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Poésie

Posts Tagged ‘s’engendrer’

LE MÊME (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



Illustration: Gao Xingjian

    
LE MÊME
(Anton Webern, 1883-1945)

Espaces
Espace
Sans centre ni haut ni bas
Se dévore et s’engendre et ne cesse pas
Espace remous
Et chute vers le haut
Espaces
Clartés taillées à pic
Suspendues
Au flanc de la nuit
Jardins noirs de cristal de roche
Fleuris sur une hampe de fumée
Jardins blancs qui fusent dans l’air
Espaces
Un seul espace qui s’ouvre
Corolle
Et se dissout
Espace dans l’espace
Tout est nulle part
Lieu des noces impalpables

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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Les mots (Jacques Sivan)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



molécules

Les mots sont une vapeur sonore.
Ils flottent sur la page comme les nuages,
ou explosent comme une gerbe d’eau.

Ces mots je les nomme motlécules
parce que leur forme est infiniment variable
et n’obéit pas à la norme orthographique.

Les mots s’engendrent, s’agglutinent, se fragmentent,
fusionnent, se heurtent, s’attirent ou se repoussent.
Les mots sont durs, mous, élastiques ou rigides.
Ils se déforment. Se brisent, s’étirent indéfiniment.
Fonctionnent par blocs plus ou moins homogènes et interactifs.
Forment des taches de couleurs qui émergent çà et là du blanc de la page.

Les mots sont multiples en eux-mêmes.
Chaque mot ou fragment de mot éclaire l’autre,
l’expose, le transforme, le fait pivoter, recrée,
dévoile ou occulte certains de ses aspects.

Tous les mots sont soumis à l’attraction des autres mots.
Tous sont soumis à l’attraction des éléments hétérogènes qui les constituent.
Chaque lecture réactive le tourbillon coloré sonore et visuel de ces dispositifs motléculaires.

(Jacques Sivan)

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La roue (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2017



 

    

La roue s’engendre sans cesse
de ne pas pouvoir se dérouler
ni sortir du ventre de la roue.

La roue est prisonnière de la roue
et ne connaîtra jamais du monde
que la grande roue de la route.

Les rayons de la roue
n’éclairent que du moyeu
jusqu’à la jante.

La roue ne peut
pas ne pas
se répéter.

Si la roue évoluait
ce serait la fin de la roue
et de la perfection.

Et si la roue mourait
sa tête viendrait encore
à tomber entre ses cuisses.

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

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Le monde discerne la beauté, et, par là le laid se révèle (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Le monde discerne la beauté,
et, par là
le laid se révèle.
Le monde reconnaît le bien
et, par là
le mal se révèle.
Car l’être et le non-être
s’engendrent sans fin.
Le difficile et le facile
s’accomplissent l’un par l’autre.
Le long et le court
se complètent.
Le haut et la bas
reposent l’un sur l’autre.
Le son et le silence
créent l’harmonie.
L’avant et l’après se suivent.
Le tout et le rien
ont le même visage.
C’est pourquoi
le Sage s’abstient de toute action.
Impassible,
il enseigne par son silence.
Les hommes,
autour de lui,
agissent.
Il ne leur refuse pas son aide.
Il crée sans s’approprier
et oeuvre sans rien attendre.
Il ne s’attache pas
à ses oeuvres.
Et, par là,
il les rend éternelles.

(Lao Tseu)

 

 

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