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Poésie

Posts Tagged ‘s’enfouir’

Aubade orientale (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
Aubade orientale

Ce lit n’est-il pas comme un rivage,
une bande littorale où nous sommes couchés ?
Rien n’est sûr comme la saillie de tes seins
qui émergent du vertige de mes sens.

Car cette nuit où tant de cris retentirent
— bêtes qui s’appellent et se déchirent —
ne nous est-elle pas atrocement étrangère ?
et ce qui dehors se lève, qu’on nomme le jour,
nous est-il donc plus accessible qu’elle ?

On devrait pouvoir s’enfouir
l’un dans l’autre s’emboîter
tels les pistils et les étamines;
à tel point partout grandit
et se jette contre nous la démesure.

Mais pendant qu’on se serre l’un dans l’autre
pour ne pas voir le péril tout autour
elle peut jaillir de toi ou de moi
car nos âmes vivent de trahir.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Chuchotements (Kettly Mars)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Francis Picabia -   (3)

Chuchotements

je n’ai rien à vous dire
voulez-vous m’aimer?

je n’ai rien à vous dire
et si on se faisait plaisir?
caresses au crépuscule
gémissements de brise
extases musquées
et si on s’aimait d’amours fulgurantes?

*

même les carreaux ont eu froid
sur le sol que martelaient nos pas
entre deux battements de sang
dorment des frissons

ce qui meurt
renaît à chaque instant
l’éternité est le silence
entre deux battements de vie

*

entre deux soleils
refaire tous les chemins
traverser tes pôles
en passant par ton milieu
m’enfouir dans ton extrême

je t’aperçois
entre deux battements de cils
étendard au vent
dans la poussière des piaffements
les hennissements de ton sang
je te fais de grands signes
le vent ramène nos histoires parallèles

(Kettly Mars)

Illustration: Francis Picabia

 

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La forêt à quelques pas (Valérie Canat de Chizy)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
la forêt
à quelques pas

où s’enfouir
profondément

chercher l’appui
des branches

leurs feuilles
duveteuses

lâcher les réticences

fils entre noués
formant un grillage

tout autour du corps
une seconde peau

(Valérie Canat de Chizy)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: numéro 77
Traduction:
Editions: revue Traction-Brabant

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Comme je suis un étranger dans notre vie (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Alberto Donaire 623

Comme je suis un étranger dans notre vie,
je ne parle qu’à toi avec d’étranges mots,
parce que tu seras peut-être ma patrie,
mon printemps, nid de paille et de pluie aux rameaux,

ma ruche d’eau qui tremble à la pointe du jour,
ma naissante Douceur-dans-la-nuit … (Mais c’est l’heure
que les corps heureux s’enfouissent dans leur amour
avec des cris de joie, et une fille pleure

dans la cour froide. Et toi ? Tu n’es pas dans la ville,
tu ne marches pas à la rencontre des nuits,
c’est l’heure où seul avec ces paroles faciles

je me souviens d’une bouche réelle … ) Ô fruits
mûrs, source des chemins dorés, jardins de lierre,
je ne parle qu’à toi, mon absente, ma terre …

(Philippe Jaccottet)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Alberto Donaire

 

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LA LUMIÈRE TUE LE COEUR (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



    

LA LUMIÈRE TUE LE COEUR

La lumière tue le coeur.
Aussi s’est-il enfoui
dans le sol noir de la chair
tel un charbon sous la cendre.

Malgré le soleil qui perce les fenêtres,
malgré la nuit qui entre par mes lèvres,
je suis pris dans mon corps
comme une taupe dans ses galeries.

L’ombre que je porte sous la peau
est une ombre qui se nourrit de sang.
Elle est pour mon désir
la plus sûre des plates-formes.

La tête est pesante sous la main
parce que le monde s’appuie contre elle
et que la vie se jette contre ses tempes de papier.
Mais la bouche reste légère comme un oiseau dans l’air.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je ne veux pas voir noir (Amir Gilboa)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration: Edvard Munch
    
Je ne veux pas voir noir
mais

Je ne veux pas voir noir mais
le gris arrive de toutes parts et je sais ce que
je ne veux pas savoir et je n’enfouis même plus
ma tête dans le sable ici il faut que j’
arrête et je ne veux pas dire
le reste mais ce qui pleure en moi
est

(Amir Gilboa)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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Dans le vivier de nos songes (Georges Jean)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



La mer venue de si loin
Sous les rochers ses mains bougent
Dans les algues dans les cheveux
Les désirs qu’enfouit le sable
La mer les presse contre nous
Et sous sa langue d’habitude
Peu à peu se prennent les mots
Dans le vivier de nos songes.

(Georges Jean)


Illustration; Françoise Muller

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