt
Entspringt ein hohes Glühen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Encore une fois (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




    
Encore une fois

Dans une eau depuis longtemps gelée
J’entends encore une vague estivale glisser,
Dans un ciel, que j’ai déjà perdu,
Je vois tous les jours encore des étoiles briller.

Du feu d’un soleil mes joues sont empourprées,
Et encore une fois ma bouche aussi veut s’enflammer,
Alors, sorties du rêve depuis longtemps passé,
Toutes les roses recommencent à fleurir.

***

Noch einmal

In einem Wasser, das längst zugefroren,
Hör ich noch eine Sommerwelle gehen,
An einem Himmel, den ich schon verloren,
Seh aile Tage ich noch Sterne stehen.

Von einer Sonne leuchten meine Wangen
Und noch einmal will auch mein Mund erglühen
Und aus dem Traume, der schon lang vergangen,
Beginnen aile Rosen neu zu bliihen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Quand nos deux âmes (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Quand nos deux âmes se tiennent dressées et fortes,
Face à face, silencieuses, jusqu’à ce que
De proche en proche leurs ailes soudain s’enflamment
En leurs extrémités – quel tort cruel
La terre peut-elle nous causer, que nous ne
Soyons plus longtemps comblés ? Réfléchis.
Nous élevant, les anges empressés
Déposeraient l’étoile dorée du chant
Dans notre profond, cher silence. Restons
Plutôt sur terre, Aimé – où les humeurs
Ineptes des hommes repoussent au loin
Puis isolent les purs esprits, et dispensent
Un lieu où vivre et s’aimer pour un jour,
Encerclé d’ombre et par l’heure de la mort.

(Elizabeth Browning)

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Réconfort (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Réconfort

J’habite un pays serein
D’où le chemin s’éloigne
Interminable et raide
Vers un endroit de douleur
Les soirs sont tièdes
Je me protège de moi-même
Dans l’espoir de durer
Jusqu’à l’aube de partir

Je m’enflamme
À une lumière sacrée
Pour découvrir
Qu’on m’a mortifié
Je m’inflige au coeur et à la chair
D’éternelles brûlures
Pour justifier sans détours
Ma brûlante existence

Avec sa blouse de labeur
Je revêts le chemin
Et j’entends dans le lointain
Battre des mains de femme
Dans ta chaumière la chanson
Monte derrière la vitre
Les vaches te donnent leur lait
Pour le beurre du matin

Avec sa gorge jeune
Ton corps m’a troublé
J’espère que tu n’iras pas
Te confesser dimanche

Sur le toit de chaume
S’accrochent la chair du jour
Et des lambeaux d’étoiles
Arrachés à l’espace.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Cette nuit (Lord Byron)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



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Cette nuit je rêvai vives ces heures;
En vérité, cette pure apparence,
Dans sa fantaisie, m’était plus courtoise,
Que si je m’enflammais pour d’autres coeurs,
Pour d’autres yeux n’atteignant ta brillance
Dans le réel sauvage de l’extase.

Ne me rappelle pas, ne me redis
Ces heures qui, pour toujours en allées,
Restituent encore un rêve qui plaît,
Jusqu’à ce que nous soyons, dans l’oubli,
Insensibles tels la pierre effritée
Disant que nous ne serons plus jamais.

(Lord Byron)

Illustration: Adrian Borda

 

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LE ROCHER DES ANGES (Tanikawa Shuntarô)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



 

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LE ROCHER DES ANGES

Sur la tombe d’un homme dans leurs habits de pierre les anges
qui ne connaissent pas le rire
qui ne connaissent pas les pleurs

un jour soudain s’envolent
vers les cieux lointains de leur pays natal
à la manière des oiseaux de passage

Ne sachant pas ce qu’est le mensonge
les anges ignorent ce qu’est la vérité

Et l’homme abandonné à son sort
s’enflamme de jalousie pour les étoiles

Son cœur se dilate
son corps se rapetisse
et en attendant de se fondre à la terre

il fait l’amour avec le soleil

(Tanikawa Shuntarô)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Paul Klee

 

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Demain jaillira de mon ivresse (Janine Tavernier)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

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Demain jaillira de mon ivresse
comme un poignard déchirant les brumes
demain ce sera toi
demain ce seront eux
Ce soir c’est l’alcool la folie et moi
demain est à demain
ce soir est à moi
et je suis à ma vie
Je sens dans le tourbillonnement de l’alcool
mon désir s’enflammer comme une mèche dans l’huile

(Janine Tavernier)

Illustration: Alberto Donaire

 

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A Amsterdam (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



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A Amsterdam

A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam, il y a les eaux, il y a les âmes.
J’ai vu les eaux dans les canaux, j’ai pas vu d’âme à Amsterdam.
A Amsterdam y a des vélos et y a des trams
et des bateaux qui font font l’amour au carrefour à Amsterdam.

[Refrain] :
Il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames, où donc est Dieu?

A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam y a des florins avec des diams
et tout s’achète et tout se vend, même le vent, à Amsterdam.
A Amsterdam, il y a Van Gogh, il y a Van Dam.
Les chimpanzés sont exposés dans les musées à Amsterdam.

[Refrain]

A Amsterdam la Chine, l’Afrique et l’Islam
sont réunis et toutes les races enfin s’embrassent à Amsterdam.
A Amsterdam les fourmis, les hippopotames
sont assemblés dans un baiser plutôt osé à Amsterdam.
A Amsterdam j’ai cherché le Dieu d’Abraham.
Jésus, est-il ce jeune bonze qui se bronze à Amsterdam?

[Refrain]

A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam, voici des pigeons qui s’enflamment
devant les belles qui ruminent dans les vitrines à Amsterdam.
A Amsterdam, dans les saunas, dans les hammams
Marcuse transmet son message dans les massages à Amsterdam.

[Refrain]

A Amsterdam y a du haschich par kilogrammes.
Ma bien-aimée dans la fumée fut embaumée à Amsterdam.
A Amsterdam j’ai vu soudain monter mon âme
par le p’tit trou qu’un vieux couteau m’a fait dans l’dos, à Amsterdam.

x2
A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.

(Guy Béart)

 

 

 

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Regard frais (Jean Esponde)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018



Illustration: René Magritte
    
regard frais,
étranger de souche,
et partout
essayer de
se sentir chez soi
comme les efforts
de la bûche
pour s’enflammer
toute seule.

(Jean Esponde)

 

Recueil: COULEURS HARAR et autres sujets d’inquiétude
Traduction:
Editions: Atelier de l’Agneau

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