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Poésie

Posts Tagged ‘s’enliser’

Appel (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




Illustration: Alexandre de Riquer
    
Appel

En proie à l’existence, à ce mal très cruel,
Je lance à l’infini mon douloureux appel…

A cette heure terrible et trouble de silence
Je ressens tout le mal aigu… Le soir encense…

Que dans ce crépuscule où s’enlise l’effroi
Quelqu’une vienne enfin pour me sauver… A moi !…

Lasse des faux baisers et des paroles creuses,
Que surviennent pour moi des heures moins fiévreuses !

Lasse de tous ces jours qui ne sont pas meilleurs,
Que je m’en aille enfin n’importe où, mais ailleurs !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Bacchus (David Marino)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Bacchus

L’hyacinthe de la mer chavire tous les coeurs,
Les nuages de terre emportent les poussières
De la mythologie vers les eaux des lumières
Où l’Iacchus Eternel a épousé nos fleurs :

Hélianthe, Jacinthe, Ciguë et Ortie Jaune.
Ce paradis d’ivresse est coloré des Dieux.
Et un grand bruissement orange, rouge et jaune
Monte comme un poison vers les prairies des Cieux

Enivrant notre âme du vin charnel céleste.
Et toi Homme épouse nos Fleurs Saintes et reste
Dans ce beau et saint lieu : cet enfer de plaisirs,

Ce paradis brûlant de joies et de désirs.
– Nous voulons respirer les encens de l’Eglise
Au goût alcoolisé – Pour que l’âme s’enlise.

(David Marino)

Illustration: Caravage

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MON ENDORMIE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017




MON ENDORMIE…

Mon endormie, il faut que tu me dises
Ce que tu vois dans ces bas-fonds herbeux
Où loin de moi chaque nuit tu t’enlises.

Ne me dis pas que ce sont là des jeux,
Que ma pensée agile vocalise :
Tu le sais bien que de toi je ne veux

Que ce toi-même inconnu de toi-même
Cette autre en toi qui pourrit sous ta peau
Tandis qu’au jour tu tends ton diadème,

Cette poreuse épave sous les eaux
D’un monde feint qui est pour nous le même
Et qui confond les pas de nos troupeaux.

Pour n’être plus ton fantôme envieux,
Ton séparé, ton damné qui rumine
De t’abolir afin de t’aimer mieux,

Tu le sais bien qu’il me faut tes racines,
Les frondaisons de tes poumons bulbeux,
Les moindres voeux de tes doublures fines,

Ta jouissance enfin, qui jette au feu
Ce que ta chair en ma chair imagine.

Dis, que vois-tu dans ces bas-fonds herbeux ?

(Jean Rousselot)

Illustration: Andrzej Malinowski

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Je m’enlise (Mireille Havet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Je m’enlise
et volontairement
m’aveugle
et m’assoupis.

On me le reproche !
Et, cependant,
grâce à cela je vis,
je peux vivre en souriant,

sans mécontentement,
sans reproche !
Que le cœur y soit,
peu importe.

(Mireille Havet)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration: Henri Matisse

 

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SOMBRER (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Titanic

SOMBRER

Ah! cette volupté sans bornes de périr
De sombrer dans la mer de la désespérance,
Dans un océan noir de morbide souffrance
Où la raison s’enlise et se comprend mourir!

Sentir, sentir, qu’on disparaît dans l’ombre immense
Et puis, sombrer toujours, ne pas se retenir,
Entendre au fond de soi quelque chose frémir,
Croire que c’est la mort peut-être qui commence…

Le navire a frappé quelqu’invisible écueil :
Penché dessus le gouffre noir comme un cercueil,
Il frémit dans la nuit qui l’environne : il sombre…

Le capitaine est là, superbe sur le pont :
Il n’a pas voulu fuir. Ivre, de son oeil sombre,
Il regarde monter les abîmes sans fond!

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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Ta clarté montre la voie (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



Sur l’étang passent les chasseurs
que nos coeurs voulaient oublier
mais qui n’oublient ni la mort
ni le temps des voix brisées.

Délace ta robe noire,
jette aux rives le satin
qui dérobe leur victoire
à ces tueurs incertains.

Baigne ton corps dans le reflet
de la haute futaie d’azur,
et qu’aux branches emmêlées
s’emmêle ta chevelure.

Tu es l’ordre, le silence,
l’orage sous la toison,
et le feu de sang qui dort
dans la gorge des buissons.

Sur l’eau sombre où tu glisses,
ta clarté montre la voie.
Les chasseurs et les supplices
s’enlisent au fond des bois.

(Jean Joubert)


Illustration: Félix Vallotton

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L’île (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2016



L’île

L’île a des lis
Et des lilas
Pour les délices il y a des lits là.
Pas de soucis,
Cent liserons
Viens tes soucis vite s’enliseront.
Un cycle amène
Cycle centaure,
Sous les lilas où j’oublie tes cent torts,
Un cyclamen
Des centaurées
Et des pensées pour le temps dépensé.
L’île à délices
A des lilas,
Avec des lis j’ai porté ton lit là.

(Louise de Vilmorin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Qui nous attend sur l’autre rive? (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2016



Qui nous attend sur l’autre rive?
L’autre rive n’existe pas
Nous attendons. Et rien n’arrive
rien ne dérive entre nos bras
nos bras n’amarrent que des brises
les brises ne vont qu’aux tournois
dans les tournois le vent s’enlise
avant l’envol des vertes voix
vers le noir des rives promises
Un lent silence cicatrise
les blessures de nos fracas
et les remous de nos eaux vives
Le fleuve coule sans erreur
entre ses berges rectilignes
il fend des terres sans lueur
rigueur et rage des racines
C’est nous qui faisons des faux pas
des faux bonds, de faux entrechats
enfin la plus sûre embardée
la plus véritable enjambée
notre plus véridique entrée
dans ce qui ne nous attend pas.

(Robert Mallet)

Illustration: Odilon Redon

 

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Douceur parfois d’aller le dimanche à l’église (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2016



Douceur parfois d’aller le dimanche à l’église
Édulcorer ses yeux aux offices du soir,
Être l’Ame qui s’est carguée et qui s’enlise,
Être l’Ame soudain fraîche comme un parloir,
Cependant que l’encens, avec mélancolie,
En rubans bleus à notre enfance nous relie…
Et douceur pour les Yeux de retourner encor
Dans les vitraux profonds qui sont des jardins d’or
Où des anges, vêtus de lin, tiennent des palmes
Et de rigides lis comme des jets d’eau calmes.
Et douceur pour les Doigts, repris du culte ancien,
D’allumer sur le noir candélabre, à Complies,
Quelque cierge qu’on suit des yeux, qu’on sait le sien;

[…]

(Georges Rodenbach)

Illustration

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Les nuages parfois s’enlisent (Pierre-Albert Jourdan)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2016




Les nuages parfois s’enlisent
sur des terres trompeuses.
L’orage oublie ses étranges pouvoirs.
Nous sommes là,
perpétuant par des plaintes absurdes
cet oubli d’un jardin.
Les dieux nous sont maintenant
comme ce duvet de chardon dans l’espace.
Pierres éclatées le champ rendu ―
ouvert au délire ―
la nuit trop lourde bascule.

L’aube, encore, sublime,
la pièce de soleil jetée par compassion
dans l’aveugle écuelle.

(Pierre-Albert Jourdan)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

 

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